- CHRONIQUE - MUSIQUE -
NEUROSIS
Honor Found In Decay
Label :
Neurot Records
Date de sortie : 30-10-2012
Depuis 1996, NEUROSIS n'a eu de cesse de proposer une musique radicale mêlant des ambiances industrielles, métalliques, Punk et sombres. Cela fait maintenant longtemps que le groupe a apprivoisé la retenue. Les débuts bouillonnants ont fait place à une musique finement élaborée mais toujours sans concession, réfléchie et qui passe par un long processus et cheminement pour nous emmener dans des recoins obscurs.
Alors un album comme un concert de NEUROSIS sont devenus des évènements que l'on attend avec fébrilité. L'impatience est généralement mise de côté par la garantie d'une dérouillée assurée, et on attend son heure étant donné que NEUROSIS ne travaille jamais dans l'urgence mais bien dans la sélection.
Après une série de rééditions, est annoncé le nouveau NEUROSIS. Les prophètes vont libérer un nouveau monstre et tout le monde (moi compris) est convaincu que la bande à SCOTT KELLY et STEVE VON TILL va une nouvelle fois renouveler sa créativité. Au pire, pensent les plus septiques, NEUROSIS ne pourra pondre qu'un album efficace. Jamais le groupe n'a déçu et ce même si comme n'importe quel artiste, il y eut des moments plus réussis que d'autres.
Même si je dois faire grincer des dents, je prends le risque d'un lynchage orchestré par les fans inconditionnels de NEUROSIS, pour vous dire que Honor Found In Decay est une déception. D'autant plus douloureuse qu'elle est la première du groupe.
Ce ne sont pas les bonnes intentions qui ont manqué à NEUROSIS. Capable d'explorer des chemins nouveaux et de se nourrir tel un ogre d'influences variées, NEUROSIS n'hésite pas à brouiller les pistes dès l'ouverture de We All Rage In God avec un passage rock. Ou à s'inspirer du Spacerock de HAWKWIND pour composer My Heart For Deliverance.
Le groupe travaille ses ambiances noires et une fois encore NEUROSIS arrive à trouver des sonorités particulières qu'il insère avec parcimonie pour agrémenter ces dernières. C'est le souci du détail qui a souvent fait la différence chez NEUROSIS. L'expérience parallèle TRIBES OF NEUROT a ouvert des portes en matières d'expérimentations sonores au groupe ainsi qu'à ses membres.
All Is Found... In Time renoue avec le NEUROSIS rageur des débuts. Plus violent que les dernières compositions dont la construction progressive est devenue une marque de fabrique, il martèle sa virulence dès les premières notes.
La richesse d'un album de NEUROSIS prête à de nombreuses interprétations et analyses. Honor Found In Decay n'échappera pas au décorticage qui mettra en évidence toutes sortes d'idées. La contrariété vient plutôt de son ensemble. NEUROSIS qui avait jusqu'ici toujours su faire évoluer le son du groupe et ses interprétations semble être dans une impasse à l'écoute de son dixième album. Peu surprenant finalement sur le jeu des guitares, NEUROSIS ne s'aventure guère et se contente de donner ce qu'on attend de lui. Malgré des hauts et des bas dignes des montagnes russes, des explosions, des parties rampantes ou l'accentuation d'angoisses, Honor Found In Decay ne permet pas à l'auditeur de décoller comme prévu. Les parties s'emboîtent et pour peu que l'on soit familier avec le groupe, les desseins se devinent même.
Face à cette impression de convenance, NEUROSIS a fait un choix de production inadapté. Une audace peut-être. Malheureusement le résultat déforce considérablement l'album. C'est en écoutant le disque au casque, dans le confort le plus absolu que ce choix est venu pourrir définitivement le ressenti du nouveau NEUROSIS. Audible déjà à l'écoute simple sur une chaîne bien équipée, elle devient obsédante lorsqu'elle atteint notre conscience.
Et de cette production peu naturelle résulte un chant forcé. Propre, trop propre, elle a voulu ajouter de la clarté aux vocaux en dépossédant une part du grain caverneux et imposant pourtant si caractéristique. Un choix d'autant plus surprenant que l'on doit la production à l'habitué Steve Albini, amateur justement du grain sonore. SCOTT KELLY chante comme si il était malade et qu'il devait obliger ses cordes vocales à se montrer hargneuses.
Mais la production irrite surtout pour avoir mis en dualité la musique et le chant. Tout comme les détails ont leur importance chez NEUROSIS, l'effet de masse, même informe, doit peser à l'écoute d'un disque des Californiens. Ce dixième album divise l'interprétation musicale d'une part et vocale de l'autre. C'est un peu comme regarder un film, avec les images devant soi, et le son venant d'une autre pièce. Là encore le résultat n'est pas naturel et par conséquent il devient difficile de se plonger comme il se devrait dans Honor Found In Decay.
NEUROSIS fait du NEUROSIS. Mais l'expression trouve ici un sens nouveau et moins flatteur. L'absence de surprise se qualifie plus au niveau créatif qu'au niveau stylistique. Honor Found In Decay n'aurait pas été le meilleur album du groupe, mais il aurait pu passer simplement si la critique ne s'était limitée qu'à cet aspect. La production, irritable et artificielle, peut-être dans le but de surprendre ou de combler un manque d'inspiration, vient ternir et enfoncer le clou de la déception. Alors que le temps (et la carrière) confère au groupe une aura divine, NEUROSIS se fait humain. Au bout de dix albums, il vieillit et il relâche son attention. Espérons que ce n'est qu'un genou posé à terre sans quoi le Maître pourrait se faire dépasser par ses disciples.
27-10-2012