Si vous n’êtes pas prêt.es à laisser tomber vos stéréotypes, vos préjugés ou vos idées préconçues quant aux façons dont doivent sonner des morceaux, alors laissez tomber. Maintenant. Car Grave of a Dog, ce sont huit titres roulés dans la suie, pétris dans le malsain et où chacun des trois esprits sévèrement agités est venu y insuffler une partie de sa vision dérangée du monde : l’extrême mélancolie baroque de Kristin Hayter, la haine froide ravagée de Dylan Walker et les beats et distros mortuaires et lancinantes de Lee Buford. Enregistrés en 2017 et 2019 au studio Machines with Magnets par Seth Manchester, ces compositions vous font goûter l’amer goût du spleen, voire même vous mettre mal à l’aise, vous bousculer, vous grignoter une partie de vous-même qui ne demandait pourtant qu’à rester tranquille. On dépasse l’écoute, on pénètre dans l’expérience.
C’est par la voix hypnotique et fragile de Kristin Hayter que s’ouvre, avec Kingscorpse, cet album envoûtant. Très vite, elle se voit accompagnée des vomissements de Dylan Walker, créant un premier contraste. Et puis Lee Buford vient y apposer en trame de fond ses beats saturés, cette ambiance mécanique plombante, ce cœur artificiel usé par les stigmates du temps. Les contrastes se mulitiplient. Une poignée de minutes plus tard, vous devenez spectateur et spectatrice d’un funeste rituel qu’on pourrait croire chamanique sur The Ocean of Mercy. Puis une violente sortie de route avec Drunk on Marrow, où le temps se voit dilaté, au rythme d’un battement de cœur dans les tempes qui s’estompe puis qui repart à coups de cris gorgés de haine. Et puis… après vous avoir malmené dans chacune des circonvolutions de votre cerveau, le trio vous laisse doucement repartir sur une pente glissante, d’une tristesse irrémédiablement contagieuse. Vous avez voyagé. Pour un mieux ? Pour un pire ? Peu importe la destination : seul le mouvement était important. Chaque pas était plongé dans l’inconnu.

The Body
