Il revient à Griffon le droit de chevaucher sa monture en premier et de délivrer un black metal à la vocalité hargneuse et belliqueuse, accompagnée de compositions mélodiques et agréablement épiques. Si Rome vient à périr vous immerge en plein champ de bataille, où l’odeur du sang monte aux narines, emporté par un espoir de victoire sur un ennemi pourtant impossible à pourfendre. Puis résonne au loin une voix grave, qu’on devine chantée en latin, tel un appel divin à combattre toujours plus. Une guitare sèche marque un moment de pause, avant que les enfers ne se déchainent à nouveau. Des notes au clavecin confèrent au morceau cette temporalité marquée dans le temps, facilitant une immersion plus que convenable. Souviens-toi, Karbala (du nom de cette ville d’Irak où différentes fractions de la religion musulmane se sont entretuées en 680) est certainement le titre le plus intense proposé par la formation. Alors que les conflits font rage tout au long du morceau, ce dernier freine des quatre fers aux trois quarts pour laisser place à une magnifique envolée vocale, offrant un relief fort et poignant. On reste ensuite dans le Moyen-Orient avec Jerusalem, utilisant les mêmes recettes épiques et glorieuses que les titres précédents. Chaque morceau nous est conté et est gonflé d’histoire, où la lutte devient la clé du salut. Les Parisiens s’en vont petit à petit du décor, grâce à un interlude majoritairement au clavecin qui, même s’il s’avère intéressant, aurait néanmoins pu laisser la place à un quatrième morceau. Surtout sur un split.
C’est ébouriffé et les bottes maculées de boue qu’on arrive face à Darkenhöld, prêt également à en découdre. Et pourtant… il faudra rapidement calmer son ardeur. C’est en effet en acoustique que les Niçois proposent leurs quatre titres. Passé le moment de surprise, on prend un réel plaisir à s’immiscer dans cet univers ultra-mélodique, où la guitare sèche endosse admirablement un rôle de guide dans la Marche des Bêtes Sylvestres. La voix de Cervantes est diffuse et en retrait, au service des instruments mis en branle. Un accordéon rejoint la troupe sur Le Sanctuaire de la Vouivre, offrant une couleur encore plus authentique. Cette expérience auditive qu’offre Darkenhöld permet de déconstruire des certitudes quant au black metal — voire au metal en général —, où ce n’est finalement pas la nature des instruments qui façonne un titre, mais bien l’âme qui y est insufflée. Peu importe ici que les instruments soient ou non branchés, on est dans l’esprit d’un metal païen et vindicatif. Les goules et la Tour vous emmène à cent à l’heure dans des dédales. Puis c’est finalement à ce qu’on imagine être une flûte de délicatement clore ce riche split, avec la Citadelle d’Obsidienne, toujours dotée de cette alternance entre chants susurrés, assurément déclamés voire même de temps à autre hurlés. Une chose est sûre, cet album vous fera voyager dans une autre époque, sans que vous ne puissiez voir les trois quarts d’heure passer. De riches compos qu’on prendra plaisir à réécouter.
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Griffon