Sorti en 1998, Imprint s’établissait clairement en référence ultime de l’époque (au moins pour les initiés !). Féroce, mélodique, inventif – un album culte, qui s’insère historiquement entre un album éponyme (1996) plus direct et davantage prisé par les puristes du NYHC, et un From Bliss To Devastation (2001) plus alternatif, limite Neo diront les mauvaises langues. Imprint dévoilait le souhait du groupe de faire évoluer le son Vision of Disorder au sein de son époque, en injectant dans sa base Hardcore déjà malmenée par des riffs métallisés et punitifs un sacré sens du groove et de la mélodie.
Une volonté d’avancer, d’expérimenter qui ne permet pas à Vision of Disorder de trouver son public (et de garder son label) et conduit le groupe au split en 2002. Depuis, et en dehors de la création de Bloodsimple, le groupe s’est produit assez sporadiquement avant de réellement se reformer pour la sortie de The Cursed Remain Cursed en 2012 – un album plutôt réussi et qui fleurait bon le Vision of Disorder d’antan, sans qu’il ne parvienne à rallumer la flamme durablement. Ce Razed To The Grounds, lui, constitue au contraire l’étincelle à même de raviver le brasier : il créé la prouesse de rappeler le Vision of Disorder endiablé que l’on a adoré par le passé tout en sonnant plus actuel que jamais.
Avec cet album, Vision of Disorder rappelle de quoi était fait le Metalcore originel, celui qui savait produire des refrains mélodiques prenants sans tomber dans le sirupeux, celui qui savait exploiter le côté heavy de sa musique sans en faire des tonnes à coup de breakdowns et autres plans vulgaires – non, Vision of Disorder savait écrire de bonnes chansons et cet album montre qu’il y parvient toujours avec une facilité (?) déconcertante. Razed to The Grounds semble en effet comme alimenté par un approvisionnement sans limites de riffs nerveusement frénétiques ; à se demander comment Vision of Disorder peut écrire encore autant et surpasser ainsi en un album (voire une chanson, cf le morceau titre) ce que d’autres groupes produisent péniblement en une carrière.
On retrouve également cette variété dans les tempos et les ambiances (The Craving, Red on the Walls) au service de chansons rendues très accrocheuses par leur construction ou par les lignes de chant puissantes, maladives de Tim Williams (Nightcrawler). L'approche de Vision of Disorder reste bien évidemment toujours marquée par l’empreinte si reconnaissable laissée par son vocaliste – marque de fabrique et identité rageuse du groupe qui semble se bonifier encore avec le temps (Electric Sky, Cut My Teeth).
Nostalgique, mature, furieux, énergique, classe. Ce Razed To The Grounds est remarquable. Loin de se contenter d’une maigre série de gimmicks ou de facilités, ce digne représentant d’un Vision of Disorder moderne nous rappelle l’époque déjà lointaine où l’on feuilletait avidement les livrets de Imprint et de From Bliss To Devastation à la recherche d’infos sur ce groupe si unique et qui, semble-t-il, le restera.
Zeuss, 90's, metal hardcore NYC, culte, imprint, bloodsimple
Vision of Disorder