Reportage

Ragnard Winter Night: Selvans sauve une soirée mitigée

Roeselare (De Verlichte Geest), le 02-02-2017

Lundi 6 février 2017

C'est une date incontournable pour les amateurs de pagan et black metal qui prenait place à Roulers ce 2 février, dans la petite salle du Verlichte Geest qui commence à multiplier les bonnes dates : Khors, poids lourd du pagan ukrainien, était accompagné des Italiens de Selvans dont le premier album a été salué par la critique.

Une date avec un petit goût de nostalgie pour moi, car elle a bien évidemment un fort lien avec le Ragnard Rock Festival, dont j'ai relaté les trois magnifiques jours cet été (report: http://www.shootmeagain.com/livereports/782_ragnardrockvalhallawaitswarmupjour1 et http://www.shootmeagain.com/livereports/786_ragnardrockblackmetaltabarnakjours2et3). Rising Moon Productions, fondé par les organisateurs du Ragnard, est en effet le label derrière cette tournée européenne (et commence à se constituer un roster intéressant dans le pagan, le black et la musique rituelle/folk/chamanique), la première pour les deux groupes.
Du merch' Ragnard est d'ailleurs en vente aux côtés de celui des groupes de la soirée, de quoi me renvoyer droit à mes souvenirs. Le merchandising de Khors a, de son côté, été visiblement pris d'assaut par la grosse cinquantaine de personnes présente – une affluence décevante mais qui ne m'étonne pas vraiment, la date ayant dû à la base se tenir à Lille et la publicité en région flamande ayant été plutôt moyenne.



Heureusement, le Verlichte Geest est une toute petite salle avec un bar assez massif au milieu, ce qui permet au tout d'avoir l'air plus rempli qu'il ne l'est vraiment, et ce dès le « régional » de l'étape Antilife, groupe lillois de depressive suicidal black metal (DSBM) qui semble un peu en décalage avec le reste de l'affiche. Sur album, j'étais à la fois sceptique et intéressé par la musique du groupe, très froide, bien composée, moins lente que d'autres groupes du style et portée par l'étrange voix de Nazgûl du chanteur, aussi crispante qu'étrangement intéressante (bon, j'ai toujours eu des goûts spéciaux). Mais en live et dans les conditions du Verlichte Geest...
Si un tel chant, suraigu et crispant, a besoin à lui seul de conditions sonores parfaites, des larsens insupportables viendront émailler le set, rendant le tout très difficilement supportable – et empêchant probablement aussi le groupe de délivrer un set carré. Le chanteur manquera quelques notes, et il sera tout bonnement impossible de vraiment rentrer dans le concert, ce qui rendra la mise en scène (divers organes humains sont suspendus derrière l'immense vocaliste, au jeu de scène habité et excessif) un peu lourde. Dommage, mais à revoir dans des conditions sonores optimales.



Place au premier groupe de la tournée et celui que j'attends le plus : Selvans, déjà un de mes coups de coeur du Ragnard Rock et auteur d'un album sublime (Lupercalia) suivi d'une collaboration intéressante avec Downfall of Nur. Basant l'imagerie de son black pagan sur les mythes italiens à grand renforts de claviers et de mélodies épiques, Selvans fait le show, emmené par son charismatique maître à penser et chanteur Haruspex qui débarque sur scène affublé d'un masque de loup... et sans qu'on l'entende. Le son du Verlichte Geest fera en effet encore des siennes et le groupe passera tout le premier morceau à tenter de régler le souci à coups de pouce vers le haut et le bas, tout en jouant. Heureusement, la qualité des compositions fera le job, bien aidée par le jeu de scène d'Haruspex, qui harangue le public avec ferveur et n'hésite pas à le regarder droit dans les yeux en vociférant avec conviction. Les samples, primordiaux pour apprécier la musique finement ciselée de Selvans, seront trop longtemps noyés mais finiront par émerger – juste à temps pour qu'on savoure l'extraordinaire Ô Clitumne et son pont avec bouzouki et accordéon. Le point culminant du concert. Le public est plongé dans les ambiances épatantes que le groupe réussit à installer malgré les conditions moyennes – le superbe Hirpi Sorani, le titre Pater Surgens issu de la collaboration avec Downfall of Nur – et le concert aurait réellement pu être grand sans soucis de son. Moi qui voulais voir Selvans dans d'autres conditions qu'en plein jour sur une énorme scène (comme au Ragnard), je suis toutefois convaincu : on tient ici un sacré groupe d'avenir.

Khors réalise sa première tournée hors-pays de l'Est avec ce « Ragnard Winter Night ». Il faut dire que le groupe est nettement moins sulfureux que les autres poids lourds de la scène pagan ukrainienne, Nokturnal Mortum et Kroda en tête (et ce même si le frontman Jurgis est également membre des premiers cités), ce qui lui a même valu une programmation au Motocultor. Pas question donc de polémique quant à leur présence dans nos pays où organiser un concert « borderline » est généralement compliqué (pour plus de réflexion sur le sujet, je vous renvoie à mon report du Ragnard).
Khors reste toutefois un des groupes ukrainiens qui me « parlent » le moins - en dehors de leur album Mysticism, je trouve en effet moins de puissance (notamment émotionnelle) à leur musique qu'à celle d'un Kroda et moins d'accroche qu'à celle d'un Nokturnal Mortum. Et après la performance de Selvans, tout en charisme, ce sera à tout autre chose que nous assisterons. Les membres de Khors ne respirent en effet pas la sympathie (mention spéciale au guitariste Oleg, cliché d'Ukrainien revêche peu souriant) et n'ont pas l'air spécialement ravis d'être là, dans une minuscule salle belge au son médiocre devant un parterre bien peu fourni.
Mais reconnaissons leur ceci : au vu de la bouillie sonore proposée, on aurait été furieux à moins. Le groupe ne prendra certes pas énormément de temps pour s'accorder et vérifier ce qu'il en est, mais le résultat est si mauvais qu'on en reste un peu interloqué ; Jurgis, le frontman dont la voix est un des atouts du groupe, est inaudible, tout comme les samples qui ont là aussi leur importance sur nombre de compositions. Raven's Dance, compo de Mysticism que j'affectionne particulièrement, est ainsi méconnaissable. Les titres du dernier album passent un peu mieux (Dead Birds Valley, My Cossack Way)... si on aime l'instrumental, car le chant ne fera jamais son apparition, ce qui poussera le groupe, excédé, à arrêter le concert pour demander des comptes à l'ingé-son. Sans succès, et le groupe déjà bien peu charismatique d'ordinaire se renfermera complètement sur lui-même pour un fiasco total.

Vraiment dommage, et les lecteurs connaissant le Verlichte Geest pourront peut-être éclairer notre lanterne : est-ce là un souci récurrent ? Si oui, les nombreuses dates intéressantes de la salle me feront peut-être hésiter à l'avenir. Heureusement, la prestation cinq étoiles de Selvans sauve une soirée qu'on espérait bien plus mémorable. Khors sera à nouveau à l'affiche du warm-up du Ragnard Rock 2017 ; espérons que ce sera une bonne séance de rattrapage...
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AUTEUR : Florent
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on é...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Agai...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
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