Personne, hormis les membres eux-mêmes, n’imaginait le retour des maîtres du Post-Metal. Après la rupture douloureuse avec Scott Kelly et la nécessité pour le groupe de prendre position face aux violences commises par son guitariste-chanteur en 2022, beaucoup avaient cessé d’envisager un futur pour une formation jusque-là réputée inébranlable.
Plus les années passaient, plus l’idée d’une reformation devenait improbable : les fans avaient, pour la plupart, commencé à faire le deuil de ces vétérans d’Oakland. La surprise n’en est donc que plus forte.
Pour remplacer définitivement Scott Kelly, NEUROSIS n’a pas fait les choses à moitié. Travaillant une fois encore dans la discrétion la plus totale, le groupe a surpris tout le monde en intégrant Aaron Turner (ISIS, MAMIFFER, SUMAC). Un choix à la fois évident et presque miraculeux. Turner et NEUROSIS sont deux piliers fondateurs du Post-Metal : deux trajectoires parallèles qui, au fil des décennies, ont bâti une influence colossale sur le genre.
Conçu dans le secret absolu, An Undying Love For A Burning World marque donc une renaissance. Une renaissance symbolique (celle du groupe lui-même) mais aussi artistique, grâce à l’arrivée inspirée d’Aaron Turner. Ce dernier apporte sa personnalité, son toucher, sa façon de sculpter la tension. NEUROSIS a d’ailleurs eu l’intelligence de ne jamais tenter de “remplacer” Scott Kelly, mais bien de laisser Turner s’exprimer pleinement. Le groupe affirme d’ailleurs que son énergie correspond parfaitement à la leur, comme s’il avait toujours fait partie de la formation.
C’est donc un nouveau NEUROSIS qui s’exprime sur cet album. On reconnaît clairement l’empreinte d’ISIS, sans pour autant que le disque ne se réduise à une addition mécanique des deux entités.
Les samples et les textures ambient occupent davantage de place que par le passé, rappelant au passage la filiation du groupe avec son projet parallèle, TRIBES OF NEUROT.
Ce retour s’opère alors que le monde traverse une période particulièrement explosive. Le titre de l’album résonne forcément avec cette époque instable, dominée par des dirigeants peu rassurants.
Fait étonnant, alors que NEUROSIS est connu pour prendre son temps dans la conception de ses œuvres, cet album a été conçu dans une certaine urgence. Bien que le précédent disque remonte à une décennie, An Undying Love For A Burning World a été enregistré récemment et sur une période relativement courte (cet hiver). Le mixage, réalisé par Scott Evans, n’a pris que trois jours et a eu lieu à peine six semaines avant la sortie digitale. Le choix d’Evans ne doit rien au hasard : successeur de Steve Albini (décédé en 2024) avec qui NEUROSIS collaborait, il entretient aussi un lien étroit avec Turner et son groupe KOWLOON WALLED CITY est signé chez Neurot Recordings.
Tout comme Albini, Evans refuse les artifices. Le son de l’album est précis, chirurgical, mais aussi profondément organique. Combiné à la dimension plus aérienne apportée par Turner, il ouvre une nouvelle voie sonore pour NEUROSIS.
L’album est sombre, mais pas vraiment étouffant. L’oppression ne naît plus uniquement de la masse sonore, mais aussi de moments suspendus, parfois étrangement lumineux. À plus de cinquante-cinq ans de moyenne d’âge (Turner faisant légèrement baisser la statistique), les membres de NEUROSIS restent animés d’une colère vive et viscérale. C’est sans doute une bonne nouvelle pour notre plaisir d’écoute, mais cela signifie aussi que notre monde, source d’inspiration, demeure profondément malade.
Déjà riche vocalement grâce aux voix de Scott Kelly et Steve Von Till, NEUROSIS profite ici d’une palette vocale élargie, multipliant les timbres et les approches. Ces variations renforcent la densité émotionnelle de l’album, tissant un ensemble d’atmosphères où tension et catharsis se répondent.
An Undying Love For A Burning World est un album magnifique, porté par un souffle nouveau. Comme quoi, l’urgence peut encore faire beaucoup de bien à la créativité de NEUROSIS qui renaît, différent mais toujours essentiel.




