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Veggie musique

On en parle avec Colin Van Eeckhout d’Amenra, Jens Bonne de xVICIOUSx, Whitey de Toxic Shock, JeanPhi d’Exuviated, etc.


Mardi 25 avril 2017

Quasi tous les végétariens, végétaliens et vegans que je connais sont des gens qui aiment la musique et qui évoluent en son sein de manière plus ou moins engagée : musiciens, roadies, photographes, organisateurs, fans, chanteurs sous la douche (c’est moi, ça ;-)), etc.
La musique est-elle influencée par les pratiques alimentaires et les modes de vie cités plus haut? Ou est-ce l’inverse ? Ou n’y a-t-il, tout simplement, aucun rapport?
Cette question tourne dans ma tête depuis pas mal de temps et j’espère qu’elle va maintenant trouver une réponse (pour que je puisse me poser de nouvelles questions ahahah).



À l’IeperFest, festival hardcore à Ypres, on ne fait pas les choses à moitié en matière d’alimentation et d’écologie. Je n’ai malheureusement pas réussi à joindre quelqu’un du staff mais le festival est un évènement vert où on trie ses déchets, le recyclage des eaux usées se fait directement sur le site, l’eau est chauffée avec des pellets, des panneaux solaires produisent l’électricité du fest, etc. Au niveau de l’alimentation, on trouve de la cuisine 100% vegan sur tout le site (en backstage également).
Sur le site Internet du festival, on peut lire : « Informez-vous sur ce que vous pouvez faire, chaque jour, pour changer le monde et améliorer l’environnement. Par exemple en choisissant ce que vous mangez ou, encore mieux, ce que vous ne mangez pas ».

Une scène hardcore très engagée

Ce n’est pas par hasard si un festival hardcore s’intéresse tant à l’écologie et au véganisme.
On fait une petite parenthèse historique ? Le lien entre végétarisme/véganisme et musique remonte aux origines du punk et du hardcore. C’est depuis cette scène que, fin des années 1970 et début des années 1980, le mouvement « Straight Edge » émerge aux États-Unis. Il est régi par trois principes : ne pas fumer, ne pas boire, ne pas pratiquer de sexe sans sentiment. Il se développe dans le monde entier en opposition directe à l’anarchie, au nihilisme (le slogan punk « no future ») et aux excès associés au punk. Certains adeptes du straight edge adoptent également un régime alimentaire végétarien ou un style de vie vegan. Nous y voilà.
(Pour l’histoire du straight edge, j’ai fait la version courte. Il y a plusieurs nuances au sein du mouvement et d’autres revendications beaucoup plus engagées par exemple sur l’armement, l’homosexualité ou l’avortement).

« Je viens d'un milieu straight edge végétarien, explique Colin Van Eeckhout d’Amenra et de CHVE. Je le suis toujours. J'ai joué dans des groupes hardcore straight edge. J’aimais le fait que j’étais sous contrôle. C’est en tout cas ce que j’espérais être. Et ça me correspond. J'ai la chance de faire partie d’une communauté assez ouverte d’esprit à propos du végétarisme. Ce n'est pas inhabituel dans le monde de la musique. »
Colin me précise que les choses vont beaucoup mieux maintenant qu’il y a 20 ans. A l’époque, être végétarien était un vrai problème. Ils étaient un peu considérés comme des extraterrestres comme si le monde n’avait jamais entendu parler du végétarisme.

Cindy Frey, tatoueuse vegan à Courtrai connait bien dans la scène hardcore et vegan. Elle m’explique que dans ce milieu, il y avait beaucoup de végétariens et végétaliens. Ils étaient tous très critiques sur le monde et notamment par rapport aux droits de l'homme, de la femme, du racisme, etc. et aussi sur la situation des animaux. Il y avait beaucoup de chansons sur ces thématiques. Cindy trouve que ces revendications sont moins présentes maintenant dans la scène hardcore mais que, en dehors, de plus en plus de gens y sont attentifs.
« Beaucoup de personnes pensent « Je ne peux rien faire tout seul », dit-elle. Bien sûr qu’on peut ! Même une personne peut sauver des animaux en ne les mangeant pas ! Essayez d’être plus conscient de ce que vous mangez ! Pour les animaux, pour l'environnement, pour vous, pour la planète. Ne prenez pas les choses pour acquises ! »





À Liège, musique underground rime avec véganisme

Laurent et Vinnie de l’ASBL ''Les Oiseaux s'entêtent'' font la promotion du végétarisme et du veganisme dans le milieu culturel. Ils ont ouvert un snack il y a peu au 1e étage du KulturA à Liège et cuisinent également de manière mobile pour des évènements, des festivals, etc.
« Les organisateurs du Méan Festival nous ont contacté il y a quelques années car il y avait une demande du public pour ce genre d’alimentation. Ce public est attentif à ce qu’il mange, à l’environnement, à notre démarche. Ce n’est pas le cas partout, confie Laurent. Par exemple, au Couleur Café, les gens ne sont pas intéressés du tout par ça. Dans le milieu underground et alternatif, je pense que les gens sont attentifs, ils ont un point de vue plus politique sur les sujets de société comme la société de consommation. »

A Liège, toujours dans le milieu underground, on trouve aussi une structure qui s’appelle Jungle. Jungle propose de la nourriture vegan aux groupes de musique, aux usagers actifs de la Zone et de temps à autre au public. « On fait cela de un car la plupart de ces gens-là sont vegan/vege, explique Mathieu Belotte de Jungle, et aussi car dans le ''circuit'' dans lequel on évolue (circuit underground) on essaye d'être conscient et de respecter la vie animale. Généralement nos plats sont préparés avec du tofu, lait de coco, riz, pâte de curry et beaucoup de légumes. C'est pas forcement rentable car 9 fois sur 10 on ne rentre pas dans les frais du concert mais ça c'est une autre histoire ! »
Mathieu me raconte que le public de la Zone, en particulier les musiciens, sont conscients de la violence faite aux animaux et de l'hyper production et consommation de viande qui règnent actuellement. Il pense aussi que la musique véhicule ces idées qui sont très fréquemment abordées dans la scène underground. Mathieu prend l’exemple d’un musicien comme Morrissey qui utilise sa musique et sa notoriété pour faire passer le message.
« Il y a dix ans, j'aurais dit que 50% des végétariens et des vegans étaient des gens actifs dans la musique, ajoute t-il, mais aujourd'hui cela se popularise dans d'autres cultures. La musique a joué un grand rôle mais le phénomène est maintenant devenu beaucoup plus large. Je pense qu’aujourd'hui, dans Liège, les vegan fréquentent de plus en plus des endroits autres que la Zone, on devient has been ! »

Qu’en pensent les musiciens ?

Jens Bonne guitariste de xVICIOUSx est végétarien. Il est le seul au sein de son groupe.
« La plupart des shows dans lesquels nous jouons fournissent de la nourriture végétarienne ou végétalienne, dit-il. Et si ce n’est pas le cas, je regarde ce qu’il y a en ville et je trouve très souvent quelque chose à me mettre sous la dent. La plupart des organisateurs n’ont aucun problème à servir de la nourriture végétarienne. »
Jens m’explique que, selon lui, les mouvements hardcore et vegan ont toujours avancé main dans la main. À chaque concert de son groupe, il voit des gens avec du merch sur le véganisme et le droit des animaux. « Le hardcore a toujours proposé quelque chose de plus que la musique. Beaucoup de groupes ont des choses à dire. S’il ne s’agit pas de droits des animaux, cela peut être au sujet du straight edge ou des affaires politiques. Ce sera comme ça aussi longtemps que le hardcore vivra », conclut-il.



Whitey, bass in Toxic Shock ne constate pas d’augmentation particulière des végétariens et végétaliens dans le monde de la musique mais bien dans la vie de tous les jours et particulièrement parmi ses amis.
« Je pense qu’il y a un lien entre le végétarisme et la musique. Les artistes sont souvent plus connectés avec leurs émotions et pensent avec leur cœur plutôt que leur cerveau. Merci d’écrire sur ce sujet. On ne le répètera jamais assez : les gens devraient ouvrir leurs yeux ! »

JeanPhi d’Exuviated est aussi végétarien car il souhaite boycotter un système dans lequel il ne se reconnaît plus. Pour lui, cela va de pair avec une consommation quotidienne tout aussi réfléchie comme favoriser les circuits courts, le bio, le zéro déchet, etc. Sur les 5 membres d’Exuviated, 4 sont végétariens.
« Les organisateurs sont prévenus à l'avance et cela ne pose généralement aucun problème, précise JeanPhi. Les vrais organisations prévoient généralement un repas complet chaud végétarien donc de ce côté là c'est top. Je n'aborde pas le sujet directement dans mes chansons comme un chanteur engagé pourrait le faire dans le punk ou le hardcore. Disons que mes valeurs, mes réflexions, mes constats déteignent sur mes textes et influencent les thématiques abordées dans nos morceaux mais cela est exprimé de manière plus métaphorique. »


La souffrance 100% végétale

C’est un fait. Les mangeurs de graines augmentent dans toutes les sphères de la société.
Bram de Be Vegan, l'association de véganisme belge, confirme. Il précise qu’avant le végétalisme était mentionné dans les médias, de façon peu attrayante, en moyenne une fois par an. Maintenant, l'intérêt médiatique est hebdomadaire et on trouve de plus en plus d’alternatives végétaliennes dans les magasins, les restaurants.
« Des événements végétaliens, comme notre propre Vegan Summer Fest qui rassemble deux à trois mille visiteurs, commencent à apparaître, ajoute Bram. Beaucoup de personnes ont pris conscience de l'impact écologique de l'agriculture animale. »



En préparant cet article, j’ai aussi rencontré Brian Manowitz, alias le Vegan Black Metal Chef. Il est musicien, vegan et auteur du livre « The Seitanic Spellbook. Recipes And Rantings Of The Vegan Black Metal Chef ». Un bouquin qui t’invite à enfiler ton tablier clouté pour le sacrement ultime de la souffrance 100% végétale. Il y a aussi des vidéos sur YouTube, c’est assez dingue comme concept culinaire !
« La vérité sur les conditions de vie de l'animal est de moins en moins cachée et les gens commencent à se réveiller, explique Brian. Il n’y a aucun leader suprême dans ce mouvement sauf la vérité et la réalité de la situation critique des animaux. La réalité des animaux mène le mouvement. »

Oui, les choses changent. De plus en plus de gens développent leur regard critique et comprennent que leurs choix et leurs actions peuvent faire bouger les choses.
Si le hardcore a prôné et prône encore haut et fort les vertus d’une alimentation sans animaux, les mangeurs de graines sont maintenant présents dans l’ensemble du monde musical et particulièrement dans le milieu alternatif et underground.
La musique, quand elle a un côté rebel, contestataire et revendicatif, soutient et participe pleinement à ce changement. Et c’est une bonne chose !

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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