C’est en nous prenant à contre-pied que les Californiens ont décidé de nous étonner. Given To The Rising avait été annoncé comme un retour aux sources. En effet, dès la plage titulaire et d’ouverture, dès les premiers hurlements de Scott Kelly, la lourdeur et l’ombre de Souls At Zero sont à nouveau là ! Cet album veut contraster avec la tendance plus posée et cathartique que The Eye Of Every Storm et l’album avec JARBOE nous avaient initiés.
En y regardant de plus près, dans cette apparente régression, se cache bien plus. Il aurait été trop évident pour un groupe comme NEUROSIS de réaliser une plaque qui se perçoive en quelques écoutes.
Des écoutes attentives et répétées feront comprendre que le groupe d’Oakland, tel un Phoenix (un symbole solaire), passe par une phase de renaissance. NEUROSIS cherche à nouveau à extirper et à exhiber sa colère, certes désabusée mais encore bien présente. Cette claustrophobie apocalyptique n’était pas un signe de résignation ou de sénilité. Given To The Rising a besoin d’insuffler une nouvelle violence, sans pour autant cacher ses émotions. To The Wind illustre bien cette dualité que le groupe avait quelque peu effacée ces derniers temps.
Il est vrai aussi que l’âge aidant, NEUROSIS prend de plus en plus son temps, que ce soit sur scène, dans son travail ou dans sa musique. L’immédiateté de l’adolescence et l’urgence de la jeunesse font donc place à la réflexion approfondie et à la recherche fouillée. Bien sûr, ce n’est pas nouveau les concernant, mais NEUROSIS semble avoir franchi un cap comme symboliquement on franchit une décennie dans ce mariage.
Comme toujours, avec NEUROSIS, il ne faut pas avoir peur de se donner du temps. Du temps pour écouter et découvrir l’album, même si cela peut parfois s’avérer douloureux. Ce sera le prix à payer pour aller au-delà de la simple réapparition de la force et de la puissance et ainsi éviter de conclure trop vite à un banal retour en arrière au risque sinon de passer à côté de cet album réussi même si il n’égale pas The Eye Of Every Storm. Après tout si certains vouent un culte quasi déifiant au groupe, les membres de NEUROSIS sont encore des hommes et ils demeurent (heureusement) perfectibles.

Neurosis