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Exclusif : Shoot Me Again se sépare de tous/tes ses photographes !

Mardi 17 septembre 2019

Puisque presque tout le monde peut faire des photos plus ou moins potables avec son smartphone et les partager illico avec le monde entier, Shoot Me Again a pris la décision, difficile mais nécessaire, de casser les collaborations avec les 11 photographes qui alimentaient régulièrement les galeries photos de son site Internet et de ses réseaux sociaux.
Les autres rubriques (news, artistes, chroniques, articles, interviews, livereports, agenda, etc.) continuent bien sûr d’exister.




Le premier qui va se faire virer, au 1e octobre 2019, c’est notre plus ancien photographe, Fred.
Le choc de l’annonce passé, il a accepté de partager son ressenti. « On ne peut pas se passer des photographes de concert, dit-il. J’entends celles et ceux qui arrivent avec du matériel couteux et performant et qui ont accès à un espace devant la scène. Parce que ce matériel possède un potentiel que les smartphones n’ont pas. L’appareil photo est un instrument qui doit se dompter pour arriver à exprimer une vision. »
Je pense que Fred est quand même un peu vexé parce qu’il m’a avoué que, parfois, une mauvaise photo avec un rendu médiocre intéresse plus qu’une photo pointue techniquement et artistiquement. « Si on regarde la presse officielle, poursuit Fred, on se rend d’ailleurs compte qu’elle ne dépêche quasiment plus de photographes professionnels pour couvrir l’actualité. On trouve toujours bien quelqu’un qui a pris une photo avec un smartphone qui pourra faire l’affaire. »

Christel est aussi une de l’équipe qui va quitter Shoot Me Again. Déçue, elle explique que le smartphone et le reflex ont des utilités différentes. Les photos au smartphone sont destinées à un partage direct sur les réseaux sociaux, pour informer, communiquer, etc. Avec un filtre à disposition pour embellir la photo. « Mes photos au reflex étaient plus souvent partagées après l’événement, ajoute Christel. Une recherche plus créative était apportée avec un vrai travail de posttraitement. Lorsque je photographiais des groupes locaux, émergeants, je pensais avoir une vraie utilité car des photos d’une relative bonne qualité pouvaient éventuellement les aider à avoir un peu plus de visibilité. »

Smartphone non grata

Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce constat de l’omniprésence des smartphones et à nous être adaptés. D’autres, comme The Raconteurs, ont décidé de ne plus autoriser les smartphones lors de leurs concerts. Donc, en mai 2019, au Cirque Royal, le public a laissé son Gsm à l'entrée. Une première en Belgique.
Denis, manager au Cirque Royal précise que le Cirque Royal n’était pas organisateur de ce concert mais bien Live Nation. Il a constaté que le public a parfaitement joué le jeu et que la société engagée pour la gestion des GSM a parfaitement géré. « En tant que salle de spectacles, poursuit Denis, nous ne pouvons bien sûr pas imposer cela mais, à terme, il ne serait pas inintéressant d’imaginer d’équiper la salle de ce système et de le proposer aux organisateurs qui s’en remettent à la décision finale des artistes. L’utilisation non-stop des smartphones durant les spectacles est devenue un vrai souci de savoir-vivre et de respect des artistes ainsi que du public préférant profiter du show. Nous privilégierons toujours l’accueil des photographes professionnels dont le travail restera inégalable. »


Crédit photo : Eric Gos.

En France, la 5e édition du Pyrenean Warriors Open Air vient de se terminer et les smartphones n’y étaient pas non plus les bienvenus. Laurent, un des organisateurs, m’explique que ce n'est pas une interdiction mais une recommandation. « Rien n'est plus énervant, dit-il, que d'avoir un mur de spectateurs devant soi filmant pendant un concert. Chacun est libre de faire ce qu'il veut mais dans la limite du raisonnable. On ne cherche pas à expliquer aux gens s’ils ne comprennent pas d'eux-mêmes qu'un concert se vit en live en non au travers d'un smartphone. »

Au Botanique aussi on est interpellé par cette thématique. Pascale précise que le souhait de la salle bruxelloise est que tout le monde passe un agréable moment et puisse faire son travail dans de bonnes conditions. « Il n’est pas envisageable d’interdire les smartphones dans nos salles, poursuit-elle, sauf à la demande de l'artiste. »

L’avis des groupes

Chez Pestifer
Pestifer


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, on n’est pas spécialement dérangés par les smartphones. « Dans une certaine mesure, dit Jérôme, ça donne de la visibilité. Après, avec quelques filtres judicieux, on a peut-être l'air un peu plus sexy. Même si c'est parfois perturbant, il faut accepter de voir son profil disgracieux ou sa raie des fesses apparaître dans le fil d'actualité de tout le monde. Mais bon, il y a de fortes chances pour que ce soit oublié six heures après. » Quant aux photographes professionnel·les, les membres de Pestifer
Pestifer


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sont généralement contents de visualiser leurs photos. Jérôme reconnait que c'est une profession autant qu'un art.



Par contre, les musiciens de Karma Nova
Karma Nova


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ne sont pas fans de jouer devant des smartphones. Stéphane explique que des photographes sont là pour prendre des photos qui seront de meilleure qualité que tout ce que le spectateur lambda pourra prendre. « Chacun veut repartir avec son petit trophée de vidéos merdiques ou on n’entend rien et de photos floues et paye sa place pour un concert dont il ne profitera qu'à moitié, dit-il. Les photos de pros sont idéales car elles sont de meilleure qualité. En plus, si nous demandons et obtenons l'autorisation, cela peut faire de belles photos pour nos couvertures de page ou illustrer des post Facebook. »

Un autre groupe dérangé par les smartphones, c’est Sons of Disaster
Sons of Disaster


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. Selim précise que ça casse la dynamique de la foule. « Plutôt que de vivre l'expérience d'un concert avec leurs sens et sauter dans tous les coins, ajoute-t-il, les gens avec leurs smartphones préfèrent filmer, ce qui les rend immobiles, voire désagréables, car ils sont bousculés par ceux qui font la fête. » Le Sons me dit apprécier la présence de photographes professionnel·les, qui ont l’expérience nécessaire pour faire de bonnes photos.

D’autres, comme Sébastien d’Au champ des morts
Au champ des morts


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, ne se rendent pas compte qu’ils sont filmés ou pris en photo. Après le concert, il regarde les photos qui ont été publiées et trouve que ça fait généralement de bons souvenirs. « Le fait que le photographe soit professionnel ou non m'importe assez peu, ajoute Sébastien. Je suis plus sensible à la qualité du cliché. Je fais de la scène. J'entre donc dans la catégorie des personnalités publiques. Il est donc normal que des photos soient prises et diffusées. Ce qui serait choquant, à mon niveau, serait de voir des photos de ma vie privée sur ces mêmes réseaux. »

Souvenir, souvenir

Aurore, elle, prend quelques clichés en souvenir avec son smartphone. Elle partage avec moi une expérience qu’elle a trouvé surréaliste, lors d’un concert à Anvers. « Un couple devant moi a passé le concert main levée smartphone vissé à la main. De un, ça me dérangeait moi et les autres personnes derrière, on ne voyait plus rien! De deux, j’ai trouvé dommage de ne pas profiter du moment mais de regarder à travers son smartphone, de poster le live en direct sur Facebook et d'attendre les réactions des gens. »



Sylvia fait aussi des photos avec son smartphone lors des concerts. Elle accepterait de le laisser à l’entrée de la salle. « Car je n'aime pas, dit-elle, quand les gens ont plus leurs yeux sur leur Gsm que sur scène. C'est une question de respect. Tous les weekends, je poste les photos que je fais dans un album sur Facebook, comme souvenir. C'est un cloud sans limites. »

Aurélie, elle, fait plus de vidéos que de photos. Elle poste une ou deux photos sur les réseaux et elle garde les vidéos pour elle. Laisser son Gsm à l’entrée ? « Si c'est un groupe que j’adore, répond-t-elle, ça me ferait mal au ventre de n'avoir aucun souvenir en images. J’adore les photos des photographes professionnels! Je les enregistre sur mon téléphone même. »

Ah non hein !

Isa like pas mal de photos de concerts sur notre site Internet, généralement quand c’est un concert auquel elle a assisté ou quand c’est un groupe qu’elle apprécie. Quand je lui ai annoncé que nous allions nous séparer de nos photographes, elle m’a répondu ceci : « Ah non hein, je trouve trop important d'avoir des photographes pro, c'est un job à part entière, ils ont d'autres contacts avec les groupes que le public ne peut avoir. La photographie reste un art dans lequel chaque photographe spécialisé dans les concerts va, à travers ses photos, nous refaire vivre certains moments forts d'un concert. »



J’ai aussi annoncé la nouvelle à Florian qui regarde souvent les photos sur notre site. Il parle même de contemplation, tant elles reflètent, selon lui, l’ambiance et l’atmosphère du show. « Je trouve ça super triste, un bon vieil appareil photo, il n'y a que ça de vrai ! Les gars avec smartphone, ils prennent des photos pour leur story insta ou pour les laisser sombrer dans l'oubli sur leur cloud. S’il n'y a plus de photographes pro, plus de belles photos des endroits privilégiés comme les coins de scène, zones presses, etc. Ça perd tout son charme. »

Bon, nos photographes ont quand même une bonne tête, vous ne trouvez pas ? Ils et elles sont plutôt sympas (dans l’ensemble :-)) et rassurez-vous, ils et elles vont bien.
Vous aurez compris qu’on les garde (encore un peu) et que l’objet de cet article est de vous interpeller sur la présence de plus en plus envahissante des smartphones dans les concerts et, aussi, sur la situation des photographes professionnel·les.
De plus, à force de les côtoyer, j’ai découvert que leurs conditions de travail n’étaient pas toujours optimales ni la reconnaissance de leurs productions. Pas cool.
Note pour plus tard : développer ce sujet dans un prochain article.

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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