Interview

MICHEL KIRBY

''rien n'est jamais tombé du ciel''


Vendredi 10 mai 2019

Kirby. Un nom qui sonne familier pour toute personne qui s’intéresse à la scène musicale belge, plus particulièrement au hardcore, au crossover, au metal ou encore à l’expérimental. Il faut dire qu’après plus de trois décennies à jouer de la gratte, Michel Kirby a laissé son empreinte dans plusieurs formations et continue toujours d’explorer de nouveaux horizons musicaux. L’artiste bruxellois vient de fêter ses cinquante ans il y a quelques mois, l’occasion de retracer son parcours depuis les bancs de l’école jusqu’à son dernier groupe en date, Wolvennest
Wolvennest


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. Le tout ponctué d’anecdotes, de souvenirs et de réflexions.

L’Elektrocution Record Shop fait partie de la race presque éteinte des vrais disquaires, ceux qui ont une âme et qui sont imprégnés par un ou plusieurs styles musicaux, à l’antipode des grandes chaînes aseptisées. L’espace est exigu mais regorge de vinyles et de cds, pour la plupart de seconde main, glanés à droite et à gauche dans des foires aux disques. Je pousse la lourde porte blanche, Michel Kirby, t-shirt noir de rigueur et barbe épaisse de plusieurs mois, m’invite à monter à l’étage. Ce bâtiment pourrait être un autel dédié à la musique : du sol jusqu’au plafond se côtoient des albums, des vinyles, des collectors, des affiches ou autres goodies précieusement gardés à l’abri du temps. La journée commence à tirer sa révérence, la pénombre s’invite petit à petit. On retrace le temps, une cannette de Coca et de Fanta posées sur la table.




Partie 2

Revenons sur ton parcours musical… tout a donc commencé sérieusement dans le milieu des années ’80, avec Mental Disturbance. Comme ça s’est passé ?

On a fait en tout deux démos et un 45 tours. On a aussi participé à une compilation en France, sur le Punk et Hardcore, qui était distribué par New Rose. C’était déjà la consécration pour nous ! Et puis on a commencé à jouer avec des groupes quand même assez connus de la scène, autant belges qu’étrangers. On a pu avoir un début de reconnaissance de la part de la scène en Belgique. On était déjà très crossover, on aimait déjà faire beaucoup de mélange avec le metal. Il n’a pas fallu attendre l’arrivée du metalcore pour ça, tu pouvais le sentir lorsque tu allais aux concerts de Negazione ou encore de Lärm. Lärm était d’ailleurs aussi dans le courant straightedge, bien avant des Youth of Today
Youth of Today


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. Et puis à tous les concerts plus punk ou hardcore, il y avait aussi des metalleux, car ils venaient voir jouer Cyclone ou Decadence
Decadence


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(avec des membres de Cyclone). On aussi la scène new-yorkaise avec Lady Christ ou encore les tout premiers concerts d’Agnostic Front
Agnostic Front


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. DRI
DRI


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aussi ! Mais on retrouvait également les mêmes gars dans les concerts d’Anthrax
Anthrax


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ou d’Agent Steel ! Les publics se mélangeaient ! On a donc naturellement évolué là-dedans, ce qui s’est ressenti dans notre musique.

Et puis je suis entré chez Catalepsy
Catalepsy
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, où je jouais de la basse. Mental Disturbance s’était arrêté, Marc De Backer avec qui je jouais est parti avec Mucky Pup
Mucky Pup
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, on était juste avant en tournée avec eux. Il est parti à New York pour jouer avec eux, il est devenu leur bassiste. Puis il est entré dans Dog Eat Dog
Dog Eat Dog


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. Avec Marc, c’est un peu comme un frère. On a fait un groupe ensemble, puis il est parti faire son expérience à New York. Et moi, en parallèle, je suis entré dans Catalepsy
Catalepsy
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puis Deviate
Deviate


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. On ne s’est jamais perdu de vue, jusqu’à aujourd’hui reformer un groupe ensemble. Il est revenu vivre en Belgique et on a fait Wolvennest
Wolvennest


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.



On est donc là dans les années ’90…

En ’93 ! C’est l’année où j’ai rejoint Deviate
Deviate


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. C’est là que tout a vraiment commencé. Le père du batteur de Deviate
Deviate


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était déjà très investi dans la musique, il faisait du publishing notamment pour les Beastie Boys
Beastie Boys


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ou encore pour Slayer
Slayer


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. On devait faire une démo, puis par ses connaissances dans le monde musical, cette démo est devenue directement un CD. On a toute de suite pu bénéficier d’un entourage professionnel. Ça a éclaté assez vite et très vite on a fait nos premiers festivals. À cette époque, il y avait aussi Channel Zero
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qui était déjà à un bon niveau. Nous on était plus crossover. Il y avait aussi la scène H8000 et le metalcore. Deviate
Deviate


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s’est toujours retrouvé sur des affiches assez variées. On pouvait se retrouver avec des Betty Goes Green, des groupes plus pop qui gagnaient des Humo Rock Rallyes. C’était aussi la période de tout ce qui était plus fusion, comme les Red Hot Chili Peppers, Jane’s Addiction
Jane’s Addiction
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, Living Colour
Living Colour


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, Fishbone
Fishbone
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, Rage Against The Machine
Rage Against The Machine


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. À part Pantera
Pantera


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, c’était une époque où le metal était perdu. Et donc vu qu’on pratiquait du crossover, il y avait une place pour nous. On a pu jouer sur plein d’affiches.

Que gardes-tu comme souvenir de ces premières tournées ?

Ce qui m’a notamment marqué avec Deviate
Deviate


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, c’est la première fois que j’ai été au Japon. C’était en ’98. On avait trouvé un label là-bas qui faisait la distribution de nos albums. C’est l’album Thorn of the Living qui nous a permis de décoller. On avait déjà acquis une petite notoriété, mais sur cet album, avoir Jamie Locke, un producteur qui s’était occupé auparavant de Madball
Madball


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, Sick of it All
Sick of it All


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, ça a fait décoller le groupe. Ça a ouvert des portes, dont une tournée au Japon. Et puis toujours là-bas, en 2001, on s’est retrouvé sur le Beast Feast, un énorme festival avec Pantera
Pantera


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, Slayer
Slayer


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, Morbid Angel
Morbid Angel


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, Bioahazard, Caliban
Caliban


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pour la première fois, etc. C’était un truc de dingue. C’est à cette époque qu’on a fait nos premiers gros voyages. De très belles rencontres avec beaucoup de gens. On a aussi fait toute l’Europe.

… ce qui, pour un groupe belge de ce style, est assez particulier… Déjà dépasser les frontières linguistiques à l’intérieur du pays n’est pas simple. Mais alors l’étranger…

Tu sais, avec Deviate
Deviate


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, si on voulait, on pouvait jouer toutes les semaines. Un jour, on a même fait trois concerts sur la même journée : deux festivals et un concert au soir où nous étions en tête d’affiche. C’était la folie. On a fait Dour, les Graspop, les Fêtes de la Musique à Flémalle, le Street Live à Écaussinnes… Mais j’ai assez vite, dès ’97, commencé un projet parallèle. J’avais besoin de m’exprimer autrement, de toucher un autre public.



Ce projet parallèle, c’était donc Length of Time
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?


C’est bien ça, j’ai été chercher des gens que je connaissais auparavant. J’ai été chercher Christian, le batteur avec qui j’avais joué dans Catalepsy
Catalepsy
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. Ensuite Vincent d’Out for Blood
Out for Blood
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nous a rejoints et évidemment Ross, le chanteur, que je connais depuis qu’il a seize ans. Il avait joué une fois de la basse avec Mental Disturbance. Ross, c’est un ket qui était déjà à fond dedans depuis ses seize ans.

Et tu dis que tu voulais faire quelque chose de différent qu’avec Deviate
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. Comment dès lors décrirais-tu Length of Time
Length of Time


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?


Au niveau de l’imagerie, c’est plus sombre et plus personnel. Aussi au niveau des lyrics. Je venais avec des choses que je n’aurais pas pu injecter dans Deviate
Deviate


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, car ça ne l’aurait pas fait. Comme je m’intéressais aussi beaucoup au neo-folk, où on retrouve beaucoup de morceaux donc les lyrics sont beaucoup plus pieds sur terre, j’ai pu intégrer ça dans le projet. On a lancé notre première démo et ça a été tout de suite la folie. On a signé chez Goodlife Recordings , qui avait signé pas mal d’autres groupes de H8000. C’est aussi à cette époque qu’Arkangel
Arkangel


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est apparu.

Si on regarde, on a lancé Length of Time
Length of Time


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en ‘97. J’ai donc passé plus de temps avec ce groupe qu’avec Deviate
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, qui s’est arrêté en 2003. Je ne prends pas en compte ce qui s’est passé par après, car cela s’est plutôt mal fini. J’ai rejoint Arkangel
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en 2001, cela fait donc 18 ans que je suis dans ce groupe. Deviate
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je n’ai fait que 10 ans avec eux. Mais Deviate
Deviate


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, c’était une époque et ça restera comme ça. C’est de l’histoire ancienne. Je ne suis plus favorable à relancer ce groupe, chacun a pris des chemins différents. Deviate
Deviate


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, c’est plongé dans le passé.



Tu disais que c’était à ce moment-là qu’Arkangel
Arkangel


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est arrivé…


Je les ai en fait rejoints en 2001 sur une demande du label. Il faut être honnête. À l’époque, ils sortent un nouvel album, mais le guitariste s’en va. Ils m’ont demandé si je ne voulais pas jouer un peu avec eux, histoire que la promo de l’album puisse avoir lieu. Je ne les connaissais pas personnellement, mais ça a plutôt bien collé. Les premières années ont vraiment été dingues. Il y a eu ensuite quelques changements de line-up et on a pris des potes de Paris avec nous (les gars de Es la Guerilla, qui deviendra après Hangman’s Chair
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). C’est toujours une histoire de gens qu’on connait. On est aujourd’hui en 2019 et Arkangel
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et Length of Time
Length of Time


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sont toujours là. C’est vrai que parfois on ne joue pas pendant un an, car on a tous nos projets, mais on nous propose toujours des dates à faire…

Et vous comptez toujours, à un moment ou à un autre, sortir quelque chose de nouveau ? Que ce soit avec Length of Time
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ou Arkangel
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?


Avec Length of Time
Length of Time


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, on a eu un petit break de 4 ans et là on reprend tout doucement avec quelques concerts… Mais avec Arkangel
Arkangel


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, on reparle de faire un nouvel album. Cela fait 11 ans qu’on n’a pas sorti de nouvel album. On en parle souvent, mais un des membres est en Islande, deux autres à Paris et moi à Bruxelles. On a aussi chacun notre famille. Cela ne nous empêche pas de faire la musique, ça ne peut pas être une excuse, mais on tient compte de la vie de chacun. On a muri et on se respecte davantage les uns les autres. Avec Arkangel
Arkangel


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, on est retourné quelques fois au Japon, on a même fait une tournée de douze jours là-bas. On a aussi été au Canada, aux États-Unis, en Russie. Arkangel
Arkangel


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, c’est assez énorme au point de vue des demandes. Mais… on a toujours voulu rester DIY. On est plus passé du côté « culte » que de se faire gérer par des grosses machines qui nous auraient amené plein de dates autour du monde. Ça aurait pu se faire pourtant. Et c’est pas de la blague hein ! Un soir, aux États-Unis, on parlait avec le mec d’Hatebreed
Hatebreed


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et il nous avait fait une offre… mais on n’a jamais concrétisé ça. Car accepter aurait trop nécessité qu’on soit ultra discipliné. On a toujours été un peu fous…



C’est quoi être fou, pour toi ?

Bah tu sais on a toujours aimé picoler et faire la fête. À l’image de la musique qu’on fait. On est devenu un peu plus sage par respect pour nos vies, mais on est toujours comme sonne notre musique. J’ai vu des mecs arrivés à un très haut niveau, mais qu’est-ce qu’ils se font chier… On ne voulait pas perdre notre âme, c’est une partie intégrante de nos vies et on ne voulait pas changer notre comportement. Se lier par contrat à de grosses machines aurait pu tuer nos groupes, on n’est pas fait pour ça. Certains nous ont dit qu’on était fous, mais je n’ai aucun regret par rapport à ça. Personne dans le groupe n’a d’ailleurs de regrets.
Et puis ça ne nous a pas empêchés de réaliser des trucs absolument sublimes. Il y a pas longtemps, durant l’été, on a fait un magnifique festival en Philadelphie, This is Hardcore. C’était dément. Ça m’a permis aussi de me rendre compte que les États-Unis ont beaucoup changé en peu de temps… J’étais à New York en ’97, l’âme a changé. Tout est devenu formaté. Chaque quartier était authentique, il y avait des choses à voir partout. Je n’y étais pas pendant la nuit, peut-être un tort, mais on retrouve les mêmes magasins partout. On avait déjà été là-bas avec Arkangel
Arkangel


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en 2001, on avait un gros concert avec Hatebreed
Hatebreed


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et Earth Crisis
Earth Crisis


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. C’est folklorique, complètement dingue. C’était un festival qui s’appelait le Hellfest, à Syracuse. On est ensuite retourné en 2001, mais ça s’est très mal passé avec le soi-disant organisateur. On a fait deux concerts puis c’est parti totalement en sucette. Il y a eu quelques grosses bagarres avec des gars qui boycottaient Arkangel
Arkangel


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, qui nous reprochaient de ne plus être dans le straightedge et dans le véganisme.

Ce qui était pourtant la marque de départ d’Arkangel… non ?

Oui c’était le cas, mais tu ne peux pas en vouloir à des gamins qui ont 14-15 ans au départ d’évoluer par la suite… Arkangel
Arkangel


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a toujours été en faveur de la libération animale, mais pas vraiment vegan. Mais ça, il faut lire entre les lignes des paroles. Et donc là un gars n’était pas content apparemment de la direction qu’Arkangel
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avait prise. Il s’est ramené pendant le concert avec un panneau pour Baldur, Hope you die by overdose. Notre bassiste a shooté dans le panneau et c’est parti en bagarre. Et puis le mec de la tournée qui s’est enfui. Pour le second concert, on se rend en New Philadelphia, dans une salle vraiment minable. On s’est bien rendu compte que rien ne tournait rond, on est donc retourné en Belgique. On s’en rendu que seuls 50% des dates avaient été bookées. Mais… on est quand même revenu avec un nom d’album !

Heureusement, on a des mes qui nous ont aidés un peu à ce moment-là, après que le gars nous ait laissé tomber. Et ici, on les a retrouvés 18 ans après ! C’est eux qui ont notamment organisé le This is Hardcore, de manière très professionnelle. Ce sont des gars qui ont grandi avec leur passion.

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Partie 1


Tu as fêté tes 50 ans il y a peu. Souvent, les gens font un peu le bilan de la vie qu’ils ont menée jusque-là. Ça a également été ton cas ?

En effet, je suis né en ’69, j’ai fêté mes 50 ans le 17 février dernier. J’avais toujours dit que je prendrais ma pension à cet âge-là, mais non… Tu sais, cela fait plus de trente ans que je joue ! Arrêter, c’est parfois une idée qui te traverse la tête, mais ça finit toujours par passer…

Tu n’es donc pas encore prêt de t’arrêter ?

Non, avec tout ce qu’il y a en route, ça m’étonnerait que ce soit à cet âge-là que je me retire… Et puis je ne peux pas me le permettre, je joue notamment avec des gars qui sont plus âges que moi maintenant ! (il rigole)

On est ici dans la capitale, à deux pas de la Grand-Place. Ce sont un peu tes terres, tu as toujours vécu à Bruxelles, non ?

Ouais, j’ai grandi dans les quartiers populaires de Bruxelles, dans les Marolles. Toute ma famille venait de ce côté. Une enfance un peu… bousculée. Cool quand même, mais j’ai été élevé par ma grand-mère dès l’âge de 7-8 ans, j’ai perdu ma mère assez jeune. Puis ‘fin des années ’90, lorsque j’ai eu ma fille, je suis parti m’installer à Sint-Pieters-Leeuw. Je reste toujours en périphérie, Bruxelles c’est ma ville. Ce sont mes racines.


Michel Kirby, gamin, avec Sodom
Sodom


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Et puis, très vite, tu as été plongé dans le monde de la musique…

On peut dire ça… En étant jeune, j’ai quand même fait quelques jobs d’étudiants dans un magasin de bricolage. Ce sont les seuls moments de ma vie où j’ai été en dehors de la musique… Et puis très vite, j’ai pu obtenir de travailler un ou deux jours au Discomania, c’était un des disquaires les plus populaires du milieu car tu pouvais y obtenir ce que tu voulais en hard rock et hardcore-punk. C’était l’endroit dédié au metal à Bruxelles. Le patron de l’époque était aussi fortement intéressé par la new-wave, c’était un fan absolu de Sisters of Mercy. On pouvait y trouver beaucoup de musique neo-folk également.

Quel âge avais-tu à ce moment-là ?

J’ai commencé quand j’avais… 17 ou 18 ans. Le gars qui bossait là tous les jours voulait avoir un ou deux jours de repos, j’ai donc commencé par le remplacer. Une fois que le métier est entré, j’ai ensuite bossé là-bas plusieurs jours par semaine. C’est comme ça que j’ai appris le métier de disquaire, parallèlement à la musique. J’avais aussi lancé un fanzine à l’époque. Et puis j’ai commencé la musique de manière amateur, avec notamment Mental Disturbance.

On était alors au début des années ’90 ?

Même pas, c’était encore avant… (il prend le temps de réfléchir). Je crois bien que c’était en ’85, je devais avoir 16 ans.

C’était donc ton premier groupe de musique ?

Non, ma toute première démo, c’est quand j’étais en 3ème secondaire. On avait formé le groupe Chaotic Noise, un truc ultra brutal avec de la batterie électronique, moi avec ma guitare et un pote qui chantait à la Napalm Death
Napalm Death


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. Mais on prenait ça très au sérieux : on l’avait pressée à 50 exemplaires et on allait la vendre aux concerts qu’on allait voir à l’époque. C’était les débuts de Kreator
Kreator


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ou encore de Celtic Frost
Celtic Frost
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. C’était le tout début, hein ! On avait énormément de connexions, tant en Wallonie qu’à Bruxelles et en Flandre. On trainait aussi beaucoup avec les gens de Cyclone, qui était à ce moment-là LE groupe belge. J’étais un peu entré dans leur bande, y avait aussi pas mal de punks de Bruxelles. Ils jouaient quasi toutes les semaines !



Et donc ce sont tes premiers pas chez Discomania qui t’ont motivé à ensuite lancer ton propre magasin, Elektrocution Record Shop ?

Ouais, j’ai quand même travaillé plus de 15 ans pour Discomania, puis le boss est parti vivre en Grèce. Quand j’ai su qu’il allait partir, je me suis un peu préparé et j’ai ouvert mon propre magasin, Elektrocution.

Tu t’es donc lancé dès que Discomania a fermé ses portes ?

J’ai eu en effet un gros coup de chance : même pas un mois après avoir quitté Discomania, j’ai trouvé cet emplacement. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, je ne crois pas au hasard.

Et alors que beaucoup de magasins font de la vente en ligne et de la publicité sur les réseaux sociaux, toi tu as toujours préféré une approche plus old-school…

J’ai continué sur les bases qui m’ont formé. Je suis resté très old-school. J’ai bien essayé à un moment de m’ouvrir à la nouveauté, mais ça m’embêtait. Je ne le fais qu’avec 15-20% de ce que je propose, uniquement pour quelques trucs de black metal, de doom, d’electro-gothique ou de neo-folk. Je suis vite retourné comme on faisait à l’ancienne : aller aux foires du disque, dénicher les occasions. C’est ce qui est le plus amusant et c’est ce qui te permet vraiment de vivre. La nouveauté, c’est très cher. Je suis même parfois gêné de proposer certains prix, notamment au niveau des vinyles. C’est sûr que c’est une mode qui revient, beaucoup d’usines ont disparu et il faut tout remettre en marche. Mais moi je veux rester dans la tradition, que les gens viennent au shop et découvrent par eux-mêmes. Il y a assez de mentions sur Internet pour pouvoir trouver le magasin. Je n’ai pas de Page Facebook, j’ai juste fait à un moment un Tumblr pour montrer quelques magazines ou encore des photos de personnes un peu connues qui étaient venues au magasin. Mais jamais pour vendre…

Tu peux en dire un peu plus concernant les styles musicaux qu’on peut trouver chez toi ?

On trouve ici tout ce qui est années ’80, je vais rarement au-dessus. Excepté pour le black metal, car je trouve la scène vraiment intéressante. On trouve aussi de l’électro-goth, du neo-folk mais aussi un peu de chanson française et de la musique de films. Pour tous ces styles, il y a beaucoup de stock de vinyles. A une époque, il y a de ça 10 ans, plus personne n’en voulait. Et aujourd’hui il y a de nouveau de la demande…. Des groupes comme Supertramp, Fleetwood Mac, Police ou même Queen, plus personne n’en voulait. Tu pouvais les trouver pour 1 ou 2 euros. Et maintenant c’est la folie… tant mieux ! C’est un cycle qui recommence ! La cassette revient aussi !
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AUTEUR : Sekhorium
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près ...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouve...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musica...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musical, le Metal est devenu est philosophie de vie....
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musical, le Metal est devenu est philosophie de vie....

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