Samedi 13 novembre 2010




Salut Mat, content de te voir dans la cité ardente... Alors après 26 ans de bons et loyaux services pour la cause du Rock, j'ai envie de te demander comment tu vas ?

Oh tu sais j'ai l'impression que ça va bien, (rire),tu sais si ça n'allait pas je ferais autre chose. On a arrêté le groupe en 91, parce qu'on avait vachement tourné, et que l'on se cherchait un peu, que l'on souhaitait faire autre chose. On voyait que le public changeait.
Ce qu'on aimait au départ dans le Rock'n'Roll c'était une musique rebelle, ce côté rébellion social, et c'est ce côté là qui m'intéresse.
Lors de notre dernière tournée, on était devenu un peu une sorte d'institution du rock alternatif.
Tu sais lors de concerts, j'avais des gens qui venaient me parler en me disant : "Toi qui est un dinosaure du rock français", alors que j'avais 25 ans lorsque j'ai arrêté la première fois..., ça fait bizarre.
Et j'avais l'impression que ça devenait de moins en moins rebelle, on avait déjà fait plusieurs fois la même salle, avec les mêmes discours..., et j'avais le sentiment qu'il n'y avait plus de prises de risques, et c'est aussi pour ça que l'on a fait un break, on avait l'impression de se répéter...
Lors de la dernière tournée j'avais l'impression de ne pas savoir pourquoi j'étais là, tu vois là, ça devient un boulot...
Et puis on a repris, en ayant moins de stress, les gens étaient contents de nous revoir. Et maintenant on n'a plus de raison d'arrêter et dans l'absolu on n'a pas de raison de continuer non plus, t'as des groupes qui vivent uniquement de ça, nous pas, il n'y a pas que ça, et je n'ai jamais voulu que ça le soit, car je pense que ce n'est pas le bon choix en terme artistique, tu te poses parfois les mauvaises questions.
Maintenant j'ai toujours été un branleur, je fais ce que j'ai à faire et j'en ai rien à foutre de ce que l'on pense. Je ne vois pas pourquoi on me jugerait, et je ne vois pas qui pourrait juger les Wash aujourd'hui.
On peut nous juger lorsqu'on nous voit sur scène et qu'on a fait un mauvais concert, mais ça arrive ! D'ailleurs les groupes qui sont bons tout le temps, ce ne sont pas des groupes, ce sont des machines à faire du fric...
C'est clair qu'on a fait de mauavais albums comme de bons albums, c'est la carrière d'un groupe, et à l'âge que j'ai maintenant je fais ce que j'ai envie, c'est le principal.
Donc pas de raison d'arrêter, on se sent bien et on a tous des vies bien remplies, tu sais on est tous des potes donc lorsqu'un d'entre nous ne veut pas jouer et bien pas de problème... Tu sais, il y a pas très longtemps j'étais pas très bien dans ma vie pour des raisons perso, et j'avais pas envie de jouer donc voilà, on a arrêté de tourner pendant 6 mois, on a juste fait juste quelques dates pour se maintenir...
On reste vachement à l'écoute de ce que l'on est, et c'est ce qui nous permet de durer. Tu sais un moment on faisait 150 dates par an, plus les albums, alors tu ne vis que pour le groupe, que par le groupe, et les gens ne te parlent que de ton groupe, et il y a un moment tu deviens schyzo... Au début tu donnes plein de choses aux gens puis lorsque tu deviens plus connu, c'est différent. Tu sais y a un moment j'avais des nanas complètement hystériques qui me couraient après, bon au début c'est marrant, il y a un moment ça l'a moins été, mais un mec qui fait du Rock'n'Roll pour ne pas se taper des nanas, il n'a pas compris pourquoi il faisait du Rock, car tu fais du rock pour te taper des gonzesses, euh pour rencontrer des jeunes filles!
Y a un moment je me faisais déchirer ma chemise aux concerts, les filles rentraient dans les loges, bref le second degré qu'ils peuvent avoir pour toi même, ben ces gens ils ne l'avaient plus, bon maintenant à l'âge que j'ai on ne me fait plus chier: je suis trop vieux pour les filles de 17 ans.

Comment peux-tu définir les Washington Dead Cats aujourd'hui ?

Oh tu sais ma définition n'a pas changé, j'ai toujours voulu faire un groupe de Rock'N'Roll, nos influences viennent du rockabilly,du psychobilly.
Ma position par rapport au psychobilly est simple, les groupes à l'époque étaient extrèment différents, t'avais les Milkshakes qui étaient plutôt un groupe de garage/punk, t'avais les Cramps
Cramps
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, les Meteors.
Après c'est devenu un truc plus clanique, lorsque t'étais pas habillé de telle façon et que tu jouais pas avec une contrebasse, tu ne faisais pas du psycho.
Et c'est devenu moins fun, les mecs se prenaient la tête.
Tu sais moi j'écoute toutes sortes de musiques, du reggae, du ska, du rockab, du swing, du blues, et au départ j'écoutais Johnny Cash
Johnny Cash
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, Gene Vincent, Elvis, et du punk rock, les Clash
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, Dead kennedys
Dead kennedys


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, les Ramones
Ramones
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, Black Flag
Black Flag


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.
Et c'est ce que l'on a voulu faire au début du groupe, ce mélange de styles, sans se rendre que c'était du psychobilly, c'était du rockabilly avec l'énergie punk, donc finalement c'est cet ensemble qui a fait les Wash.
On n'a plus été associé à du Punkabilly, du fait qu'on n'avait pas de contrebasse, et une de nos influences majeurs étaient plus les Cramps
Cramps
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que les Meteors.
Moi j'aimais bien le côté théâtral et second degré des Cramps
Cramps
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, ce que les Meteors ont perdu après leur premier album.
Des mecs qui posent avec des battes de baseball ça m'a jamais fait kiffer.
Pour moi le Rock'N'Roll est un acte sexuel, sinon tu fais le hooligan et tu vas te taper à la sortie d'un match de foot.
Moi les choses sans esthétisme, sans âme, ça ne m'interesse pas.
Après je peux être très basique sur scène, (rire), pour moi le rock doit être instinctif.

Ton groupe pourrait-il encore évoluer dans l'avenir ?

C'est clair que notre groupe peut encore évoluer, notre premier album n'est pas le même que Treat me bad et que El diablo non plus...
Tu sais lorsqu'on a recommencé les gens pensaient que l'on faisait du Ludwig Von 88
Ludwig Von 88


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, puis ils nous disaient, ben finalement vous faites du Rock, alors que l'on a toujours fait ça.
En France et dans l'imaginaire des gens les Washington dead cats
Washington dead cats


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étaient associés à juste titre à la vague alternative. On en a fait partie et on l'a défendue car à ce moment là c'était génial tu jouais devant 1000 personnes avec les Béruriers Noirs, Nuclear Device et les gens venaient pour s'éclater.
T'avais l'impression qu'il y avait toute une vague de groupes qui écrasaient tout ce qui avait avant, c'était les premières radios libres, plein de gens qui organisaient des concerts, et maintenant ils font des festivals.
Si tu veux, nous, on a une double identité, un jour on a été appellé aux U.S.A., pour venir y jouer, car pour eux, le psycho vient d'Europe, et ils considéraient qu'on était un des premiers groupes, donc un groupe mythique.
Et après lorsqu'on a passé la frontière en France on nous a dit qu'on était un groupe mythique de la scène alternative française...
Finalement on reste mythique parce qu'on est vieux (rire).
C'est vrai qu'on a une éthique sociale et politique qui ne transparait pas dans nos textes parce que ça ne m'intéresse pas et qui est le prolongement de notre éducation et de notre milieu social.
Mais je serais le frère de Jean Sarkozy, je ferais sûrement un autre style de musique, car je n'aurais pas les mêmes préoccupations sociales.
Mais les gens qui ont fait du Rock'N'Roll sont rarement d'extrême droite.
Puis, tu ne peux pas faire du Rock'N'Roll en étant raciste, c'est pas possible.
Imagine: tu fais du rockabilly mais tu mets les noirs de côté, donc tu mets de côté Chuck Berry, Little Richards et tout le côté Rythm&Blues.
Donc on peut évoluer, ça évolue au niveau du son et de la manière de jouer..., mais on fera toujours du Rock'N'Roll, et puis certains d'entre nous ont d'autres groupes à côtés avec d'autres styles.
On pense faire un album acoustique, country acoustique, sans tomber dans le patriotisme américain.



Avez-vous des projets pour 2011 ?

Ben oui tu vois c'est d'ailleurs pour ça que l'on joue moins, on prépare un album, voire deux.
Là, tu vois, on vient de faire un album de reprises que l'on ne sortira pas car ça nous plait moins.


Quel album conseillerais-tu aux gens qui voudraient découvrir les Washington dead cats ?

Ben le best of, car pour 15 euros il est vraiment complet et c'est une symbiose de ce qu'on a pu faire: il y a des extraits de concerts, un livret de 15 pages, des clips, un bonus caché où l'on joue dans un club à Paris, une galerie d'affiches, des photos...

Math, la Belgique divorce, la France brûle, l'Angleterre annonce des mesures d'austérités jamais réalisées, que pensent les Washingtons de ce merdier ?

Est-ce une bonne chose que vous deveniez français ? Tu sais la Yougoslavie s'est séparée et les gens ne se portent pas plus mal.
Mais tu sais la dernière fois que je suis allé jouer en Flandre, je me suis pris une bouteille en pleine tronche, parce qu'on était un groupe de gauche. Donc, chez vous, on ressentait déjà ça dans les années 80, et moi je fais pas des concerts pour des meetings fascistes, je fais du Rock, point.
Après la France, c'est le merdier, depuis que Sarko est arrivé au gouvernement on est en pleine récession sociale.
Puis, tu sais, Sarko a été élu démocratiquement et un truc que l'on peut lui reconnaitre c'est qu'au départ t'avais l'impression qu'il était partout, qu'il était dynamique, après ça a été la honte, car quand tu as le pape qui te reprend avec les roms, c'est abérrant.
Sur ce qui est des retraites, c'est la réponse du "On en a rien à foutre de ce que vous voulez et fermez vos gueules".
Les budgets culturels ont été réduits, tu es de moins en moins remboursé concernant les soins, bref j'ai l'impression que c'est une politique de la personne et qui n'est pas très représentative du peuple mais plutôt de celui qui le dirige.
Lorsque tu vois Ségolène Royal ou Sarkozy, t'as l'impression que ces gens font du business, regarde de Gaulle ou Mitterand, ces présidents avaient une dimenssion charismatique et ils étaient chargés d'une mission pour le peuple.
Ils ne font pas de politique maintenant, ils font un job, puis lorsque tu as un président qui dit à un type "Va te faire foutre connard" c'est hallucinant...
Avant tout le monde s'en sortait. Maintenant, beaucoup de gens ont des problèmes de fric et, de l'autre côté, il y en a qui en ont de plus en plus.
Ce qui m'étonne, c'est que les jeunes ne bougent pas, moi qui suis prof, ils me répondent souvent que de toute façon ça ne changera rien.
Et de toute façon on est prisonnier de notre pouvoir politique qui lui est prisonnier des banques.

Le mot de la fin pour les lecteurs de Shoot Me Again ?

Y aura pas de fin !









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