Bâ’a ouvre la marche, de manière plutôt clandestine. Très peu d’informations circulent en effet quant à ce groupe : ils sont deux, M et R, et ont débuté ce projet en 2017. Point. Mais il suffit de tendre l'oreille pendant quelques minutes pour se rendre compte que ce ne sont pas des amateurs. Les deux artistes n’ont apparemment pas de temps à perdre, que ce soit au niveau de leur histoire personnelle ou de la volonté d’emballer leurs titres avec une quelconque intro. Le flot des vagues vous prend directement à la gorge, un rythme de batterie effréné vous emporte et suit ce rif froid lancinant en guise de fil rouge. Puis s’abat cette voix plaintive et gutturale, qu’on imagine déclamée en Français par le nom de la chanson, mais dont il est difficile de reconnaître les mots. L’intention n’est certainement pas là. En toute simplicité, quelques discrètes nappes au synthé viennent habilement se glisser dans le déferlement sonore. La Grande Désillusion offre par contre un tableau plus sombre, doté d’un tempo plus lent, d’une guitare plus dépressive surplombée de chants psalmodiés au loin. À un tiers du morceau, le spleen s’embrase pour devenir une colère froide et poignante. Bâ’a joue dans subtilité et témoigne d’une importante maitrise dans ses compositions, où chaque élément est délicatement placé au bon moment, délivrant une fluidité particulièrement savoureuse.
Si vous pensiez vous asseoir dans votre bulle de confort, vous allez être déçu. Verfallen prend à présent les manettes. Non, je vous corrige de suite, le nom du groupe n’est pas en néerlandais, mais bien en allemand et signifie se dégrader, sombrer ou encore délabrer. Une intéressante palette de chaos intérieur. Il s’agit ici certainement de la plus belle découverte de cet album. Derelictus débute par une grêle de blasts et de distros, dirigée par une voix grave et éraillée. S’ajoutent des rifs plutôt mardukiens. Break. Le temps est suspendu, vous prenez une respiration et vous voilà à nouveau trainé dans les graviers. Puis les minutes se dilatent une fois de plus, laissant soudainement la place à une guitare sèche, avant d’être rejointe par ses consœurs électriques et finir cette course folle. Il est difficile à croire qu’un seul homme, Emmanuel Zuccaro, est derrière tout cela tant le titre fait preuve d’une intelligente complexité et d’une puissance malsaine. La Valeur des Ténèbres poursuit, pendant près de onze minutes, dans le sillon laissé par le morceau précédent, mais tout en emportant avec elle un facteur anxiogène, incarné par un rif entêtant, hypnotisant et réapparaissant çà et là, comme un mauvais rêve dont on ne parvient pas à se débarrasser. S’il fallait encore vous convaincre, il est à préciser que les tracks de Verfallen(ainsi que ceux d’Hyrgal) sont passés par les mains de maître du Belge Déhà pour le mix et la masterisation. Tout comme pour Bâ’a, il s’agit ici aussi pour Verfallen d’un premier coup de semonce. Et on reste sur sa faim.
Il revient finalement à Emmanuel Zuccaro de se défaire de son identité d’artiste multi-instrumentaliste de Verfallen pour rejoindre son kit de batterie chez Hyrgal. Il apparaît que Les Acteurs de l’Ombresemblent miser sur ce nouveau venu dans leur écurie, sortant ses compositions pour la seconde fois cette année (leur premier album, Serpentine, est paru le 1er juin dernier). La vitesse d’exécution se voit ici ralentie et dotée d'un son plus lourd, jouant son rôle de rouleau compresseur, légèrement plus rock’n’roll que les deux autres formations. Césure et Sicaire, deux titres inédits, sont aussi plus linéaires et exploitent cet aspect afin de broyer petit à petit tout ce qui se trouve sur leur passage. Les amateurs de la langue française apprécieront en outre ces passages quasi déclamés, où les mots deviennent dès lors plus intelligibles. C’est trempé, sous la pluie, que vous clôturerez cette heure en compagnie de ces trois formations qui viennent titiller l’âme. Sicaire se signe de manière minimaliste, laissant entendre au loin un orage accompagné d’une averse drue et intense. Les coups sont passés, à vous de faire à présent le tour du propriétaire afin d’y déceler les éventuels dégâts.
black metal atmosphérique
Bâ'a
Déhà