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Combien?

Vendredi 25 janvier 2019

L’autre jour, avec les girls and boys de Shoot Me Again, on discutait du prix des places de concert et de festival. On faisait notamment référence à la tournée 2019 de Metallica
Metallica


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avec des prix qui tournent autour de 100€ et aux pass du Hellfest 2019 (complet en quelques heures) vendus à 300€.
De manière générale, nous, on trouve que certains tickets de concert sont trop chers. Maintenait, il y a concert et concert. On préfère ceux qui sont plus intimes, plus corsés et on a tendance à délaisser les grosses productions où la musique se fait voler la vedette par les lights, les effets spéciaux etc.
20-35€ max. Au-delà de cette fourchette de prix, on hésite sérieux à bouger notre cul. Par contre, très souvent, on consomme du merch (t-shirt, vinyles, etc.) qui va directement dans la poche du groupe.
Oui, on est comme ça, chez Shoot Me Again.

Et vous? Qu’est-ce que vous en pensez ?



Du côté des festivals

On commence notre petit tour d’horizon au Metal Méan. « Si tu veux avoir une affiche des groupes de renommées internationales, m’explique Renaud, il faut pouvoir leurs donner les cachets qu'ils demandent. Sinon ils ne viennent pas. Nous faisons le festival par passion, et non pour nous mettre de l'argent en poche, nous avons tous une famille et un boulot, il ne faut pas faire n'importe quoi et la réalité des chiffres nous impose de devoir faire des choix.»
Renaud ajoute que les festivaliers doivent se rendre compte que le cachet des groupes ne représente que 40 % du budget du festival. Les 60 autres % concernent les frais liés aux chapiteaux, assurance, bière, pub, sono, hôtel, etc. Et, évidemment, tout cela augmente chaque année.

Mathieu du Damned Soul Fest est assez philosophe sur la question. Pour définir le prix d’entrée de son festival, il se met à la place du public. « Il faut compter le tout, dit-il. La place c’est une chose. Après, il y a le trajet, la nourriture, les boissons, le merch, etc. Le budget peut vite grimper. Le but est évidemment de retomber dans ses frais. Après on n’est jamais à l'abri de trébucher sur un obstacle que l’on n’a pas prévu. Il faut également se préparer à ça ! Plaire à tout le monde au niveau du prix est difficile voire carrément impossible. Entre nous, la place de cinéma plus le reste arrive à 30 € sans savoir si le film va être bon. »

Du côté des salles

A la Kulturfabriek, Romuald m’explique qu’il essaye toujours de proposer un prix d’entrée correct. C’est-à-dire ? « C’est-à-dire plutôt bas, développe Romuald, même si l’on sait très bien que si l’on faisait ce prix avec 2 ou 3€ de plus, cela ne changerait probablement rien au nombre de spectateurs. Ils viendraient probablement quand même. Si l’on peut se permettre de faire un prix du ticket à 22€ (ndlr : Der weg einer freiheit
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le 2 avril 2019), c’est surtout parce que le cachet du groupe est assez bas puisqu’au final, tout est lié et le prix du ticket dépend en très grande partie du cachet demandé par le groupe. Il faut donc toujours trouver le juste milieu entre ces deux paramètres ! »


Autre prix plus que correct : Amenra
Amenra


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au Reflektor pour 22€ le 22 mars 2019. Ce concert sold-out est une coproduction Booking Jungle/Popkatari/Reflektor. « On était plutôt pessimiste au départ, explique Mathieu, donc il fallait garder le prix le plus attractif possible. Le but n'est tout de façon pas de faire du fric mais d'essayer d'en perdre le moins possible. Amenra n'a clairement pas été gourmand niveau financier donc on a pu mettre un prix ok. Après, une salle comme le Reflektor a beaucoup de frais (deux ingé son, un ingé light, sorteur, barmans, etc.) donc plus bas que 20€ c'était pas possible. »




L’accès à la culture

Évidemment, le prix peut varier en fonction de qui organise. Une structure subventionnée qui organise un concert avec des groupes locaux et qui part déjà déficitaire ou une structure indépendante ou peu subventionnée qui doit rentrer dans ses frais et même négocier un bénéfice.
« Ça pose le problème de l'accès à la culture aux plus riches, explique Olivier d'Aries membre de T.A.N.K
T.A.N.K
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(Think of A New Kind) et bookeur pour son groupe. Maintenant, il y a d'autres problématiques connexes, à savoir que ça ne dérange pas certains de mettre 100€ pour un gros groupe ou plus de 300€ dans un festival, mais qu'il leur est compliqué de mettre 10€ pour aller voir un pote jouer avec son groupe ''parce que tu comprends, c'est chaud, j'ai plus de thunes''. »

Scratch de Fire Me !
Fire Me !


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fait le même constat qu’Olivier sur celles et ceux qui grattent pour rentrer dans des soirées à 10/12€ l’entrée avec des groupes US et qui ont le même comportement pour ne pas payer 3€ pour trois groupes locaux.
« Quand le public refuse de payer pour un concert, explique Scratch, il ne prend pas en compte le fait que l'argent permet aux groupes et aux concerts d'exister. Après, si tu ne veux pas voir le concert, je comprends, mais si tu veux le voir, payer l'entrée est une façon de participer à l'existence de la culture. »
Il poursuit en m’expliquant sa théorie selon laquelle le prix du ticket devrait fonctionner par rapport au triangle groupe/orga/public. Il estime que personne ne doit se faire entuber à la fin.
« L'organisateur doit rentrer dans ses frais, dit-il, voir faire un petit bonus pour réinvestir dans d'autres concerts, à la manière d'une ASBL. Le groupe doit également rentrer dans ses frais, en matière de transports, de bouffe, de logement, etc. plus bonus, pour pouvoir continuer à enregistrer et/ou exister en tant que groupe. Enfin, le public devrait payer en fonction de ça, ni plus ni moins. »

« Le live est le seul revenu »


Du côté du booking, j’ai demandé à Bernard d’Intersection ce qu’il pensait de cet équilibre entre les finances du public et celles des musiciens, tourneurs, bookeurs, etc. « Il existe tant bien que mal, me répond-il. Pour un concert d’un groupe à quatre musiciens et deux techniciens, je me bats depuis des années pour des cachets décents pour que l’équipe puisse être salariée. Ce n’est pas évident de faire comprendre cela à tous. Le bookeur se commissionne à hauteur de 15% du cachet à charge de l’organisateur. »
Bernard me dit aussi que pour des groupes émergents, il ne va pas accepter un prix qui serait supérieur à 20€ sur une affiche en club. Par contre, en festival, c’est totalement différent. C’est une autre économie d’énergie d’échelle.
« Si des gogols sont prêts à claquer 400 ou 2.000€ pour une place de concerts, ajoute-t-il, cela reste leur problème. Par contre je ne cautionne absolument pas les productions qui ont ce genre d’attitude et qui prennent les fans de gros groupes pour des portefeuilles ouverts. »



Du côté de DIRGE
DIRGE


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, Stéphane m'avoue qu'il est arrivé au groupe de faire des concerts, à Paris notamment, souvent en première partie, avec des places à 20/25€. Ce qu’il a toujours trouvé très abusé, surtout vu le peu de thune qui revenait dans leurs poches à l'arrivée.
Stéphane poursuit. « Il faut bien voir que pour les groupes de notre catégorie qui n'ont pas de tourneurs, les cachets des concerts ne servent guère qu'à couvrir les frais de déplacement quand on ne joue pas trop loin. En cas de tournée à l'étranger, la rémunération aux entrées nous fait globalement perdre de l'argent. Il faut payer la location du van, l'essence (certaines tournées dépassent les 6000 km), l'hébergement quand ceux-ci ne sont pas assurés, la bouffe, les impondérables (pannes, amendes, etc.), etc. Seule la vente de merch nous permet d'amortir les pertes. »

Franky de Channel Zéro
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me dit que les 3 % des top bands ne regardent plus à cet aspect des choses. Parce qu’ils savent que la plupart de gens payeront n’importe quel prix pour les voir. « D’ailleurs, ajoute-t-il, souvent, ces concerts-là sont vendus à des entreprises mondiales style Coca cola, etc. Si on voit que le prix est trop fort, on va peut-être réagir mais, en général, c’est l’organisation qui décide. Les organisations régionales se rendront aussi compte qu’elles ne doivent pas exagérer pour savoir remplir la salle. »
Franky comprend que certaines personnes trouvent que les tickets sont chers mais il s’étonne que personne n’ait réfléchit au fait qu’avec le téléchargement, la vente de disque a fortement diminuée et que ça allait du coup rabattre quelque peu les cartes. « Depuis quelques années, le live est presque le seul revenu qui reste pour le groupe, alors on est étonné que les prix live monte », conclut-il.

Ceux qui y vont et ceux qui n’y vont pas

Pour Metallica
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, Xavier a pris les places les plus chères, debout dans le golden circle. Environ 130€.
Il trouve aussi que c’est cher mais Metallica
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ne vient pas souvent en Belgique et ce sera pour lui l’occasion de voir le groupe pour la première fois à Bruxelles.
« Il m'arrive d'aller à des concerts gratuits ou à moins de 10€, ajoute Xavier. La culture c'est bien plus que les groupes mainstream. Il y a des milliers de groupes tout aussi talentueux dans la scène underground. La richesse ne reflète pas le talent. Et puis la culture en général et la musique en particulier, ce ne sont pas que les concerts. Pour 10€ par mois, on peut tout écouter sur Spotify. »



Même constat chez Béa qui relativise. « Un groupe reste un groupe, dit-elle, c'est-à-dire 4 ou 5 individus comme tout le monde. Metallica
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c'est du business c'est tout. Le Hellfest me fait plus penser à un parc d'attraction qu'à un fest metal. Les gens se plaignent du prix mais y vont quand même, plus pour pouvoir dire « j'y étais », je pense. »

Béa me parle de son fils qui, depuis plusieurs années, privilège les fests étrangers qui sont plus abordables au niveau des prix, avec une affiche qui n’est pas répétitive d'année en année, une proximité avec les artistes, etc. Elle remarque que de plus en plus de personnes sont séduites par cette formule.

Mathieu n’est pas fan non plus des gros festivals ou concerts. Il aime les petites salles où on sent la sueur. Beaurk. Il constate que nous sommes dans un système de croissance et qu’il faut à tout prix croître et grandir pour faire plus. « Dans le domaine du spectacle, dit-il, j'imagine que c'est un peu le même délire. Toujours la dernière machine qui claque, le meilleur matos, la mise en scène la plus ouf et j'en passe. Et comme le prix (taxe, entrée de concert...) se répercute sur les consommateurs que nous sommes. Et ben voilà, on raque ! »

Pish est bien conscient que le prix qu’il a dépensé pour l’entrée au Hellfest (autour des 220-230€ se souvient-il) est abusé. Surtout par rapport aux festivals trois fois moins chers qu’il a connu il y a vingt ans. Pish me dit qu’il est néanmoins content d’y aller car le Hellfest est un très bon évènement. « Soyons honnête, dit-il, le boycott d'un tel événement ne changera rien à son fonctionnement. Quand je vois des salles de petits concerts vides alors que les entrées sont à prix démocratiques… Je pense qu'il y a aussi un problème dans les habitudes de consommation. Perso, je vais aux deux types d'événements autant que je peux et j'achète des disques. »

Gilles fréquente de moins en moins les gros festivals, notamment à cause du prix des tickets. Mais au-delà de ça, il a l'impression que les gens ne vont plus en festivals pour la musique mais pour faire une sortie du genre « camp de vacances ». « De mon point de vue, la conclusion que j'en tire, c'est de moins faire marcher la pompe à fric des grosses machines qui tend à concentrer les budgets dans les mains d'acteurs de plus en plus réduits. Il faudrait plutôt continuer à privilégier les concerts à taille humaine, les gens de la scène underground, organisateurs et musiciens, qui eux se battent réellement avec des convictions artistiques et culturelles. »

Perso, je trouve que le décalage entre le prix des entrées pour un groupe underground et Metallica
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n'est pas respectueux de la musique, des musiciens et des gens qui tournent autour. Du public non plus d'ailleurs. Maintenant, si mon super groupe préféré de tous les temps venait un ticket à 500€ peut-être que j’accepterais de payer mais alors pour un concert privé dans mon salon.
En bouclant ce papier, Mathieu me rappelle que je n’ai pas abordé un aspect des choses, celui des scènes DIY avec des groupes qui ne passent pas par des labels, bookeurs, managers et qui ne veulent pas faire perdre d'argent aux organisateurs. Ils jouent uniquement en doordeal même s’ils deviennent très connus. Guerilla Poubelle
Guerilla Poubelle


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, par exemple. Je note pour plus tard. On en reparle ?

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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