Décliné en cinq chapitres à l’écriture pointue, Anabasis alterne les salves de guitares rugueuses et les élans méditatifs, les constructions massives et les harmonies aériennes, les arrangements très élaborés et les mélodies limpides.
Entre les structures blues râpeuses (The Grinding Wheel), les développements en toute liberté où s’entremêlent prog-rock, jazz ou musiques traditionnelles (Ce que révèle l’éclipse) et les paysages sonores qui évoquent la face chaleureuse du post-rock (Norea), L’Effondrasjoue une carte assez unique dans le champ des musiques actuelles. On a d’ailleurs très envie de décoller l’étiquette « post-rock » un peu trop vite apposée sur ses précédents efforts ; celle plus simple et moins restrictive de « rock instrumental » convenant finalement bien mieux.
Au-delà de la qualité de jeu et d’un sens évident de la musicalité, ce qui séduit le plus, c’est cette capacité à renverser une composition quand on ne s’y attend pas et à emmener l’auditeur.rice sur des chemins de traverse toujours surprenants, jamais ennuyeux, cette habileté à tisser le fil d’une narration qui se joue des motifs convenus et des schémas éprouvés, cette aisance à construire et à déconstruire en permanence sans jamais tomber dans la musique-à-écouter-en-se-tenant-le-menton. Et c’est sans doute là la plus belle réussite de L’Effondras, qui livre ici une œuvre puissante, à la fois immédiatement accessible (essayez donc de ne pas succomber à l’envoûtant Norea) et riche de ces mille-et-un détails propres à faire le bonheur des audiophiles les plus exigeants.
Au fil des écoutes, on a beau chercher le point faible, le détail qui cloche, la note de trop, on ne trouve décidément rien à redire à ce nouvel effort du trio lyonnais. On n’aurait certes pas refusé un ou deux titres en plus, mais, comme dans ce domaine il vaut toujours mieux faire trop court que trop long…

L'Effondras