Le titre d’ouverture, Yesteryears, impose le timing. Si vous voulez apprécier Solstices, premier effort de la formation, vous allez devoir vous concentrer. Plus le morceau avance, plus ça devient lent et figé dans le temps. Comme si vous progressiez dans une nuit noire d’hiver, les pieds dans la boue jusqu’aux chevilles jusqu’à ce que le gel viennent définitivement vous engourdir. Heaume Mortal aime apparemment bousculer les codes : après une première compo de près d’un quart d’heure s’en suit South of no North d’à peine un peu plus de deux minutes, beaucoup plus énervé et gorgé d’une haine malsaine. En quelque sorte, une introduction à Oldborn, le titre d'après, exploitant quant à lui beaucoup plus la veine black metal. Tout en restant hypnotique et ambiant, la patte du groupe, semble-t-il, le rythme est cette fois-ci davantage soutenu. Tel un blizzard mordant, attaquant l'ensemble du corps eu un seul souffle. Les parties vocales, bien qu’incompréhensibles et exerçant plus un rôle instrumental qu’un chant proprement dit, est possédé. Tantôt marmonnant et psalmodiant dans la longueur, la voix de Julien devient subitement un hurlement plaintif arraché de nulle part.
Finalement sans grande surprise, le trio français propose une reprise un peu plus propre que l’original de Erblicket Die Tochter Des Firmaments, morceau figurant sur l’album Filosofem du controversé Burzum. Bien que restant fidèle au titre, Heaume Mortal y injecte sa verve malsaine. Alors que le band avait déboulé sans crier garde au début d’album, il fige par contre le temps en fin d'opus et soigne son lent départ. La façon dont sonnent les nappes ambiantes aux claviers ne fait pas de doute quant à la contamination de leur inconscient par l’œuvre deBurzum.
Un silence mortuaire, perturbé par des bruits de déferlements de la nature, vient clore cette heure d’expérimentation musicale, riche et — il faut le reconnaître — difficilement accessible pour une première approche. Tel un texte philosophique, il est nécessaire de percer plusieurs couches afin de tenter d’y comprendre l’essence. Surprenant, voire même parfois déstabilisant et un brin trop monolithique, ce premier album comporte néanmoins un important potentiel qui ne demande qu’à être exploité.
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