Un drone léger ouvre l’album, on pourrait presque le qualifier d’insipide. Sans pousser le son de Rose Quartz et Fulton Street I (titre suivant), il est même difficile de rentrer dans le riff d’ambiance en intro. C’est lorsque l’on pense que La Dispute a oublié quelque chose que le son pousse, comme un exutoire. Le rapprochement sonore donne le ton et rappelle des souvenirs avec la voix écorchée de Jordan Dreyer.
Lors de la partie II, on prend conscience de la profondeur (et longueur) du double morceau, une émotion apportée crescendo, semblable à Rooms of the House ou Wildlife: bref, c’est La Dispute.
Il est normal que l’on se demande si le groupe ne va pas arriver au fatidique « album de trop ». Comme la pièce de Marivaux, La Dispute aurait-elle une fin ? La sonorité et les ambiances sont tellement différentes à chaque album que, tant qu’ils y auront des choses à dire, ces gars-là auront leur place. Des trompettes sur Rhodonite And Grief au spoken word de In Northern Michigan, c’est une bonne surprise que de ne plus être dans ces riffs rapides qui crachent un ressenti très fort. Un trio parfait, où chaque transition s’emboîte parfaitement dans la suivante suit dans cet album. Probablement le meilleur passage de Panorama : In Northern Michigan (et son spoken word) – View From Our Bedroom Window – Footstep At The Pond. On sort du temps lors de cette écoute, c’est officiellement un master piece.
Le choix de prendre le temps, de laisser jouer une note sur une minute enfonce un sentiment partagé entre quiétude et inquiétude. Après plusieurs écoutes on peut rester dubitatif quant à ce qui va arriver ensuite, va-t-on exulter ou bien se laisser partir tranquillement ?
En revanche, la fin retombe trop vite et il y a de quoi tomber de haut. Sur les 10 titres, il y a peu d’animosité, surtout sur ce duo de clôture. La Dispute repart comme elle est venue, en tenant une longueur de note par la répétition : le vide prend sa place et se justifie à lui-même. You Ascendant prend le temps avec ses 7min18, peut-être même trop diront certains. On boit tellement les paroles qu’on en oublierait presque de se laisser emporter par mélodies. Attention tout de même, le résultat est légèrement faussé par une première piste trop insipide dont on pourrait se passer. La Dispute ne signe pas un album, qui en live, viendra marquer les esprits.

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La Dispute