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Et Dieu créa les female events

Mardi 3 décembre 2019

Un jour, j’ai vu une affiche pour un metal female festival (affiche uniquement composée de groupes avec une ou plusieurs musiciennes et/ou chanteuses) et j’ai buggé. Je ne sais pas pourquoi, ce n’était pourtant pas la première fois. Peut-être étais-je d’humeur légèrement énervée (vous savez, les femmes, les hormones, et tout ça) ou peut-être qu’avec l’âge je deviens une p*** de féministe. Toujours est-il que je me suis sérieusement interrogée sur l’intérêt et l’utilité de ces événements. L’univers d’une femme artiste est-il réduit au rose, à la typographie cursive, aux décolletés, au cuir moulant, aux cheveux longs, etc. ? Sont-elles forcées de rester ensemble dans des female events à l’écart de leur homologues en slip ? Bref, enquête !



J’ai d’abord été demander à des musiciennes ce qu’elles en pensaient. Du côté de Nervosa
Nervosa


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(groupe composé de trois femmes), Prika pense qu’il est nécessaire de soutenir les filles qui veulent vraiment jouer et vivre de la musique. Pour elle, les metal female festivals et concerts sont très importants et ont une valeur énorme. « Sans soutien, tout est plus difficile, poursuit-elle. L’égalité est toujours la bienvenue et notre bataille est pour cela. Nous avons joué dans beaucoup de ces événements et je trouve ça merveilleux! C’est beau de voir l’union et le pouvoir des femmes. Nous jouons dans de nombreux festivals chaque année et je vois des femmes dans tous les festivals, nous sommes en croissance et l’autonomisation. »

Idem pour Anne Lill, chanteuse de Lost in Grey (groupe composé de quatre hommes et deux femmes), qui trouve aussi qu’un événement qui met l’accent sur les artistes féminines est le bienvenu. Elle encourage même ces initiatives. Elle m’explique que s'intéresser à ces questions c’est faire preuve de recul par rapport à la façon dont notre monde est construit depuis des siècles. « Bien sûr, poursuit Anne Lill, j’espère que ce genre de festivals féminins ne sera plus nécessaire, qu’un meilleur équilibre pourra émerger et que plus personne n’aura à se pencher sur les statistiques ou les questions de genre. Mais nous n’en sommes pas encore là. »

Effectivement, il reste nécessaire de proposer ce genre de programmation. C’est ce qu’affirme Elise, autrice d'une étude sur la place des femmes dans la musique électronique et qui a travaillé pour la 14ème édition du festival Voix De Femmes. « Cela donne de la visibilité aux femmes et ça leur permet aussi d'évoluer dans un espace safe et sécurisé, dit Elise. La non-mixité sert aussi à pallier les défauts de la mixité, c'est une étape nécessaire. Il y a un vrai décalage entre ce que l'on pourrait souhaiter, une mixité saine et non-sexiste et notre société qui est construite sur des bases sexistes et qui entrave cela. »

La musique n’est pas liée aux ovaires

Astrid de Anwynn
Anwynn


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(groupe composé de cinq hommes et deux femmes) est un peu plus catégorique en disant que la meilleure manière de mettre les femmes en avant c'est de se foutre royalement de savoir si elles ont un vagin ou pas et de les traiter comme n'importe quel être humain.
« Si on pouvait effacer la mémoire collective des gens et leur mettre un implant qui dit « La musique est bonne ou mauvaise indépendamment de la quantité d'ovaires dans le corps des musiciens », ça serait une solution, précise Astrid. Instinctivement, j'ai envie de dire que, à long terme, il faut arrêter ce genre de festivals même si une bonne partie des belles dates que nous faisons sont des female events. À court terme, je pense que ça ferait plus de mal que de bien parce que ça ne ferait que réduire la visibilité de ces groupes sans proposer une alternative. »



De plus, comme le souligne Samantha Landa (batteuse pour Dead Asylum
Dead Asylum
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-groupe composé de trois hommes et une femme- et ex-Nervosa
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), il y a beaucoup de groupes étonnants composés de femmes. « Ce n’est pas comme si quelqu’un devait atteindre un quota et choisir des groupes merdiques juste parce qu’ils mettent en valeur des femmes, dit-elle. Je préférerais qu’un plus grand nombre d’événements et de festivals s’efforcent d’inclure plus de femmes dans leurs affichent et voir moins d’événements axés sur les femmes. »

Vous connaissez des male events ?

Du côté des hommes musiciens, j’en ai interrogé plusieurs mais peu m’ont répondu. Pourtant j’ai été polie. Si, si, quand il faut, je sais être polie ! Toujours est-il que Dave, bassiste de Spoil Engine
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(groupe composé de quatre hommes et d’une femme), considère, lui, que tous les individus sont égaux. Les femmes, les hommes, les blancs, les noirs. « C’est simple, dit-il. On joue dans des female events parce qu’on nous le demande. Ecoute, pour moi, un show est un show. J’aime jouer sur scène. »



J’ai ensuite demandé à Marple de Lords of Salem (groupe composé uniquement d’hommes) pourquoi on ne dit pas « male events » quand il s’agit de groupes masculins. « Hehehehe, répond-il, ce sont les groupes qui sont importants, la musique, pas les musiciens ou les musiciennes. Je n’aime pas ça non plus. Tout doit toujours être catégorisé entre homme, femme ou autre. Nous sommes tous dans le rock’n’roll, c’est ça ce qui compte. »

Du côté du booking, le sexe des musiciens et musiciennes ne fait pas de différence pour Pierre de Hurricane Bookings. Si le groupe ou le package est intéressant, que ça peut marcher, l’affaire est faite, qu'il y ait une musicienne, plusieurs musiciennes ou que ce soit un groupe 100% féminin. « Les females events ont des bons et des mauvais côtés, poursuit Pierre. D'une part, ils mettent plus en avant les groupes comprenant des musiciennes vu qu’on en voit beaucoup moins souvent que des groupes 100% masculins. D'autre part, c'est cataloguer les femmes musiciennes en les mettant de côté. Ça les met encore plus de côté, en fait. »

Fréquentation en baisse

Et celles et ceux qui organisent ce genre événements, qu’en pensent-ils ?
Morgane d’Eristic Fuel ASBL a organisé un concert avec des groupes composés de musiciennes le 22 novembre dernier à Louvain. Elle n’a pas repris cette information sur ses affiches et flyers. La mention « female fronted » était seulement précisée dans la description de l’évènement Facebook de l’Eristic Fest #20. « Je n’aime pas l’appellation « female ou male concerts », dit-elle. Pour moi cela n’a pas de sens de faire une telle distinction. Cela n’évoque pas grand chose de l’univers musical proposé en concert. La qualité des groupes à l’affiche était amplement parlante. » Son collègue, Arnaud d’Eristic Fuel ASBL, complète en disant que ce n’était pas un concert féminin mais un concert metal symphonic et death metal, « On a régulièrement des musiciennes et/ou chanteuses dans la plupart de nos événements, précise-t-il, mais on ne met habituellement pas cela en avant lors que nous annonçons et communiquons sur nos concerts. »



Le 18 octobre dernier, Yohann du à Mcp-Apache Music Evenements accueillait lui aussi une affiche avec des groupes composées des musiciennes mais ce n’était pas annoncé comme tel. « Le but n’est pas de surfer sur la vague « female concerts » mais bien de saisir une occasion de choper une tournée qui passe dans le coin avec une affiche qui colle à ce que propose le MPC Apache. Je ne mentionne plus quand j’organise un concert avec des groupes des filles. Je le faisais avant. Une musicienne m’avait fait la remarque en me demandant de ne plus l’indiquer. Elle a raison, ça ne doit pas être spécifié. »

Ton du Female Metal Event (Pays-Bas) est beaucoup plus pessimiste. Il me confie d’emblée que les événements et show avec des artistes féminines attirent de moins en moins de visiteurs. « Les conditions pour faire jouer ces groupes sont moins favorables qu’auparavant, explique Ton, en raison du type limité de visiteurs qui viennent plus pour la musique que pour les boissons. Avec cependant quelques exceptions pour les grands noms. »
Ton constate que le metal symphonique avec des musiciennes continue d’être apprécié par le public mais que c’est plus compliqué quand elles se dirigent vers du power metal, death metal, etc.
« Quoi qu’il en soit, mon propre festival devient de plus en plus petit chaque année en nombre de participants et en budget », conclut Ton.

D’ailleurs, le festival metal « Les filles à l’honneur » qui était prévu le 30 novembre 2019 au Wex de Marche a été annulé. « C’est simplement dû au fait que les ventes étaient très en-dessous du minimum requis pour maintenir ces concerts, m’explique Delphine du Wex. Les organisateurs ont estimé que la solution la plus sage était d’annuler ce projet. Nous n’avons pas cherché à programmer du metal féminin à tout prix, c’était juste une opportunité qui nous a été proposée car notre salle se prêtait bien à l’organisation de ce festival. »



S’il semble que les female events ont (eu) une certaine utilité, je pense qu’il est peut-être temps de passer à autre chose afin de trouver des solutions alternatives pour que les femmes soient visibles autant que les hommes. Le public semble de moins en moins intéressé par des concerts de ce genre. Les musiciennes souhaitent partager des affiches avec des musiciens. Ces derniers n’ont pas l’air contraire. Alors, qu’est-ce qu’on attend pour améliorer la situation vers plus d’inclusion? J’aime assez bien l’idée d’Astrid de Anwynn
Anwynn


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qui propose, dans un premier temps, de continuer à organiser des female events mais sans le côté ultra cliché (rose, fleurs, cursif, décolleté). « Puis, poursuit-elle, par la suite, donner des noms moins évidents que female metal et, un jour, espérer être dans un monde ou un groupe de death mélodique joue sur une affiche de death mélodique plutôt que sur une affiche de « female ». »
Je salue d’ailleurs les initiatives non genrées de l’Eristic Fuel ASBL et du MCP Apache. Il y en a certainement d’autres que je ne connais pas encore.

Je termine par une vidéo qu’Anne Lill de Lost in Grey m’a envoyée. Il s’agit du titre « Expectations » qui traite des stéréotypes, du sexisme et des raisons qui font que les femmes ne peuvent pas être acceptées comme elles sont.



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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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