Reportage

Frank Carter au Trix : entre bête de scène et complexe de Dieu

Anvers (Trix), le 09-11-2019

Vendredi 15 novembre 2019

Les portes du Trix n'ouvrent que dans 10 minutes et une file bien disciplinée est déjà formée devant les portes du Trix. A peine une demi-heure pour se réchauffer et prendre un verre avant que les Anglais de Kid Kapichi ne démarrent leur set devant un public encore clairsemé. Une majorité de curieux découvrant le combo ce soir entourent une vingtaine de true fans pressés devant la scène. Kid Kapichi nous balance l'intégralité (ou presque) de son EP Sugar Tax sorti cet été, sorte de power-rock typiquement british, pas forcément révolutionnaire mais bien ficelé. Ils remercient chaleureusement Frank Carter And The Rattlesnakes
Frank Carter And The Rattlesnakes


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, comme ils l'avaient fait lors de l'annonce, de les avoir embarqués avec eux sur cette tournée européenne. Puis quittent la scène après avoir fait le taf avec une énergie scénique remarquable, mais sans forcément avoir marqué les esprits.

Le fond de scène décoré aux couleurs du dernier album End Of Suffering, la pression monte dans la salle qui s'est maintenant bien remplie. Si l'organisation a laissé planer le doute sur un sold-out imminent à l'approche du jour J, il est assez clair qu'on ne l'aura pas atteint ce soir malgré tout. La lumière s'éteint alors qu'un sample laissant deviner la mélodie de Tyrant Lizard King démarre. Les musiciens montent sur scène pour prendre le relais, suivis de peu par Frank Carter qui entame sa ligne de chant. Première constatation : à l'inverse de certaines dates récentes (checke les festivals de l'été dernier sur Youtube) l'homme a décidé d'assurer vocalement ce soir pour rester proche de la tournure prise par ce dernier opus, bien plus mélodique que les sulfureux Modern Ruin et surtout Blossom.



L'énergie est bien présente et sur Kitty Sucker le frontman est déjà, comme à son habitude, debout sur son public qui lui maintient les jambes. La sauce prend rapidement et dès le début du set Trouble convaincra les fans de la première heure qu'on est bien partis sur une setlist prévue pour contenter toutes les tranches du public. Il faut dire qu'avec des changements de style aussi notables d'un album à l'autre en à peine 5 ans, le public de ce soir est plutôt contrasté, entre les nostalgiques de Gallows
Gallows


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d'un côté et les amateurs de romantisme sauvage de l'autre.

Romantisme et psychanalyse

Wild Flowers permet, comme à chaque set, à Frank Carter de rendre hommage aux femmes présentes ce soir et de leur créer une ''safe space'' dans la fosse ou elles pourront rester entre elles pendant le morceau qui leur est consacré et stage-diver en toute sécurité, sous l'oeil attentif de Carter qui de son mirador scénique prend à coeur d'observer le comportement du public. On y reviendra plus tard.

Les premiers speechs à coeur ouvert arrivent à l'annonce d'Anxiety, où le frontman témoigne de son mal-être et du réconfort reçu quand il a pu en parler autour de lui. Témoignages / mises en garde / conseils avisés qui ponctueront le concert à plusieurs reprises sous les applaudissements du public qui voit chez lui une sagesse nouvellement acquise après un passé douloureux. On s'adresse clairement à une tranche spécifique du public, de même que lorsqu'il lance des bisous ou des coeurs avec les doigts aux demoiselles le filmant avec leur smartphone ou invite les couples à danser un slow sur Love Games. Inattendu, mais soit.



Violence et complexe de Dieu

Lorsqu'on revient dans un registre plus rock'n'roll avec Juggernaut (parce que ''This is a rock'n'roll show'' prend-il la peine de rappeler), on assiste à un moment étrange : un type arrive en slam devant la scène et est réceptionné par la sécurité, puis appelé par Frank Carter himself en pleine chanson, qui s'approche du bord du scène et se penche vers le slammeur. Le chanteur l'empoigne violemment, lui hurle dessus et termine par lui mettre deux grosses claques qui retentissent dans les haut-parleurs. C'est son guitariste Dean Richardson qui intervient pour le ramener à la raison. Le concert s'arrête et Frank Carter indique alors qu'on est tous là pour passer un bon moment et que si quelqu'un frappe une fille en plein visage pendant un slam, il mérite de recevoir des gifles. Applaudissements dans toute la salle devant ce geste violent en faveur de la non-violence. Et le service de sécurité dans tout ça ? Visiblement ils sont là pour protéger le groupe du public, le public du public mais pas le public du chanteur du groupe.

Petite parenthèse. Qui a vu quoi que ce soit de ce geste violent de ce gars d'une vingtaine d'années un peu rondouillard, qui n'a pas bronché d'un poil alors que le chanteur lui mettait la honte de sa vie, et qui n'avait pas l'air de comprendre quoi que ce soit à ce qui était en train de se passer ? A part le chanteur qui a a ce moment pris le rôle de juge et bourreau, encouragé par un public acquis à sa cause ? L'impression laissée est bizarre, comme si sa position lui donnait cette légitimité de pouvoir agir sans recul, comme s'il était atteint par un Complexe de Dieu avec un grand C, peut-être renforcé par son repas pre-concert.

Pour l'anecdote, je serai plus tard moi-même accueilli après un stage-diving par un sec ''Calm down'' de la part du chanteur sans avoir, à mon sens, fait quoi que ce soit de violent aux autres membres du public... ce qui m'a fait m'interroger sur le bien-fondé de sa réaction virulente quelques minutes plus tôt.

Qu'on ne se méprenne pas, cette intermède douteux ne parviendra pas vraiment à gâcher le concert de ce soir, surtout que son côté ''arbitre de scène'' lui permet également de distribuer des bons points, comme lorsqu'il pointe un membre du public en disant ''What you just did was awesome''. Manquait que le ''good boy'' et la tapote sur la tête. Qu'à cela ne tienne, Carter possède un talent inégalé pour soulever les foules et créer une ambiance de feu en une demi-seconde, ce qui contrebalancera largement l'impression étrange laissée en milieu de set. Le public est là pour s'amuser, improvise des walls of death et circle-pits aux moments-clefs des morcaux phares Lullaby et Vampires. Le public aura chanté le concert complet d'une seule voix ce soir, jusqu'aux derniers mots d'un I Hate You, rejoint par le frontman de Kid Kapichi sur lequel il s'amuse d'un tel paradoxe : ''We share so much love in a song called I Hate You''.



Frank Carter a réussi avec l'évolution prise aujourd'hui ce qu'il avait échoué avec Pure Love
Pure Love
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en 2011 : s'imposer dans le créneau ''Bad-boy romantique'' de la scène anglaise. Mais il y a fort à parier que dans cette direction, les fans de la première heure se retrouveront de moins en moins dans ce que propose le personnage… jusqu'à lâcher complètement l'affaire.
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AUTEUR : Erik
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentr...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...

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