Reportage

Batushka : rituel liturgique à Arlon

Strasbourg (La Laiterie), le 22-01-2017

Lundi 23 janvier 2017



Tout va très vite pour Batushka. Véritable sensation Black des 18 derniers mois au même titre qu’un Mgla , déjà adopté par le public Metal plus mainstream, déjà renié par les trve, et déjà à la tête d’une belle première tournée européenne. Certes courte, mais qui vient à point nommé pour les curieux et autres fans conquis par leur Black mâtiné de chants grégoriens. Une occasion en or aussi pour ceux qui n’avaient pas encore eu l’occasion de voir le groupe polonais, concentré jusqu’ici sur les festivals. Cette étape à l’Entrepôt d’Arlon constitue aussi bien l’unique date belge que la dernière de ce European Pilgrimage Tour Part I... qui connaîtra donc manifestement une seconde partie avant ou après les festivals d’été – particulièrement colonisés par Batushka d’ailleurs.



Ayant personnellement terminé mon année 2016 sur leur prestation ébouriffante du Eindhoven Metal Meeting, c’est donc mi amusé (par la coïncidence) mi excité (par la qualité de l’affiche du soir) que je me rends à Arlon pour reprendre mon année sur les mêmes notes. Enfin presque, puisque les Français de Aîn ont été choisis pour ouvrir cette soirée, assurant par là-même une unité stylistique de bon aloi. L’horaire du concert ayant été fortement avancé entre-temps (et je ne vais sûrement pas m’en plaindre ! ), je n’ai en revanche qu’assez peu de choses à dire sur leur prestation. Le groupe assure une certaine présence sur scène et le peu que j’en ai entendu mériterait certainement d’être creusé plus en profondeur.

L’annonce de la participation d’Arkona (PL) à cette tournée m’avait ravi autant qu’effrayé. Ravi, car l’excellent Lunaris, sorti en novembre dernier justifiait, à mon sens, le déplacement à lui seul. Effrayé, car il y avait de quoi craindre que la présence d’Arkona (PL) ne génère les mêmes émois qu’à Bordeaux il y a quelques mois. Mais trêve de fausse politique, aucune mauvaise nouvelle n’est venue entacher cette soirée depuis, et Arkona (PL) monte bien sur scène.



Arborant corpsepaints et attitude tout à fait dans l’esprit du genre, Arkona (PL) atomise le parterre maintenant mieux garni de l’Entrepôt (nous serons au final un peu plus de 200) d’un premier titre très rentre dedans, avant d’enchaîner avec un set principalement dédié à Lunaris. Quel plaisir ! Magnifique sonorisation aidant, on reconnait sans aucune peine les moments forts de cet album qui prend, live, la dimension trippante et planante qu’on en attend (Ziemia).

Quand retentissent les premières notes de Smier? i odrodzenie, Arkona (PL) nous a définitivement fait rentrer dans son univers, et nous n'en redescendrons pas plus qu'eux. A ce titre, je retiens particulièrement l'interprétation fantastique du morceau titre Lunaris (son intro dramatique, son break intense) qui aurait presque pu faire figure de conclusion parfaite. Mais c'est le moment qu'a choisi Drac pour sortir un peu de sa torpeur, lui qui motive maintenant les premiers rangs pour L?nienie afin de conclure cet excellent concert de Black Metal.



Chanceux que je suis, c’est donc déjà ma troisième expérience Batushka après celles du Thronefest et du Eindhoven Meeting. Je ne suis donc pas surpris de revoir le même, rituel qui précède le concert en lui-même, longue mise en place aussi bien technique (traditionnel soudcheck) que scénographique : encens, dispositions des chœurs, du pupitre, des bougies, tout est soigneusement préparé. D’ailleurs, je me demandais comment tout cet attirail tiendrait sur la petite scène de l’Entrepôt et finalement je n’en apprécie que davantage la proximité avec le groupe, qui créé indéniablement une atmosphère assez sidérante. L'entrée sur scène, sous un silence inaugural presque flippant, en dit d'ailleurs assez long sur le magnétisme exercé par le groupe...



Alors certes, pour qui a déjà vu Batushka ce show, calé sur la liturgie orthodoxe byzantine ne révèle aucune surprise : intro instrumentale, grand prêtre (le fameux Batushka, soit le père en VO), chœur à trois voix, le tout avec en fil conducteur cette véritable messe orthodoxe que constitue un concert de Batushka... Le groupe tient son concept de A à Z et boucle à la boucle en accordant autant d'importance au chant, quand on connait justement l'importance que revêtent les chants dans la liturgie Orthodoxe. D'autres détails sont savamment étudiés : le toucher de l'idole consacrée, les bougies brandies à bout de bras, la cérémonie en trois actes, la projection de sel (?), le « frontman » de Batushka se fond dans son rôle, et nous avec.



Mais à trop se focaliser sur le concept justement, et sur le charisme affolant dégagé par les Polonais, on en oublierait presque d’évoquer leurs qualités musicales. Alors certes, à l’image de Litourgiya, le Black de Batushka ne propose aucun ingrédient révolutionnaire mis à part, peut-être, cette utilisation extensive des chœurs et du chant lyrique. Les riffs, très efficaces et portant le propos avec toute l’intensité qui lui sied, n’ont rien non plus de foncièrement novateurs. La rythmique, typique, ne vient qu’appuyer le propos, et le chant Black, caractéristique, varie assez peu. Mais ça marche. Sur scène, tous ces éléments fonctionnent à plein régime, alors qu’ils pourraient paraitre comme bricolés pris séparément.



On retrouve en fait ici tout le génie de Batushka d’avoir su créer cet ensemble si cohérent, fascinant et, on peut le dire, retourne-trippes. Après un final assez dramatique, que notre grand prêtre conclut en brandissant son idole consacrée, Batushka prend congé, presque en toute simplicité mais non sans déclencher une grosse réaction dans le public. Difficile de dire comment le groupe pourra susciter la même fascination sur la durée, mais il est clair qu’à l’heure actuelle Batushka est clairement LE groupe à voir sur scène.

Remerciements à Rémi, Sylvain, Coralie, Cronos et l’Entrepot.

Prochaine date de Cronos :

TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
23

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE