Pourtant, à chaque annonce d'album ou à chaque sortie de morceau inédit, tout le monde se met à espérer : Architects est-il de retour ? Une réaction rare dans ce milieu où les fans d'un jour peuvent devenir les détracteurs les plus virulents du lendemain, à en juger par la triste fin de l'histoire de Your Demise, à qui une bonne moitié des fans a tourné le dos en deux minutes cinquante-trois, soit la durée de la vidéo de These Lights sortie en 2012 (mais qui n'aurait sans doute jamais dû sortir). Bref, on s'égare. Le sujet était donc « Les vieux fans d'Architects ont-ils raison d'y croire encore? »
Gravedigger semble d'emblée indiquer que c'est le cas. Après un démarrage rapide, puissant et mélodique à la fois, un break ravageur nous envoie une patate rythmique qu'on avait pas entendue de leur part depuis 2009. Oh, un refrain en voix claire. Mais cette voix claire passe plutôt bien, car Sam Carter a la bonne idée d'abandonner l'aspect poetic-lover de sa voix chantée et d'y ajouter un certain grain écorché. Les deux morceaux suivants ne sont pas des surprises, puisque le groupe avait choisi de les diffuser pour annoncer l'album. Et Naysayer avait largement éveillé la curiosité du public avec son entrée dillinger-esque (ça faisait aussi un paquet d'années qu'on n'avait plus eu l'occasion de comparer Architects à The Dillinger Escape Plan) et ses passages mid-tempo à défoncer un pit.
Broken Cross présente un côté plus mélodique mais pas sirupeux pour autant, puisqu'une fois encore la voix claire de Sam Carter ne joue pas sur le terrain de groupes TROP mélodiques (Sleeping With Sirens et consorts) mais reste dans l'agressivité. Les morceaux s'enchaînent au rythme effrené des jumeaux Searle qui ont enfin retrouvé leur hargne et leurs couilles, et nous gratifient de riffs et de passages de batterie complètement géniaux.
Pour faire simple, on peut considérer que cet album est un condensé des trois albums précédents (Hollow Crown inclus, donc) avec ce petit truc en plus qu'on leur croyait perdu : l'inspiration. Un paquet d'idées géniales, un songwriting impeccable et surtout une rythmique destructrice remettent Architects un cran au-dessus des autres groupes de sa catégorie.
Après un interlude bien ambient, le groupe nous balance sur C.A.N.C.E.R un riff de vingt-cinq secondes d'une seule note à répétition sur - encore une fois - une rythmique à tuer son voisin. Avec son refrain percutant et mélodique, ce morceau sort du lot... de peu, vu la qualité générale du reste de ce Lost Forever // Lost Together.
Le groupe commet presque l'erreur dite du « morceau qui ne devait pas se trouver là » avec Colony Collapse, car le début est, avouons-le, sacrément mou du genou. Mais le groupe parvient à le gonfler, au fil des secondes, d'une intensité qui prend aux tripes tout en restant dans le thème de départ.
Les morceaux passent et le groupe ne trépasse par pour autant. Après les quarante-trois minutes qui composent Lost Forever // Lost Together, on peut enfin en être sûrs : Architects a réussi à sortir un album sans ballade casse-couilles à la Heartburn et a clairement fait le choix de privilégier la rythmique à la mélodie. Et ce choix fait définitivement mouche, tant la puissance de cet album réconciliera inévitablement les fans déçus avec le groupe, qui retrouveront des structures math dignes de figurer sur un des premiers albums du groupe, mixées avec des éléments plus « tubesques » tels qu'on a pu en voir sur The Here And Now.
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Architects
The Dillinger Escape Plan