Se connecter
Article 21-01-2018 par Isabelle 5 min de lecture

De la grâce et de la poésie au bout des aiguilles

Hier, c’était la première édition du Damned Soul Fest à Bomal (Durbuy). Six groupes (Lady Carnage, Desdemonia, Fractal Universe, Miles To Perdition, Innerfire et Exuviated) et une live piercing performance.
Pour une fois et pour varier les plaisirs, on ne va pas parler de musique mais bien de la performance piercing qui s’est déroulée vers 23h.

Après le sound check d’Exuviated, un fauteuil rouge doré est déposé sur scène. Luka s’assied face au public. La belle Yoshka élégamment vêtue, pailletée et coiffée met ses gants, déballe son matériel et commence à lui enfoncer plusieurs aiguilles dans les arcades sourcilières. Elle s’attaque ensuite à ses joues qu’elle transperce également d’aiguilles avant d’y faire passer un trident.
La quasi-totalité du public a dégainé son smartphone ou son appareil photo. Sage et silencieux. Rien avoir avec la bande de furieux et furieuses qui se déchainait quelques minutes plus tôt.



Sophie entre ensuite sur scène et présente son doc au public. Une quinzaine d’aiguilles lui est enfilée dans le haut du dos. Avant le show, je lui ai demandé comment elle se sentait. « C’est la première fois que je fais ce genre de chose. J’ai quelques piercing classiques, sans plus. Je suis confiante, je vais survivre. Je sais où elle va me percer. »



Un tableau corporel éphémère

Mathieu Addonisio, l’organisateur du Damned Soul Fest, souhaitait attirer la curiosité, apporter un plus et autre chose au public, montrer tout le côté esthétique du metal et de la perf. C’est plutôt réussi. « Les deux se marient bien ensemble, je trouve. C’est assez méconnu dans la région. Pendant la promo du fest, les gens me demandaient s’ils allaient pouvoir se faire percer. »

Yoshka m’explique qu’elle a préparé cet évènement pendant un mois. « J’ai pensé à ce que j’aimerais rendre visuellement, dit-elle, j’ai cherché la bonne mise en place. J’ai pris plusieurs modèles pour m’entraîner. Les inspirations me viennent de tout et n’importe quoi. Ça peut être des photos, des clips. Ici, c’est une coiffe vue sur quelqu’un. »
Au niveau de l’hygiène, tout est stérile et à usage unique. Les parties du corps concernées sont aseptisées avant de monter sur scène. Quand la performance est terminée, toutes les aiguilles sont enlevées sur scène, on désinfecte, on pose un pansement et on rentre à la maison.



Le but est purement esthétique. Yoshka décrit cela comme un tableau corporel éphémère. Le résultat doit être beau. Rien avoir avec la douleur. Effectivement, même si le sang coule, ils n’ont pas l’air de souffrir.

Une douleur programmée

« J’ai une relation de confiance avec mes modèles, poursuit Yoshka. J’explique comment je vais procéder et ce qui va se passer. Les deux, trois premières aiguilles, on sent que ça pique. Puis arrive l’endorphine et les sensations changent. C’est une douleur programmée, un stress positif, une drogue naturelle. Les modèles sont presque en transe. Tout ce que je veux, c’est qu’ils le vivent bien.»

Luka est à sa troisième performance. Il se décrit comme douillet.
« C’est un dépassement de soi, explique-t-il, on accepte, on s’abandonne. On ne peut pas bouger. Quand on retire les aiguilles, on se relâche encore plus, on se sent tout léger, tout cotonneux. Tu as moins mal quand tu acceptes ce qui se passe. C’est le secret du fakir. C’est un peu comme une longue séance de tatouage, on a un second souffle à un moment donné. »



L’avis du public

Yoshka m’explique encore qu’elle fait ça un peu aussi pour la provoc. « J’aime bien que les gens soient fascinés par ce que je fais, dit-elle, que cela les dérange mais qu’ils ne puissent pas s’empêcher de regarder jusqu’au bout. Ça met les gens face à une contradiction. Ça crée une confusion. On massacre les clichés. Dans le milieu des performances piercing, il n’y a pas que des gens avec des corps modifiés, des crânes rasés. »

Kevin : « C’est une bonne transition entre les groupes de metal. C’est original. C’est à la fois sobre et en même temps cela ne l’est pas du tout. À la place du modèle, je tombe dans les pommes ! »

Marie : « C’est assez étonnant. Je ne m’attendais pas à voir ça ici. C’est quand même un peu gore quand le mec a retiré son aiguille dans sa bouche et que le sang a giclé et qu’après il a léché son propre sang ! »

Laurent : « Dommage qu’ils n’ont pas fait monter des gens du public sur scène. Lors d’une très longue séance de tatouage, ma douleur s’est transformée en plaisir. Ca m’aurait bien plu de participer à cette performance ! »

Vincent : « Je ne sais pas répondre à ta question, j’ai regardé d’un œil, de très loin. Je n’aime pas les aiguilles. »

Moi j’ai trouvé ça beau, artistique, élégant, surprenant. Un moment de douceur, complétement décalé, en-dehors du temps. La rencontre entre le rouge et le noir.

À lire ensuite

Namur (Belvédère), le 03-10-2026
Photos Aujourd'hui

L'itch

Namur (Belvédère), le 03-10-2026 — 20 photos

par Joachim

Bruxelles (La fleur en papier doré), le 03-10-2026
Photos Aujourd'hui

re:score

Bruxelles (La fleur en papier doré), le 03-10-2026 — 46 photos

par Juliette Jacobs

Nouveau single pour Tvivler
News Hier

Nouveau single pour Tvivler

TVIVLER , autre groupe du chanteur/guitariste de LACK Thomas Burø, vient de sortir un nouveau single intitulé « Dødløft ».

Tagada Jones - A Fleur de Peau
Chronique 03-10-2026

Tagada Jones - A Fleur de Peau

Depuis plus de trois décennies, TAGADA JONES occupe une place de choix sur la scène alternative française et francophone. Enragé, engagé et fidèle à ses…

par Fred

Durbuy Rock Festival
Article 14-04-2011

Durbuy Rock Festival

Cela fait 15 ans que la région de Durbuy s'éveille aux décibels le temps d'un WE. Devenu un incontournable du Rock Dur, le Durbuy Rock Festival nous ouvre ses…

par Fred