Alors de mon côté, dès les premières notes de l'album mon oreille s'est immédiatement posée sur son jeu de guitare. Et au niveau technique, disons qu'après la brève intro le tapping qui entame North Korea prouve que l'élu a bien les capacités techniques pour suivre son prédécesseur, même s'il avait mis la barre très haut. Ce North Korea est alléchant, avec ses envolées qui lorgnent vers le post-rock et ce tapping stroboscopique qui revient plusieurs fois tenter de nous provoquer une crise d'épilepsie. Ce morceau est instrumental et pourrait presque servir de démo technique du genre "regardez notre beau guitariste qu'on a trouvé, il déchire hein ?" mais en vérité, c'est une bien belle façon d'ouvrir un album même s'il aurait pu être écourté d'une bonne minute pour supprimer ses quelques longueurs.
Les voix arrivent sur Artifacts, le morceau suivant, qui sert également de premier single à ce tant attendu nouvel album. Il était habituel chez Mutiny de laisser le bassiste se charger de la plus grande partie des voix (David puis Pi en 2007 jusque 2010) mais Chiggy ne prend visiblement pas le relais et c'est donc le batteur, déjà bien occupé avec son jeu de batterie très technique et carré, qui se charge de la plupart des voix.
Ce morceau surprend par une empreinte plutôt sombre et mélancolique, qui restera d'ailleurs gravée dans cet album jusqu'au dernier morceau. L'esprit de fête et de bonne humeur persistante qu'on trouvait sur Danger Mouth a disparu. Comme un passage de l'adolescence à la maturité.
L'album qu'ils ont bricolé ensemble a été, excusez du peu, enregistré chez Matt Bayles à Seattle. Des groupes comme Isis ou Mastodon sont passés par là avant eux. En résulte un son très clean et très pro, ce qui est une excellente chose pour rendre chaque instrument individuellement compréhensible.
On pourrait presque classer les morceaux de cet album en deux catégories : d'un côté ceux qui donnent envie de danser et de remuer la tête frénétiquement comme le doux Candies, le presque Robocop-Krausien Fiction ou l'excellent Modern Day Robbery. De l'autre, des morceaux plus techniques et difficilement accessibles à l'oreille lambda comme Myanmar ou Mapping The Universe, sur lequel l'effet d'octaver appliqué sur la guitare de Clem donne l'illusion d'une performance jouée sur un orgue. Sur ces deux titres particulièrement j'ai eu l'impression que la prouesse technique avait été mise au premier plan au détriment de la mélodie.
Techniquement, cet album est génial. Pas génial dans le sens "Ouah le dernier Fast & Furious il est trop génial" mais dans le sens premier du terme : Qui dénote du génie. Chaque musicien se surpasse et on est témoins d'une surenchère de talent et d'inventivité. Mais un tel niveau technique tiendrait presque de l'élitisme. Les oreilles les moins aguerries pourraient facilement passer à côté de cet album. Car même s'ils ont quelque part approfondi et creusé leur sujet, le côté moins direct de cet album (en comparaison avec Danger Mouth) et le fait qu'il contient plus de morceaux instrumentaux pourraient leur priver d'une partie de leur public, alors que leurs amateurs les plus partisans de la technicité y trouveront largement leur bonheur !
math rock

Mutiny on the Bounty
Amber Daybreak
Isis