Article

La bibliothèque où on n’est pas obligé de parler tout bas

Le Rayon est un espace alternatif situé au 1e étage du Vecteur à Charleroi. N’y allez pas si vous cherchez à emprunter le dernier Hawkins ou le tome 35 des Schtroumpfs qui vient de sortir!


Vendredi 20 octobre 2017

L’autre soir, j’ai quitté mon petit patelin en province de Luxembourg direction Charleroi pour écouter quelques concerts au Vecteur.
Eh bien, je n’ai pas été déçue du voyage. Tout d’abord, parce que les trois groupes (Endless Dive, Exuviated et Daggers) en scène ce soir-là étaient vraiment top. Ensuite parce que j’ai découvert un truc sympa au-dessus de la salle de concert, au 1e étage. Une bibliothèque !
« Ouais, bon, on s’en fout de ta bibliothèque, quel est l’intérêt de parler de ça sur ShootMeAgain » ? Minute papillon, je t’explique !
Cette bibliothèque n’est pas comme les autres. Quand on y entre, ça sent le café et le chocolat. D’habitude, ça sent plutôt… bon, bref ! Les étagères sont de travers, les lumières design. On peut s’assoir ou carrément se vautrer sur des poufs, des divans ou brancher un tourne-disque et écouter des vinyles. Et surtout, on ne trouve pas ici le dernier Marc Lévy (le premier non plus d’ailleurs), ni les livres d’Amélie Nothomb, David Lagercrantz ou Elio Di Rupo.



Indépendance et micro-édition

Ici, on fait la part belle à la jeune création et à l’édition indépendante avec de la bande-dessinée, des bouquins sur le graphisme, le cinéma, la photo, la musique, etc. Au total, pas moins de 2.000 ouvrages à consulter sur place et/ou à emprunter. Ces ouvrages prennent place au sein d’un espace séparé en trois pièces : un espace de recherche, un espace de lecture et un espace d'écoute musicale.
La collection du Rayon est riche en bande dessinée indépendante, romans graphiques, en art plastique et visuel, graphique et contemporain.
« Nous proposons des livres en résonance avec les événements du Vecteur, explique Corinne Clarysse, bibliothécaire du Rayon. Des livres des artistes invités, qui rebondissent sur les thématiques, des disques des groupes qui passent en concert, et une sélection de livres en auto/micro-édition. Des livres très particuliers qui sont difficiles à trouver en bibliothèques publiques et parfois même en librairies. Notre public est principalement celui des événements du Vecteur, mais s'étend de plus en plus à des passionnés du livre. Du livre plus particulier, des livres qui sortent des sentiers battus. »

François vient de rentrer pour la première fois dans la bibliothèque. « On se croirait dans un appartement où on peut lire des choses un peu comme on veut. On passe d’une pièce à l’autre. Certains ouvrages sont classés, d’autres non. Ce n’est pas strict. Ça nous donne l’occasion d’avoir envie de prendre son temps. »



Etienne, lui, est un habitué, il habite à côté. Il vient surtout pour emprunter des BD. « Je trouve ici une offre de BD indépendante et éclectique. Il y a beaucoup plus de choix par rapport aux librairies. Quand je viens, je reste généralement une petite heure. Je regarde les nouvelles rentrées qui sont régulières. Le cadre est propice à l’échange. Tu as envie de communiquer. Cette bibliothèque est originale dans le sens où elle met à disposition des ouvrages de petites maisons d’édition qui n’ont pas beaucoup de moyen et qui éditent à moindre tirage. C’est essentiel de faire connaître cet endroit. »

Ateliers, rencontres et plus si affinités

Depuis son ouverture, il y a tout juste deux ans, Le Rayon s’est développé et propose maintenant des événements dans ses locaux. Des rencontres littéraires et professionnelles autour du livre, des métiers graphiques, des revues contemporaines. L’idée est de proposer des soirées lors des sorties des revues comme Dérivations, Projections, Papier Machine, la revue Bâtarde, etc. Des petites expositions, des concerts intimes et des workshops sont également au programme.

Dans le cadre du festival Livresse, Lucie de la revue Papier Machine est en résidence au Rayon jusque fin novembre. Elle m’explique qu’un endroit comme Le Rayon est important parce que la petite édition, la micro-édition, la littérature et bd indépendantes sont souvent fragiles économiquement. Par choix de refus de la pub, etc. Les prix de vente correspond bien souvent au prix juste, c’est-à-dire au prix qui permet à l'auteur de s'y retrouver un minimum, de couvrir les couts d'impression, de reliure, etc.
« Ce prix juste est déjà trop cher pour beaucoup de monde, poursuit Lucie. Ce qui fait qu’on n’y a pas facilement accès et que ça ne semble pas rentable pour les marchands qui, du coup, les proposent peu. Le fait d'avoir beaucoup de ces trésors en désordre réunis dans un seul endroit, consultables et empruntables, c'est magique. Et tous ceux qui en ont marre de trouver partout les livres Fnac, convenus et/ou best sellers, trouvent au Rayon une cabane au milieu des immeubles. »



Les éditions Indekeuken sont également présentes au Rayon avec la revue bâtarde et des publications comme ''Ces chirurgiens qui opèrent l'âme'' (collage book) ou ''Le printemps c'était hier'' (témoignage d’une maman dont la fille a été blessée dans la station de métro Maelbeek en mars 2016). Céline m’explique que les éditions Indekeuken sont un collectif d'artistes et de graphistes. « Notre cœur bat pour certaines pratiques artisanales, nous produisions des objets qui ne répondent pas aux standards du marché du livre en toute conscience, donc par choix. Nous n'allons pas non plus produire plus que ce que nous pouvons écouler mais suffisamment quand même pour sortir de nos réseaux de proximité. »

Christine Gonfroid du Réseau des bibliothèques de Charleroi confirme qu’il est assez inédit d’accueillir des micro-éditions et des éditions underground dans un réseau public. Ce serait peut-être même bien la seule initiative du genre en Wallonie.
« Avant que Le Rayon ne reçoive un subside de la Ville et ne s'inscrive au sein du réseau de lecture publique de Charleroi, dit-elle, le projet était d’ailleurs plus indépendant. Nous avons des bibliothèques spécialisées en philosophie, en psychologie. Nous travaillons sur la complémentarité des fonds vis-à-vis de notre public. Comme Le Rayon propose autre chose, nous avons intégré leur fonds dans notre réseau. »

Une bibliothèque qui fait le choix de ne rien faire comme les autres, moi, je trouve ça cool !

Le Vecteur, Rue de Marcinelle, 30 à 6000 Charleroi.

http://vecteur.be/category/bibliotheque
TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
8
AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE