Heureusement, nous sommes plus proche de la poésie de l’œuvre vidéoludique que de la danse préférée de Daddy Yankee. Préparez-vous à plonger dans les limbes et à nager être deux eaux prisonnier d’un lieu brumeux.

Les portugais s’affichent à visage masqué, ce qui facilite régulièrement l’établissement d’une filiation avec Mgla. Les onze minutes de la première piste To Ain pourraient de prime abord renforcer cette impression mais assez rapidement, leur touche personnelle prend le dessus. En termes explicites, la musique de Gaerea est identifiable rapidement malgré certains traits communs avec les pontes du genre, notamment du fait du son qui n’est -presque- jamais étouffé.
Limbo est un cheminement transcendantal au travers de plusieurs questions existentielles. Il retrace l’histoire de tourments qui nous submergent, en s’approchant par moment du black metal dépressif. Bien que la technique soit irréprochable, l’album marque au fer rouge en raison de sa sensibilité qui vous écorche d’un bout à l’autre de l’âme.
Au fur et à mesure des écoutes, l’angoisse permanente mêlée à des excès de rage s’emparent de vous ; toute lutte est vaine. Les excès de rage sont ceux d’un hypersensible, reflet d’une colère intérieure qui finit par exploser. Accepter de s’en imprégner fait peser un poids sur les épaules qui demande au terme des 51 minutes de l’opus un temps de répit pour revenir à la normalité terrestre.
Prenant le contre-pied des longues pistes qui installent une atmosphère introspective caractérisant Limbo, l’avant-dernier titre Urge décrit parfaitement l’urgence qui peut nous animer lorsque la rage prend le dessus sur la sensibilité ; vif, nerveux, le titre prouve que Gaerea est en mesure de s’imposer sur de nombreux fronts. En parfaite symbiose avec l’ouverture To Ain, le rite initiatique se terme néanmoins par un nouvel épisode assez long et tortueux (Mare), parfaite synthèse d’un voyage musical aussi riche en émotions qu’intense.
Limbo se vit comme une expérience qui peut difficilement être scindée, au risque de porter atteinte à la cohérence de l’ensemble. La longueur et son côté tortueux digérés, il ouvre un champ du possible presque infini. Si mon cheminement intérieur n’est pas encore suffisamment arrivé à maturer pour pouvoir trancher entre l’excellent effort et le chef d’œuvre, il n’en demeure pas moins que je peux d'ores et déjà vous conseiller de laisser traîner vos oreilles en direction de la catharsis de Gaerea.
Gaerea - Limbo - Chronique - Black Metal

Gaerea
Mgla