Musicalement, la référence à Refusedn'est pas innocente, car on peut sentir cette urgence, ce sens du here and now qu'on pouvait percevoir chez les Suédois. Ajoutons-y une touche de screamo saupoudrée d'électronique et on arrive au son Sliver, qui leur est propre tout en étant accessible. Sliver qui ose d'ailleurs placer au milieu d'un album intelligemment court un morceau au piano, poignant sans être pathétique, tout en alternant entre compos rapides (Cash/Crash), plus contrôlées (We Are Not Dead) et riffs énormes (HOSTAGES). On ajoutera quand même, pour faire bonne mesure, que les interventions électro sonnent parfois (mais pas toujours, loin de là) incongrues, et que la voix gagnerait à être un peu plus assurée. Mais ce ne sont que des détails qui s'arrangeront probablement d'eux-mêmes.
Comme expliqué plus haut, les paroles sont évidemment fort importantes. Ben, le chanteur/guitariste en est l'auteur (il a aussi écrit le manifeste), et use (et abuse) des références et métaphores attendues : les comparaisons genre humain/insectes (Social Determinism of the Anthill, Kamikaze), l'hypergénéralisation de notre vie quotidienne (Memento Mori), notre manque d'individualité (Monkey) ou encore la puissance créatrice (Music is a Weapon). Tout cela est évidemment pertinent, mais pose une question : n'est-ce pas déjà enfoncer des portes ouvertes? Ces thèmes, bien que toujours d'actualité, ne datent pas d'hier, et les images et références pourraient sembler répétitives. Même chose pour l'artwork, partiellement emprunté à Banksy.
Mais attention : éviter la critique est facile, il suffit de ne rien faire, ou de parler des (anciens) méchants Etats-Unis, de Sarkozy, ou que sais-je. Malgré quelques petites maladresses, Sliver a une âme et un coeur, et ils sont clairement au bon endroit. Définitivement un groupe à suivre de près.
Sliver
Refused
Thursday