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La dernière danse du Metal Méan Festival

Jeudi 4 août 2022

Cette fois, c’est véritablement la dernière. Le Metal Méan Festival (MMF) tire sa révérence et laissera derrière lui des souvenirs impérissables. En attendant d’en découdre lors de la bataille finale du 20 août 2022, nous vous proposons un ultime tour du propriétaire en compagnie de Stéphane Ronvaux en charge de la promotion du festival, ainsi que de Georges Laforêt à qui revient la responsabilité de désigner les groupes qui composent l’affiche depuis la troisième édition du MMF.



Après tant d’années de bons et loyaux services, vous avez pris la décision de tirer votre révérence. De quand date cette décision et quelles en sont les motivations ?


Steph : La décision a été prise au lendemain de l’édition 2019. Les cinq personnes qui travaillent toute l’année sur l’organisation voulaient arrêter pour des raisons diverses. Il y a les raisons personnelles, certains ont de nouvelles occupations ou de nouvelles passions et le fait que c’est assez chronophage. A titre d’exemple, l’un d’entre nous a lancé sa propre bière, la Diktator, ce qui lui prend tout son temps libre.

A côté de ça, l’organisation du festival devient « lourde » pour la plupart d’entre nous. Même pour une petite dizaine de groupes, il y a une somme de « problèmes à régler » qui ne s’est pas tarie avec les années. Notre format joue également en notre défaveur ; il est difficile de programmer les groupes qui sont en tournée car les gros festivals sont favorisés et même les exclusivités que nous signons sont directement sollicitées par ces autres festivals. Et puis, ne vaut-il pas mieux arrêter avant l’édition de trop ?

Georges : En fait, je me suis toujours posé la question dans l’autre sens. Pourquoi faudrait-il faire une édition supplémentaire ? Quand je n’ai plus été capable de trouver une réponse valable, la décision coulait de source.

Après l’annulation de l’édition 2020 et l’organisation de celle de 2021 qui fut mouvementée en raison de la crise sanitaire, avez-vous enfin eu l’opportunité de créer l’affiche dont vous rêviez pour cette dernière édition ?

Steph : Personnellement, c’est l’opportunité de voir le festival se clôturer avec Dark Angel
Dark Angel


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qui m’a convaincu de travailler sur cette dernière édition. Terminer en 2021 sans eux et Demolition Hammer
Demolition Hammer


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était vraiment très frustrant pour moi…

Georges : Pas vraiment. Je trouve l’affiche 2022 intéressante, conforme à nos valeurs mais ce n’est pas l’affiche dont je rêvais. Il y a des contraintes logistiques, des contraintes de budget, la concurrence d’autres festivals… Au final, beaucoup d’éléments autres que le simple choix musical entrent en ligne de compte et définissent l’affiche que tu peux proposer -qui n’est jamais celle que tu voulais proposer.

Hulder, one-man band féminin d’origine belge qui a sorti cette année l’excellent EP The Eternal Fanfare, était programmé lors des éditions 2021 et 2022 et a annulé à deux reprises. Mon cœur en saigne encore. Quelle est la raison de l’annulation de l’édition 2022 ? N’êtes-vous n’est pas trop déçu de cette défection ?

Georges : C’est une déception. Hulder est typiquement le genre de one shot qui font le Méan. Nous y avons, tant Hulder que moi, consacré beaucoup de temps et d’énergie. Malheureusement, il ne lui sera pas possible de réunir son line-up et de traverser l’Atlantique en août. Au-delà de la perte financière, c’est surtout la perte artistique qui me désole.



A l’heure du bilan, pourriez-vous nous partager l’un ou l’autre groupe que vous rêviez de voir se produire au festival mais que vous n’avez pas réussi à convaincre ? Avez-vous parfois été proche de signer des artistes attendus de longue date, mais que vous n’avez pas pu signer au final ?

Steph : Sans la moindre hésitation, Bolt Thrower
Bolt Thrower


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… énorme frustration pour ma part !

Georges a négocié des mois avec certains groupes avant qu’ils ne décident au dernier moment de jouer un show exclusif dans un plus gros festival.

Georges : Vemod
Vemod


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, Hulder, Urfaust
Urfaust


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, Chelsea Wolfe
Chelsea Wolfe


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, Bolt Thrower
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, Watain
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, Venenum, Autopsy
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, Sortilegia
Sortilegia


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, Repugnant
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, In Solitude
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, Repulsion
Repulsion


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, Blood Incantation
Blood Incantation


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…. J’ai essayé, réessayé … mais parfois, ça ne veut pas.

Après nous être apitoyés sur notre sort, il est temps de ressortir le positif de ce festival qui marquera à jamais le milieu musical belge. Pourriez-vous nous citer un ou plusieurs artistes qui ont particulièrement marqué votre souvenir en tant qu’organisateur, et nous en expliquer les raisons ?

Steph : Il y a quelques groupes qui ont bien disjoncté backstage mais je préfère ne pas donner de nom. Ca nous fait des souvenirs !

Ayant véhiculé pas mal de groupes durant les différentes éditions, j’ai un excellent souvenir d’Attila de Mayhem
Mayhem


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, d’Alex de Krisiun
Krisiun


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, de Tom G. Warrior, des membres de Midnight
Midnight


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et surtout d’Ulcerate
Ulcerate


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. Je retiens aussi que tu peux programmer le groupe le plus sympa du monde, si leur tour manager ne l’est pas, ça peut vite être l’enfer.

Dans le positif, je retiens la décision d’Angelcorpse
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de traverser l’atlantique pour donner leur dernier concert chez nous, c’est presque surréaliste !

Georges : Les musiciens de groupes tels que The Devil's Blood
The Devil's Blood


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, d’Ascension
Ascension


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, d’Irkallian Oracle
Irkallian Oracle


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ou de Mephorash
Mephorash


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vivent leur musique plus intensément que la moyenne. Pour certains, un concert dépasse largement le fait de monter sur scène et de communier avec le public. C’est une expérience quasi mystique qui permet de donner vie à leur création. Etonnement, cela se ressent autant backstage que sur scène.



En termes organisationnels, le MMF reste un festival atypique avec des organisateurs présents à chaque stand, là où les autres festivals recourent à des prestataires de services externes. Votre slogan est « The more festivals change, the more we stay the same ». Quelle est la dynamique derrière ce slogan et l’approche DIY qui vous anime depuis le début ?

Steph : Au départ, lorsque Georges et moi sommes arrivés pour la 3ème édition, nous voulions proposer une affiche originale et de qualité avec des moyens quasi inexistants, sans pour autant truander le public. On s’est donc dit que pour garder un prix d’entrée attractif, on devait par exemple s’occuper du catering autant que possible. Et en général, nous voulions payer le moins possible de personnes ou sociétés extérieures. Pendant des années, c’est l’orga qui montait et démontait le chapiteau et la scène. Depuis le début, toute l’orga est 100% bénévole. Et je ne parle pas de la formidable équipe qui gère le camping qui ont, par exemple, du gérer toutes les entrées en 2021 avec les restrictions liées au covid, ce qui implique le montage de centaines de barrières Heras autour de deux terrains de football !

Et nos bénévoles sur le site sont extrêmement fidèles et dévoués. Beaucoup d’entre eux n’aiment pas le metal extrême mais adorent l’ambiance et le public.

Georges : Le week-end du festival, si tu cherches Renaud -le créateur et boss du fest, il est soit au stand catering en train de cuire les saucisses, soit au Cathy cabines en train de changer les rouleaux de papier toilette, soit affalé dans sa voiture en train d’essayer de récupérer 10 minutes entre deux urgences.

Auriez-vous l’une ou l’autre anecdote mémorable à partager à la suite des fantastiques éditions écoulées du MMF ?

Steph : Pour ma première édition, j’ai reconduit les membres de Grave de nuit à l’aéroport. Ils dormaient tous lorsque j’entends hurler derrière moi « Stéphaaaane… pisseeeeer !!! », le seul mot français qu’ils ont prononcé sur le weekend. J’aurais dû garder ça pour moi car certaines personnes me le ressortent continuellement depuis 15 ans !

Georges : Tomber sur deux musiciens d’un même groupe en train de se battre backstage est une situation amusante a posteriori mais très embarrassante sur le moment. Voir un type à poil en train de faire l’hélicoptère avec sa bite en backstage n’est pas non plus quelque chose qui m’était coutumier. Je ne sais pas si ça rentre dans la catégorie mémorable mais c’est particulier.

En laissant trainer nos oreilles indiscrètes, nous avons cru entendre que certains organisateurs externes auraient souhaité assurer la continuité du MMF. Pourriez-vous nous confirmer l’information et nous expliquer pourquoi vous n’avez pas souhaité qu’un autre organisateur assure cette continuité ?


Steph : J’ai entendu plusieurs rumeurs sur d’éventuels repreneurs, mais j’y prête tellement peu attention que j’ai oublié de qui il s’agissait. Les choses sont claires, nous noieront le bébé avec l’eau du bain ! Les personnes qui sont tentées par une reprise du Méan n’ont rien compris à l’esprit du festival. Ce n’est pas un évènement fait pour gagner de l’argent, ce qui est la motivation première de ces personnes et les affiches proposées ne se montent pas en quinze jours en négociant une tournée de quatre groupes en y ajoutant cinq groupes locaux.

A l’heure ou toute initiative se fait démolir sur les réseaux sociaux, nous avons une chance exceptionnelle d’avoir des retours extrêmement positifs. Aucun d’entre nous ne veut voir le festival dénaturé ou critiqué. Nous n’avons aucune prétention en ce qui concerne ce qui a été réalisé car nous nous considérons toujours comme des amateurs, mais on avait notre façon de faire et surtout cette envie de proposer « la meilleure affiche possible au prix le plus bas ». Je doute qu’un repreneur garde la même optique.

Georges : Cela n’aurait aucun sens, ni aucun intérêt.



Notre bilan étant presque terminé, deux questions en suspens nous brulent cependant encore les lèvres. En premier, nous souhaitons savoir si vous auriez des conseils à dispenser aux artistes susceptibles de se produire au MMF qui souhaiteraient se lancer dans les années à venir ? Comment pensez-vous qu’ils puissent émerger de la masse des groupes naissant chaque année ?

Steph : Je ne peux malheureusement pas te donner la moindre réponse, d’autant que c’est Georges qui analyse la scène actuelle pour monter son affiche. Nous avons fait jouer des groupes qui attiraient énormément de monde lorsqu’ils sont venus, alors que six mois plus tard ils jouaient dans de petites salles à moitié vides.

Georges : L’important est de créer la musique que tu aimes sans trop te soucier des autres ni de ce qui marche ou pas. Si ton trip c’est de monter sur scène et t’éclater avec le public, alors crée un groupe de covers -c’est actuellement le moyen le plus rapide et le plus direct. Sinon, fais toi plaisir, peu importe le succès que tu peux avoir ou non.

Enfin, à défaut de reprise, auriez-vous des conseils à partager à ceux animés par une approche DIY qui n’auraient pas ou peu d’expérience dans l’organisation d’un festival « metal » mais qui souhaiteraient se lancer dans le grande bain ? La question est d’autant plus prégnante que de nombreux festivals existant de longue date se cassent la figure cette année.

Steph : Commencer petit, en fonction d’un budget concret, faire une liste de tous les couts inhérents au type d’évènement choisi -intérieur ou extérieur- et proposer des choses que le voisin ne propose pas. J’espère que le public va revenir en plus grand nombre dans les petits évènements car il y a effectivement un problème depuis la fin des mesures covid.

Georges : Je ne sais pas si nous pouvons donner des conseils et je n’oublie pas que la chance nous a accompagné à différents moments.

Se poser la question de savoir pourquoi on veut organiser un festival est un bon début. La réponse -argent ?, reconnaissance personnelle ?, simple plaisir ?- devrait engendrer des choix différents qui détermineront ton festival.
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AUTEUR : Renaud
Amateur de musique métal aux goûts éclectiques, il a rejoint l'équipe en vue de chroniquer diverses sorties d'album. Tu auras peut-être l'occasio...
Amateur de musique métal aux goûts éclectiques, il a rejoint l'équipe en vue de chroniquer diverses sorties d'album. Tu auras peut-être l'occasion de le croiser lors d'un concert à l'A.B., au Reflektor ou en festival. N'hésite pas à lui fait part de ton avis et des idées qui te viennent à l'esprit lors de la lecture de ces chroniques, il ...
Amateur de musique métal aux goûts éclectiques, il a rejoint l'équipe en vue de chroniquer diverses sorties d'album. Tu auras peut-être l'occasion de le croiser lors d'un concert à l'A.B., au Reflektor ou en festival. N'hésite pas à lui fait part de ton avis et des idées qui te viennent à l'esprit lors de la lecture de ces chroniques, il t'en sera reconnaissant....
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