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Non, non, cet article ne parle pas de sexe !

Le metal aurait-il viré au porno ?


Jeudi 21 mars 2019

Pour Elodie.

Est-ce que vous vous seriez arrêté sur cet article si les mots « sexe » et « porno » n’avaient pas été placés consciemment dans le titre? Oui ? Nooooon !
J’ai hésité à mettre une vraie photo de nichons comme accroche puis je me suis dit que cela aurait été trop facile de capter votre attention et que cela n’aurait rien apporté à l’échange que nous allons développer ici.



Il y a quelque chose de particulier avec le sexe et la nudité. Quelque chose de l’ordre des émotions, de l’appel aux besoins primaires, de l’intérêt immédiatement suscité.
Je ne suis pas la seule à l’avoir compris et cette utilisation du sexe dans la pub, les médias, la musique, etc. ne date pas d'aujourd’hui.
Dernièrement, j’ai assisté à un show strip-tease dans un fest metal. A la même période, j’ai vu passer sur Internet des clips avec des femmes nues (parfois des hommes mais c’est beaucoup plus rare) souvent dans des poses suggestives, des gros plans sur des seins, des fesses, des sexes, etc. Si on coupe le son, on pourrait se croire dans un clip de rap ou de hip-hop, la chaine en or qui brille en moins.
La sexualité a-t-elle envahi l’univers metal ? Je me pose la question.
Pensez aux clips de Moonspell
Moonspell


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avec « The butterfly fx », Behemot avec « Blow your trumpets Gabriel » ou Rammstein
Rammstein


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avec « Pussy », « The human disease » de Cocyte
Cocyte


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ou tout récemment « Burning soil » de Reject The Sickness
Reject The Sickness


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(liste non exhaustive).

De l’art à la métaphore

J’ai justement interrogé ces deux derniers groupes pour connaître les motivations de leur démarches, même si les passages de nudité et de sexe sont plus explicites dans l’un que dans l’autre.

Guy, le chanteur de Reject The Sickness
Reject The Sickness


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, considère les créations de son groupe comme de l’art. D’après lui, si les gens voient du porno dans l’art, alors cela en dit plus sur l’imagination du spectateur que du créateur. « Si certains pensent que le metal s’est transformé en porno, c’est leur problème, poursuit Guy. Le metal est un endroit où tout le monde peut être lui-même. Les gens sont libres de voir ou d’entendre un message dans une chanson. S’ils sont simplement là pour s’amuser et n’en avoir rien à foutre du message, c’est très bien aussi. »
Guy précise que Reject The Sickness
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ne crée pas vraiment le buzz avec cette vidéo. En raison du contenu, elle ne peut pas être diffusée sur Facebook et autres médias sociaux. « Nous choisissons la voie difficile, pas celle facile où tu payes pour la promo et avoir dix-mille vues », conclut-il.

Jimmy Maes, guitariste de Cocyte
Cocyte


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, explique lui que le fait d'avoir inséré un passage de nudité dans le clip sert son histoire par son côté métaphorique. « Cette vidéo n'est qu'une énorme métaphore sur l’interprétation physique de notre monde, poursuit-il. La cruauté est parfois également sexuelle, elle touche aussi bien les femmes que les enfants, le but était de l'imager par un passage de nudité. L'insertion de ce passage n'est pas gratuit.»
Jimmy est assez frustré de constater que certaines personnes pensent que c’est juste pour faire le buzz. « Alors que le travail derrière, d'un point de vue musical et visuel, est énorme. Les commentaires n'étaient tournés positivement ou négativement que sur les quelques secondes de nichons. Je pensais que le monde du metal était un monde sans tabou, ouvert d'esprit. A mon grand regret, je me suis fourvoyé. »



Je vous le disais en intro, au Damned Soul Fest, en janvier dernier, il y a avait, entre deux concerts, un show strip-tease. « Pour moi un festival c'est comme un petit voyage, explique Mathieu, l’organisateur. C'est amener le public ailleurs ou du moins essayer. Le show strip-tease n’était, à mon sens, pas pornographique mais très artistique et sensuel. Je trouve que c'était ni trop ni trop peu. C'est le principe d'un strip non ? » Mathieu estime que le show a reçu des échos positifs même si quelques personnes ont émis des critiques quant à l’intérêt de ce type de prestation. L’entrée au festival était interdite au moins de 16 ans.

Du racolage

Effectivement, certains pensent que la démarche est purement intéressée et que le seul intérêt est de faire du buzz. Oli d’Oldd Wvrms
Oldd Wvrms


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pense aussi que l’univers et l’imagerie du metal n’ont pas spécialement de rapport avec le sexe. On est plutôt dans la sorcellerie, la mythologie, la littérature, etc.
« Il y a une ambivalence entre le côté sexy pour vendre et le côté sexy qui est très lourd, poursuit Oli. Parfois, c’est carrément du sexisme. Il faut voir aussi les groupes avec des chanteuses avec des mini shorts et de décolletés. Elles disent que c’est leur liberté de s’habiller comme ça mais certains hommes réagissent et crient « à poil »! Jouer sur le côté sexy amène plus de gens à écouter et surtout voir un concert ou un clip. Parmi ces gens, il doit avoir un bon pourcentage qui vient uniquement pour le côté sexy. »

Denis Halleux, rédacteur en chef de Metallian ne pense pas que le metal ait un lien privilégié avec la pornographie ou le sexe. Pas plus que beaucoup de formes d'art ou d'autres styles de musique. Il poursuit en m’expliquant qu’effectivement, utiliser la nudité et le corps de la femme comme accroche, c'est une démarche purement mercantile et racoleuse. « Si tu te souviens des quelques tribunes offertes à Niklas de Shining
Shining


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dans Metallian, lui avait l'honnêteté de ne pas s'en cacher. Une jolie fille est plus vendeuse qu'un paysage d'hiver. Et les groupes que tu cites sont clairement dans une démarche de séduction de masse, et donc mercantile. Bref, c'est cheap, c'est cliché, mais ça a toujours existé et fonctionné. Certains y verront de l'esthétisme, d'autres de la vulgarité. C'est important le libre arbitre. »


Jérôme de Pestifer
Pestifer


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n’est ni pour, ni contre. Il me dit que le nu a ses raisons d'être dans le monde de l'art. « J'ai déjà vu des clips ou la nudité avait un réel apport artistique, dit-il. Maintenant, il faut relativiser un minimum ce genre de choses. Je suis content de vivre au sein d'une société (silence... petit sourire...) dans laquelle nous pouvons débattre du sujet. Ne soyons pas catégoriques. »

Sylvain d’Obsidium ne sait pas trop quoi me répondre à part que cela est devenu une banalité et qu'il n'y a plus rien de choquant. « Il n’y a rien de dérangeant, poursuit-il, ce n’est que de la fiction. Je pourrais l’envisager pour mon groupe uniquement s’il y a un rapport avec l’univers de la chanson. Pareil pour des hommes à poils. »

Hypersexualisation des femmes

S Caedes, sadiste, chanteuse de Lebenssucht
Lebenssucht


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, Throne Ov Shiva, Humanitas Error Est
Humanitas Error Est


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travaille comme dominatrice et est une femme très ouverte d’esprit quand il s’agit de sexe. Essayer d’attirer l’attention uniquement avec du contenu sexuellement explicite n’est absolument pas concevable pour elle. « Tu peux jouer un peu avec la nudité mais pas de façon écrasante, explique t-elle. Je le fais avec mon groupe Lebenssucht. C’est du DSBM, c’est morbide, très émotionnel et aussi sale. Donc quand on fait une vidéo, dans laquelle je me baigne dans du sang, bien sûr je ne porte ni slip ni soutien-gorge, parce que ça semblerait juste mal placé. Mais je m’assure que le spectateur ne voit rien d’explicite. C’est toujours esthétique, dans l’obscurité et pas vulgaire. Et c’est, pour moi, une grande différence. »



Laure d’Igorrr
Igorrr


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s’interroge et se demande pourquoi les mêmes codes sont sans arrêt réutilisés. « La femme et ses atouts, de plus en plus fakes et exagérés, en mode soumission, habillée en latex ou nue avec du sang partout. Ça m’ennuie, dit-elle. » Laure aimerait pouvoir être surprise, qu’on lui donne envie de rester curieuse. Elle me dit que ces clips très accessibles qui génèrent beaucoup de vues sont souvent les plus vides artistiquement parlant. Certains sont pour elle à la hauteur de certaines téléréalités.
« Le consommateur de musique, poursuit Laure, est responsable puisqu’il y participe. Sans le public, l’artiste n’est rien. L’artiste a la responsabilité aussi de savoir ce qu’il est en train de faire. Si il l’assume, génial! Mais si c’est uniquement pour mettre des images sur la musique, c’est de la pollution visuelle. »

« Les corps dans un clip, ok, dit AnneSo, vidéaste chez Sigla et membre de Pullet Rocks, mais pas comme des bouts de viandes qui ne servent qu’à attiser les regards avides. Malheureusement, on aperçoit nettement une majorité de corps féminins. Le problème c'est l’hypersexualisation et l’image des femmes qui est véhiculée derrière, bien souvent réduite à un morceau de viande.»
Si un groupe lui proposait de réaliser un clip avec du sexe, elle essaierait d’abord de comprendre les intentions qui se cachent derrière. Si l’utilisation du sexe est justifiée et soutenue par un propos respectueux, cohérent, réfléchi et en accord avec ses valeurs, elle n’y verrait pas d’objection.
« J’ai l’impression que l’image et l’idée de faire le buzz envahissent aussi le milieu underground », conclut AnneSo.

Oui, le sexe fait vendre depuis la nuit des temps et la musique et le metal n’échappent pas à cette réalité. Je me suis volontairement limitée aux clips mais on aurait aussi pu parler des pochettes d’albums et de bien d’autres choses.
L’image de la femme en prend (encore) un coup et je ne suis pas d’accord de minimiser cela derrière l’art. Je m’en moque de voir des femmes nues dans des clips mais ça m’irrite toujours quand leur corps est utilisé pour susciter de l’intérêt et que le message qui est renvoyé est celui de « une femme est une pute qui ouvre les jambes ». Cela n’a rien d’artistique ni de musical ni d’underground. Et ça ne veut pas dire qu’on est fermé d’esprit. Ça veut juste dire qu’on aimerait montrer que les femmes sont autre chose que ça, sans se faire taxer de féministe. Faudrait changer ça, non?
Et puis, au nom de quoi le corps d’une femme serait plus artistique que celui d’un homme ?
Bon, je m’arrête ici parce que je pourrais écrire pendant des heures sur le sujet.


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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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