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Chronique 02-02-2019 par Sekhorium 4 min de lecture

Blurr Thrower — Les Avatars du Vide

Deux morceaux : l’un d’un peu moins de dix-huit minutes, l’autre de dix-sept minutes trente. Le genre de détail qui ne trompe pas. Vous l’aurez compris, vous n’auras pas affaire ici à du Grindcore. Et puis ce n’est pas non plus dans les habitudes des Acteurs de l’Ombre, ce label français ayant plus d’un groupe de Black Metal atmosphérique sous sa cape. Blurr Thrower (vous aussi, vous avez lu d’abord Bolt Thrower ?) vient donc ici grossir les rangs de ce genre musical.

Très peu d’informations ne filtrent quant à la formation, seule une photo promo floue d’un homme, seul, permet d’imaginer qu’il doit certainement s’agir d’une one-man band. Alors que le projet existe depuis 2014, il a donc fallu attendre cinq ans avant que ne sorte ce premier EP, Les Avatars du Vide. Un artwork assez dépouillé, en noir et blanc, où figurent quelques symboles mystiques dans un cercle blanc. Un indice de plus quant à ce que peut contenir cet album, comme lorsque vous soulevez le couvercle d’une casserole et que les effluves viennent chatouiller vos papilles.

Par-delà les aubes. Étirement d’une note à la guitare électrique, tel que pratiqué dans le drône, pour ensuite devenir une boucle. Une seconde guitare lente et froide vient se poser à ses côtés. Puis une batterie, nerveuse et sèche, vient contrebalancer l’ambiance morne en y insufflant un tempo soutenu. Le morceau finit par décoller après deux minutes, soutenu par des riffs saturés, typiquement Black Metal, avant que ne se faufile une voix aussi lointaine qu’écorchée. Un coup d’œil aux lyrics permet de se rendre compte que l’auteur souhaite maintenir une distance avec son auditeur. Le but n’est certainement pas d’être compris du plus grand nombre, mais bien de semer quelques graines à gauche et à droite. « Abasourdi par la foule aux pâteux idéaux, dans le confort circoncis d’un absolu pondérable, ne comprenant du fracas de mon propre cerveau, ni le fiel ni l’agonie d’un gémissement insondable ». A l’image de bon nombre d’one-man bands du genre, on assiste ici à des compositions travaillées et retravaillées, personnelles, égotiques et où le compromis a été jeté au bagne. D’abord narratif, le titre se muera à mi-course en un espace davantage contemplatif et atmosphérique, fournissant à la composition une intéressante profondeur. On explore, on ressent, on perd pied et on finit par se perdre volontairement dans des méandres introspectifs. Par-delà les aubes vient finalement vous attraper soudainement par la nuque, montant abruptement dans les tours et forçant le chemin de l’aliénation. Vous n’êtes plus maître, vous êtes obligé de suivre le sillon à deux cents à l’heure. Un rituel dans l’inconnu.



Silence. Paradoxalement, ce titre démarre directement plein pot. Toujours en « je », les paroles se veulent les témoins d’un vécu misanthrope, d’un dégoût de l’humanité, d’une échappatoire impossible, d’une condamnation à vivre dans un univers où tout est devenu hostile. La batterie est soutenue, lourde et sans pitié. La route est tracée, pas d’autres choix que de mettre un pied devant l’autre, sans pouvoir jeter un œil en arrière. L’architecture est ici similaire au premier titre : arrivé à une moitié du morceau, la composition freine bloc et devient à nouveau contemplative. Il n’est certes jamais facile de ne pas être linéaire sur des titres aussi longs, mais peut-être la recette aurait-elle mérité d’être un peu différente que celle de la première plage.



Pour un premier EP, Les Avatars du Vide demeure d’une qualité tout à fait satisfaisante. Malgré l’étendue des titres, l’ennui ne vient pas interférer à l’écoute et on prend plaisir à les réécouter plusieurs fois, en découvrant à chaque passage de nouvelles tournures ou de nouvelles sonorités. Les moments contemplatifs sont particulièrement intéressants et offrent à cet effort toute sa saveur. Il s’agit là certes d’un détail, mais l’intérieur de l’artwork comprend plusieurs ratures volontaires, tant au niveau des paroles que d’un hypothétique troisième morceau, qui aurait d’abord été voulu puis finalement supprimé. Signe d’un travail remanié maintes fois, un EP qu’on finit par quand même sortir alors qu’on n’en est pas à 100% satisfait, mais qu’il faut bien néanmoins recracher un jour à la face du monde. Et ça se sent. Les deux titres ont été pensés et repensés, pour en donner une meilleure version possible. Mais attention à ne pas vouloir trop en faire, au risque d’en perdre la spontanéité. Autopsie attentive à la prochaine production.

Tags black metal atmosphérique les acteurs de l'ombre ladlo

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