Pour la suite, le groupe aurait pu, comme beaucoup, jouer la carte de la médiatisation et de la surproduction progressive en se choisissant stratégiquement une nouvelle collaboration pour l'enregistrement ou la production de son nouvel album. Au lieu de ça, THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND revient à ses racines locales et nationales.
Le hasard du timing et de l'histoire veut que The Belgians sorte dans un contexte politique qui confère à l'album des allures particulières. Pourtant, rien n'était prémédité dans ce sens et sincèrement, je pense que les gars de THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND s'en foutent un peu de cette politique belge et de son cirque.
D'abord le projet est né bien avant l'actualité fédérale. C'est pour leur prestation à Dour en 2013 que l'idée a germé. Le trio jouant le jour de la fête nationale (le 21 juillet), il leurs a été proposé de donner un concert exceptionnel, s'articulant autour de la belgitude et de son côté décalé, si particulier. Bien sûr, le nationalisme flamand et indépendantiste faisait déjà pression sur l'entité nationale. Et un tel évènement contribuait à défendre une certaine idée nationale plutôt qu'un régionalisme exacerbé. Toutefois l'orientation demeure culturelle avant d'être politique.
En 2013, tout est allé très vite et par conséquent, le projet s'est construit à l'arrache. Mais comme l'indiquait la batterie de Devil D'Inferno encore en pleine promotion de Liquid Love, il n'était pas voué à un one shot. Dans l'ombre, il se peaufinait un concept, un disque.
Ensuite, peu de gens, et sans doute pas THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND, ne pouvaient savoir qu'en 2014, notre gouvernement fédéral serait aussi nuisible pour l'avenir de la Belgique. D'ailleurs, l'artwork inspiré par le style soviétique côté recto prend malgré elle une connotation politique dans ce contexte très à droite et le côté verso, avec son clin d'oeil à la Planète des Singes acquiert des allures prémonitoires assez peu optimistes.
The Belgians est donc un concept. Un album concept mais aussi des prestations live concept puisque le son s'accompagne d'une imagerie, celle du groupe et de son attitude outracnière, ainsi que celle des projections. Cette Belgique défendue ici est celle du surréalisme qu'il sera probablement plus difficile à défendre en dehors de nos frontières, voire même en Flandre.
Cette ode à cette Belgique s'ouvre donc sur l'hymne national, la Brabançonne. A l'instar de JIMI HENDRIX qui, à Woodstock torturait The Star Spangled Banner, THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND triture avec son style crade et punk ce symbole belge de la même manière que le Belge trempe sa frite dans la mayonnaise.
Belgian State Of Frustration, Belgian Shake ou Belgian Heroe continuent à dépeindre cette Belgique tordue et hallucinante, entre kitsch et décalage, avec ce style dissonant et garage qui a forgé une bonne partie du son de THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND.
Tandis que Weird, My Street, I Wanna Disobey et Satisfy Me laissent s'exprimer la formation dans son versant plus expérimental et bruitiste comme on pouvait l'entendre après être passée entre les mains du New-Yorkais.
Belgians Don't Cry clôture l'album avec une version de THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND flirtant avec SUICIDE, influence déjà ressentie sur Liquid Love, et le ton emprunté à THE CRAMPS, la référence initiale des Liégeois.
The Belgians démontre clairement que si THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND a construit, disons une identité belge qui lui colle à la peau, de son Rock'n'Roll, le groupe ne désire pas s'enfermer dans une routine et ose prendre des risques, notamment celui de ne parler qu'à une partie de son public potentiel. Celui aussi, de revenir à certaines sources artistiques alors que tout le monde s'attendait à les voir prendre un envol plus international. Et c'est justement cette facette d'auto-dérision belgo-belge dans une mondialisation du rock que l'on apprécie chez eux.

The Experimental Tropic Blues Band
Jimi Hendrix