C’est un duo de valeureux Lidjeûs qui se charge d’inaugurer cette belle soirée : The Goon Mat & Lord Benardo. Ces messieurs sont le résultat de la fusion d’un rock garage brut avec un blues rock aux consonances roots et boogie. On pense immanquablement à Bob Log III. Le Goon Mat s’installe à la guitare et aux percus tandis que son fidèle serviteur Lord Benardo prend possession de l’harmonica. Au programme : riffs de guitares crus, harmonica déchirant, voix distordues sous un amas de fuzz. Le tout bien aidé par un son lourd, crade et une attitude irrévérencieuse. Ça groove et ça swingue sauvagement et l’on peut se demander à quelle violence nous aurions pu faire face si le duo eût été quatuor. Ils ont sorti un nouvel album il y a quelques semaines (« Take Off Your Clothes ») témoignant de leur rhythm 'n' blues explosif et de leur boogie saillant aux accents punk. Nous n’avons pas encore retiré nos vêtements mais ce n’est que partie remise, messieurs !

L'histoire de The Sonics est bien connue. Après deux excellents disques que sont « Here Are The Sonics » et « Boom » au milieu des années soixante lançant les bases du garage rock et inspirant par la même occasion de nombreuses formations telles que The Stooges, The Cramps, The Fall, The Fuzztones ou encore The Black Keys, le combo décide de se séparer en plein boom (c’est le cas de le dire) pour finalement reprendre vie et sortir de leur retraite anticipée fin des années 2000. Les tournées se succèdent à un rythme effréné et un nouvel album, près de 50 ans après le précédent, est offert au monde en 2015 (« This Is The Sonics »). Mais le grand âge de nos rockers n’aidant pas, le guitariste Larry Parypa, le chanteur/claviériste Gerry Roslie et le batteur Bob Bennett annoncent qu'ils ne seront plus de la partie en ce qui concerne les représentations live. Ils sont dès lors remplacés respectivement par Evan Foster (The Boss Martians), Jake Cavaliere (The Lords Of Altamont) et Dusty Watson. Et comme si cela ne suffisait pas, le génial bassiste Freddie Dennis, déjà remplaçant du bassiste original Andy Parypa, le frère de Larry, a été victime d’une crise cardiaque l’an passé et manque également à l’appel. Don Wilhelm, présent lors de la première réunion, se charge du remplacement au pied levé. Vous suivez toujours ? C’est ainsi que le saxophoniste Rob Lind demeure le seul membre de la formation originale.

Les lumières s’éteignent et la salle s’apprête à accueillir comme il se doit les cadors de Tacoma qui débarquent débordants de classe dans leurs complets noirs. Premières lignes de basse, première salve de guitare cinglante, le coup d’envoi est donné et Cinderella est entamé. Déjà, le gros Ampeg crache son fiel. Le chant est désormais une affaire collective au sein des Sonics puisque ce soir tous les protagonistes hormis le batteur prendront les rennes derrière le micro. Pour ce premier morceau, c’est Wilhelm qui est au four et au moulin. Il mène la danse sans fioritures même si le chant est difficilement perceptible par moments. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle : pas de temps mort. Il faut dire que la plupart ne dépassent pas les 2 minutes 30. Et voilà qu’arrive Shot Down ainsi qu’une reprise endiablée de C’mon Everybody d’Eddie Cochran où Foster marque des points à l’applaudimètre, tant son chant est éructé avec urgence et fait danser toute la salle. Rob Lind, avec son look d’autocariste séduisant à la retraite, envoie valser le nouveau morceau Sugaree nous ramenant aux plus belles heures des rock’n’roll revisités. Il y a de tout dans ce morceau… On pense à Chuck Berry revenant d’entre les morts pour jammer avec Huey ''Piano'' Smith. Un must du genre ! En parlant de Berry, c’est le prénommé Richard qui a ensuite droit à son petit cover en la personne de Have Love, Will Travel. On se retrouve inexorablement possédés par le bluesy Be A Woman. C’est démentiel, ça riffe à mort, quel son !

Cavaliere passe enfin derrière le micro. Rien de plus normal puisque c’est avec Get In The Car de ses Lords of Altamont que l’on poursuit le show. Evan Foster se métamorphose en martien de la guitare dont les solos se chargent de réchauffer encore un peu plus l’atmosphère. On sort l’harmonica pour You've Got Your Head on Backwards avant un premier cover du déroutant Little Richard (Lucille) que l’on retrouvera plus tard avec Keep a Knockin’. L’ovation est totale pour Louie Louie version punk avant un I’m Going Home au jeu de batterie hallucinant, une putain de frappe. Rayon reprises, le groupe nous gratifiera encore des excellents Money de Barrett Strong et Dirty Robber des Wailers (ceux de Tacoma, pas ceux de Bob Marley !). Des hits intemporels joués pied au plancher auxquels s’ajoutent la fougue et la vitalité d'une jeunesse perdue mais dont l'esprit est toujours bien présent à l’image de Psycho pour lequel le public survolté danse le twist. C’est déjà l’heure du rappel et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on n’a pas vu le temps passé. Et bien entendu, on en redemande ! Et pour le retour sur scène, nous avons droit (je vous le donne en mille) … à un dernier cover emprunté cette fois à Ray Charles : I Don’t Need No Doctor. Le son est crade, roots et bien trash, la véritable marque de fabrique de The Sonics. Un petit Strychnine pianoté avec vigueur plus tard et l’on se quitte avec un énième classique en guise d’apothéose : The Witch.

On ressort époustouflé par la capacité intacte des Sonics à transcender un public, une nouvelle preuve s’il en fallait que le gang de Tacoma n’a rien perdu de sa superbe. Pionniers ultimes d’un genre qui inspirera des milliers de groupes dans le monde, The Sonics est plus qu’une simple attraction à voir sur scène, c’est un emblème historique, le côté sombre du duel Beatles/Rolling Stones, présageant l’arrivée du punk d’Iggy Pop et pour lequel nous leur donnons rendez-vous en vue d’un futur album annoncé prochainement… This Is The Sonics !

Remerciements au Reflektor et à Samuel Volan

The Goon Mat & Lord Benardo
Bob Log III

The Rolling Stones