Reportage

Roots & Roses Festival : Let's Rock around the Clock !

Lessines (Centre Culturel René Magritte), le 01-05-2017

Mercredi 3 mai 2017

Le Roots & Roses Festival est devenu en quelques années la valeur sûre de Wallonie pour les amateurs de rock oldschool, de country et de blues. Bizarrement je n'y étais jamais allé, alors que le festival a lieu à Lessines, soit tout près de chez moi. Sans doute car je l'ai toujours perçu comme un événement de niche, destiné aux amateurs de genres musicaux que je respecte beaucoup, mais que je connais somme toute assez mal. Mais cette année la programmation fait la part belle au rock garage, pour mon plus vif intérêt. C'est l'occasion de sortir de ma zone de confort métallique !



J'arrive sur le site alors que les Liégeois de The Scrap Dealers commencent leur set. Le son est d'ailleurs excellent, ce que je ne considérais pas comme garanti sous un chapiteau. Premier bon point pour le festival. The Scrap Dealers est décrit dans le programme de la journée comme une valeur montante du rock alternatif belge, et je peux confirmer que les musiciens assurent. Mais leur rock tire vers le progressif, voire le psychédélique, alors qu'en tant que fan de vieux punk, j'ai toujours eu un peu de mal avec les grandes envolées lyriques. J'en profite donc pour découvrir un peu le site du festival en attendant la suite.

C'est déjà la septième édition du Roots & Roses, et je tiens à souligner à quel point l'organisation, entièrement bénévole, est remarquablement bien rodée. Les concerts s'enchaînent rapidement en alternance sur deux scènes couvertes, nommées (évidemment) Roots et Roses. Le service aux bars est assez rapide, même aux heures d'affluence, et de nombreux stands proposent des produits locaux et bio. J'insiste aussi sur la variété impressionnante de nourriture à disposition: outre les classiques frites et burgers, on peut goûter des plats traditionnels de nombreux pays, du Mexique au Japon. J'ai trouvé les prix assez élevés mais, soyons honnêtes, remplir son estomac en festival coûte toujours une petite fortune. Alors je ne me plaindrais pas de pouvoir savourer d'excellents fajitas plutôt que le hotdog homéopathique habituel.

Assez de considérations alimentaires, et retour à la musique avec Id!iots sur la scène Roses, qui nous balance un rock'n roll puissant et survolté qui n'est pas sans rappeler le MC5. Si les musiciens flamands sont très bons, c'est bien le jeu de scène déjanté du chanteur qui fait monter la sauce. Il prend très au sérieux le contact avec son public et nous apostrophe dans toutes les langues du Royaume, ce qui lui donne des petits airs d'Arno avec trente ans de moins. Un très bon échauffement avant la suite d'une journée musicalement dense, et la preuve, si il en fallait une, que le rock qui sent bon la bière et le cuir n'est pas mort en Belgique, loin de là !



Le blues de Woody Pines étant un peu trop calme à mon goût, je reste à la Roses pour les Danois de Powersolo, qui jouent un rockabilly très 50's particulièrement efficace. Le groupe se compose de deux frères, Kim et Bo Jeppesen, le premier au chant et tout deux à la guitare, accompagnés d'un batteur très motivé qui a un petit air de famille avec Emmanuel Macron, ce qui amuse beaucoup les nombreux Français présents. Kim s'en donne à cœur joie et sautille dans tous les sens pour le plus grand plaisir du public, mais après un cinquième dernier morceau, leur set me parait un peu répétitif, d'autant que l'absence de basse se fait entendre. Powersolo reste un très bon groupe débordant d'énergie, bien que 50 minutes de morceaux assez semblables, j'avoue que c'est un peu trop pour moi. Mais pour les amateurs de rock à banane (même si ils n'en arborent pas), c'est à voir absolument !



The Jake La Botz Band leur succède sur la scène Roots, mais je suis assez déçu par ce mélange de folk et de blues, que je trouve trop froid et impersonnel en live, alors que ce que j'en avais écouté avant de venir me plaisait bien. Il est donc temps de faire le plein de calories avant The Pine Box Boys. Le groupe d'horrorbilly commence son set tout en douceur et enchaîne des morceaux qui semblent tous avoir été composés pour arpenter le désert du Mojave après l'holocauste nucléaire. Le concert gagne tout d'un coup en intensité quand Lester T. Raww nous fait découvrir sa maîtrise du chant de gorge sur Will you Remember Me et Pretty Little Girl. Cette technique de chant asiatique m'a toujours impressionné, et je trouve qu'elle s'insère très bien dans un répertoire country/rock. Si vous aimez Texas Hippie Coalition, je vous conseille vivement de tendre une oreille vers The Pine Box Boys ! Les cowboys de l'Arkansas terminent leur concert sur l'excellent A Dog Named Death, et il est temps pour moi de découvrir le premier « gros » groupe de la journée, The Fuzztones.



Le groupe de Rudi Protrudi est considéré comme le fer de lance du revival garage des années 80, on le décrit même comme le digne successeur de The Sonics, qui sont d'ailleurs aussi présents aujourd'hui. Pour ma part, j'avais peur que le set laisse trop de place aux morceaux plus psychédéliques du groupe, qui m'avaient laissé dubitatif sur l'album Braindrops. Mes craintes étaient finalement infondées: The Fuzztones nous livre une leçon de garage rock teinté d'influences country particulièrement énergique ! Les morceaux s'enchainent aussi vide que le public descend des bières (bio et locales), et j'ai même du mal à réaliser que Protrudi a déjà 64 ans tant il fait preuve d'énergie ! Chapiteau comble, et concert d'anthologie !



C'est à The experimental Tropic Blues Band que revient la lourde tâche de succéder au maître. Je connais ce groupe belge depuis plus de dix ans, à l'époque de mes premiers concerts au Télégraphe. Je me appelle d'une ambiance survoltée, d'un exorcisme sur scène, et d'un jack glissé dans un orifice qui ne lui était certainement pas destiné. Bref, je me doutais bien que The Experimental Tropic Blues Band serait moins extrême devant un public plutôt familial, mais le show me semble quand même un peu fade, d'autant que pour une fois, le son de la scène Roses sature quelque peu. La musique reste bonne, mais les morceaux s'enchainent sans véritable transition ou contact avec l'audience. Dommage, je m'attendais à mieux, mais j'idéalise peut-être un peu trop mes lointain souvenirs des débuts du groupe.

Pokey Lafarge s'apprête à offrir son blues 30's a un public maintenant bien plus dense. Contrairement à ce que j'imaginais, le Roots & Roses n'est pas du tout un festival réservé aux puristes de la genèse du rock'n roll; énormément de familles avec chiens et enfants côtoient les fans de psychobilly aux coiffures défiant la gravité, ainsi que quelques Trojan skinheads et punks à crête. L'ambiance est vraiment sympathique et conviviale et, c'est assez rare pour être signalé, le site du festival est resté propre jusqu'au bout grâce à une politique de réduction des déchets exemplaire : gobelets et bouteilles cautionnés, couverts et plats en matières biodégradables, ainsi que de nombreuses poubelles. Quand on a l'habitude de patauger dans une mer de gobelets en plastique écrasés avant la moitié d'une journée de festival, c'est un changement bienvenu. Beaucoup de festivals pourraient prendre exemple sur le Roots & Roses dans le domaine de l'écologie !

Le festival touche lentement à sa fin avec The Sonics, les vétérans du garage qui prouvent que le rock énervé en trois accords n'est pas apparu avec les Ramones . Bon, visiblement je ne suis pas le seul à fatiguer, car le groupe me semble plutôt mou, surtout en comparaison avec l'énergie dont avait fait preuve The Fuzztones dans le même registre musical. Les anciens tiennent leur rang, mais il manque le petit grain de folie qui fait un bon concert de rock'n roll. J'imagine que jouer la même musique d'adolescents énervés après cinquante ans de carrière doit un peu lasser. En tout cas je réécouterai mes compilations avec un brin de nostalgie. Il commence à se faire tard, et j'accuse le coup. Il me faut préciser que la bière La Trompeuse porte très bien son nom ! Je rate donc la majeure partie du set de la tête d'affiche, The Paladins, dont la musique est encore trop mâtinée de folk à mon gout.

Je garderai un très bon souvenir du Roots & Roses Festival. Certes, je n'y étais pas trop à ma place de part mes références musicales habituelles, mais cela me fait quand même vraiment plaisir de voir qu'un festival thématique wallon peut trouver le succès et devenir une véritable institution, tout en proposant à son public un cadre particulièrement agréable. Une excellente manière de profiter d'un jour férié !
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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
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Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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