Délicate intro façon orgue d'église mutant progressivement vers une chanson-hymne structurée, Strange Gateways Beckon pose clairement l’ambiance, entre coup de poing sonore et lyrics mi-horrifico-vampiriques et mi-nocturnalistes. Si elles contribuent au façonnage de l’ambiance assez sombre qui se dégage de cet album, les paroles servent surtout à véhiculer les envolées musicales de Tribulation, entre virtuosité et mise en scène, la production propre primant différents éclairages d’ambiance. Ainsi, le plus enjoué (si on peut dire), Melancholia laisse ensuite place au très accrocheur In the Dreams of the Dead, l’un des hits de cet album, entre influences thrashy et feeling à la Immortal.
Les qualités soniques de Tribulation restent mais se font plus rétro, avec cette batterie presque garage et ces guitares à faible grain. Mais c’est surtout la réciprocité entre les guitaristes Adam Zaars et Jonathan Hultén qui fascine. Véritables stars de cet album, leur talent assure une totale fluidité aux compos parfois illuminés des solos dignes des meilleurs groupes Heavy (The Motherhood of God).
Plus efficace, mais peut-être moins hypnotique que The Formulas of Death (enfin pour du Tribulation, des chansons comme Winds se chargeant de nous le rappeler), Children of the Night n’en oublie pas moins les variations, où les guitares nasillardes se voient couplées à un orgue très sixties sur Själaflykt avant de laisser place à un hit gothique qui nous ferait croire à une réalité virtuelle (The Motherhood of God). L’orgue, ces sonorités vintage et ces allusions démoniaques rappellent un peu le travail de Ghost ou In Solitude, qui a pu influencer le groupe, mais Tribulation garde son identité et le résultat parle pour lui.
D’ailleurs, pour rappeler les racines du groupe, reste le style vocal de Johannes Andresson (basse), perché quelque part entre les registres Black et Death. Un contrepoint bienvenue la beauté sombre de l’album, pour un rendu global que l’on hésiterait à nommer Dark Metal, tant ce qualificatif semble galvaudé (Strains of Horror).
Peut-on encore qualifier Tribulation de groupe de Death Metal ? Probablement plus maintenant. Bien sûr, de nombreux éléments rentrent encore dans ce cadre, mais les Suédois nous offrent ici un son qui va bien au-delà des balises habituelles du Death. Les palais délicats qui aiment à se délecter de choses raffinées prendront sans doute un malin plaisir à décortiquer un album qui prolonge la métamorphose du groupe.

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Tribulation
