Interview

LA MUERTE

On a toujours considéré qu'un concert était comme un match de boxe. Chaque morceau est un round et on doit frapper!


Samedi 20 février 2016


© Creeping Mac Kroki

SMA: Qu'est-ce qui a provoqué la reformation de La Muerte?

Dee-J: Personnellement j'ai toujours mis les deux pieds sur le frein lorsqu'on parlait de reformation. Ici, c'est un concours de circonstances qui a fait que ça s'est passé. Marc (ndlr: Marc du Marais, chanteur du groupe) était occupé à tourner son dernier film et l'une de ses actrices lui a parlé qu'elle ouvrait un café à Gand et lui a demandé qu'on vienne y jouer quelques morceaux pour l'ouverture. Il a un peu dit oui avant de m'en parler et est venu chez moi par après en m'expliquant le truc. Là j'ai dit bon ok, trois morceaux pour nos trente ans, pourquoi pas. Seul problème: je n'étais pas chaud de reformer le groupe tel quel car je n'en voyais pas l'utilité et ça, Marc le savait depuis des années.

De son côté il pensait la même chose et a donc commencer à travailler en amont avec Miche et Chris. Tino était sur la ligne de tir aussi. Moi je suis réapparu un peu plus tard, quand ils ont commencé à être prêts. A la base je pouvais encore choisir entre jouer ces trois morceaux avec eux ou les laisser faire ça sans moi. Quand je suis arrivé, on ne parlait déjà plus de 3 morceaux, mais de huit. On a finalement répété les huit morceaux et je me suis surpris à prendre beaucoup de plaisir à faire ce genre de choses, ce que je ne m'imaginais plus pouvoir faire. Après tout s'est mis en route. Live Nation a eu vent de cette sorte de réunion et nous a proposé de faire l'AB.



SMA: Le fait de choisir Tino de Channel Zero et Miche et Chris de Lenght of Time, c'est un peu comme si vous aviez choisi de jouer avec la génération qui a été influencée par La Muerte. Comment ça s'est passé et pourquoi eux et pas d'autres?

Dee-J:
En fait ce qui est marrant, c'est qu'après La Muerte j'ai commencé à faire de la production et le premier album que j'ai produit c'est celui de Katalepsy et Chris, notre batteur actuel, jouait dans ce groupe. Quand on a répété ensemble moi j'avais complètement oublié qu'il avait joué avec ce groupe. Pour moi c'était juste le batteur de Lenght of Time. Pourquoi les avoir choisi eux, je ne sais pas. Par exemple, Tino c'est celui que je connaissais le moins dans Channel et Miche on se connaissait que de vue.

Miche: Quand Marc m'a proposé de jouer avec La Muerte, j'ai vraiment eu envie de dire oui car je suis ouvert à toute expérience. Mais comme je ne connaissais La Muerte qu'au niveau du son et de l'ambiance visuelle, j'ai d'abord voulu m'imprégner un peu de leurs compos avant de donner ma réponse. Leur son était aux antipodes de ce que je faisais, mais j'avais vraiment envie d'apprendre et de découvrir. Une fois qu'on s'est lancé, c'était vraiment bon, on a pris beaucoup de plaisir à répéter ensemble, ce qui était primordial pour que le retour du groupe se passe bien.

Ce que les gens ne savent pas c'est que Tino avait déjà contacté La Muerte dans les années 90 quand il cherchait un nouveau groupe, avant d'entrer dans Channel. Il avait appelé le manager de La Muerte et était tombé sur le répondeur qui était en néerlandais. Comme il ne parlait pas le flamand, il n'a pas osé laisser de message car. Il s'en est voulu, mais tout arrive. (rires)

Dee-J.: Tino m'a dit cela après, mais pour lui jouer avec La Muerte, c'est un rêve de gosse. Quand Marc a commencé à me dire avec qui on allait pouvoir jouer tous ensemble, ça a commencé à éveiller mon intérêt et ma curiosité. Je dois dire que jouer avec ce line-up là m'a vraiment procuré beaucoup d'excitation.


© Creeping Mac Kroki

SMA: Beaucoup d'articles de presse osent dire que le line-up actuel de La Muerte est le meilleur que le groupe ait eu jusqu'à présent. Vous en pensez quoi?

Dee-J.:
Ça me fait énormément plaisir car pour dix retours, il y en a quand même neuf qui sont foireux. Alors tenir compte du fait que La Muerte est un groupe relativement physique sur scène, du moins à l'époque, c'était un peu dangereux de revenir. C'est un peu comme si tu demandais à Merckx de remonter sur un vélo à 65 ans et puis tu râles parce qu'il n'est pas dans les 10 premiers du Tour de France. C'était un très gros risque de revenir et ce genre de déclaration prouve qu'on ne s'est pas trompé.

SMA: Comment s'est passé la préparation pour ce retour?

Miche:
Pour Marc, le but n'était pas de refaire La Muerte à l'identique, mais de recréer La Muerte en gardant la même base tout en y apportant d'autres éléments venant d'horizons différents. Je pense qu'il avait déjà fait son scénario bien avant de relancer la machine.

Dee-J.: Faut pas oublier que musicalement on était largement en avance quand on a créé La Muerte. On faisait un mélange de blues-rock-stoner-grunge bien crasseux avant que ces différents courants explosent. Donc finalement on arrive maintenant à un truc qui reste actuel. On a pas l'impression qu'on ressort un vieux truc revival et nostalgique. En fait on est resté moderne et on continue à évoluer.


© Creeping Mac Kroki

SMA: On peut donc attendre du nouveau matériel en 2016?

Dee-J.:
Nous sommes occupés à composer de nouveaux trucs. Ça va être assez dangereux car on va un peu comme on le sent. Mais je crois que La Muerte restera La Muerte donc les gens s'y retrouveront. A l'époque on était plus incontrôlable dans ce qu'on sortait, maintenant on fait ça d'une manière plus posée.

Miche: Je pense que ça sera le résultat de cette nouvelle rencontre. Il y aura toujours le son de La Muerte, mais on va y apporter notre touche à nous et c'est ce qui va faire que ça fonctionnera. En 1990, La Muerte était un peu un ovni dans l'univers musical, mais maintenant il s'intègre parfaitement dans le paysage musical de notre époque.

SMA: En parlant d'ovni, en 84 on ne savait pas où ni comment classer La Muerte. Trente ans plus tard, est-ce que tu pense que La Muerte est enfin rentrée dans une époque qui lui convient?

Dee-J:
c'est ce que beaucoup de gens disent. On sonne 2015 et ça me fait vraiment plaisir car on n'avait pas envie de faire un truc poussiéreux. Depuis que nos trois jeunes sont là, on nous classe dans la catégorie metal pourtant je n'ai pas l'impression qu'on fasse du metal. La Muerte a toujours été un groupe d'égoïstes. Donc on fera ce qu'on a envie de faire et on verra si ça plait aux gens. En fait on ne change pas notre manière de fonctionner. En 84 si on avait dû écouter les gens qui nous conseillaient, on ne serait jamais arrivé à un tel résultat.


© Creeping Mac Kroki

SMA: Comment se sent-on quand on fait son retour sur les planches d'une scène comme celle de l'AB?

Dee-J.:
J'était terriblement calme. J'ai dû me gonfler pour créer de l'adrénaline. Maintenant j'étais persuadé qu'on était prêt. A partir du moment que tu sais que la salle est pleine, ça te rassure. On a plutôt flippé pendant les semaines avant le concert. Car là tu te poses plein de questions par rapport à ce que le groupe vaut encore, si les gens vont encore venir, aimer ce qu'on fait,... Au début, tu doutes vraiment. On est parti de rien. On n'avait plus de maison de disque, on n'avait rien comme album car tout était épuisé et presque introuvable dans les magasins, on n'avait pas de promo ni d'actualité et on va quand même faire l'AB. Là tu doutes et tu te demandes si c'était une bonne idée. Mais quand tu vois l'excitation que ça provoque, ça te rassure.

SMA: Lors du concert à l'AB, vous aviez apporté un moteur de dragster sur scène. Ça vous est venu d'où cette idée?

Miche:
Nous, on voulait la strip-teaseuse! (rires)

Dee-J.: En fait on a toujours été fans de bagnoles et de cylindrées. On a proposé ça à l'AB sans vraiment penser que ça allait être accepté. On a reçu une réponse immédiate à notre mail dans lequel on leur avait expliqué ce qu'on voulait faire. Dans ce mail il y avait un seul mot: "Vroum" (rires). On pris ça comme une réponse positive. C'était la première, et à mon avis la dernière fois, qu'un moteur V8 se trouvait sur les planches de l'AB.

Miche: Ce qui est fort, c'est que ça fait vraiment partie de l'univers de La Muerte. Ce n'est pas juste pour décorer, le moteur fait partie du groupe.

Dee-J.: Et puis c'est quand même un beau bruit. Ce côté organique était assez sympa.

Miche: C'est sûrement un truc qui a fait que les gens ont été marqué par le concert.


© Creeping Mac Kroki

SMA: En 1994, vous avez donné votre dernier concert à La Luna, concert qui est enregistré et dont le live est devenu mythique. En 2015, retour à l'AB, vous enregistrez le concert et le sortez sur un double LP. Vous vouliez boucler la boucle? Ou est-ce que le disque live est une tradition chez La Muerte?

Dee-J.:
En fait j'avais d'office demandé à l'AB d'enregistrer le concert en me disant que si le show était bon que je n'aurais plus qu'à le mixer et à le sortir sur disque. En fait on n'avait rien d'autre aussi. Notre seule possibilité de sortir un album était de sortir un live. On n'avait pas eu le temps de sortir assez de matos pour pondre un album.

Miche: Un live tu le planifies si tu pars en tournée, là ce n'était pas prémédité. Par habitude on a demandé d'enregistrer le concert au cas où et ça a donné ce que ça a donné.

Dee-J.: Pour le même pris on se cassait la gueule et le concert était merdique. Nous on a toujours considéré qu'un concert était comme un match de boxe. Chaque morceau est un round et on n'a pas d'autre choix que de frapper.


© Emmanuelle Golenvaux

SMA: Niveau technique, vous avez quand même été chercher une pointure en demandant à Alan Douches (Motörhead, ...) de masteriser l'album. Si tout ça n'était pas prémédité, comment en êtes-vous arrivés à travailler avec lui?

Dee-J.:
Ça s'est également fait très vite. On cherchait un mastering avec le label. J'avais envisagé de bosser avec quelqu'un en Scandinavie et cette personne était très lente à répondre. Un gars du label est venu me demander si je connaissais Alan Douches, je lui ai demandé s'il rigolait. Il ma dit que non et qu'il avait été en contact avec lui et qu'il était intéressé. Seul problème, il fallait aller très vite car il n'avait qu'un créneau de temps pour le faire et qu'il faudrait alors lui faire confiance. On lui a donc fait confiance un peu à l'ancienne et ça a payé car le résultat est énorme. Ce gars fait partie des meilleur mastering du monde.

Miche: Quand on en a parlé, j'ai tout de suite été pour car je savais que ce gars était une grosse pointure. En fait j'avais déjà bossé avec Alan Douches car il a fait le mastering d'un album d'Arkangel. A l'époque j'ai eu la chance qu'il nous fasse deux propositions et c'est dingue comme un gars peu avoir deux visions différentes d'un même album. Quand on m'a dit que c'était Alan Douches qui allait s'occuper de Evil, j'ai été plus que chaud.


© Creeping Mac Kroki

SMA: Il y a pas mal d'éléments que vous prenez de la littérature et du cinéma pour créer l'image et l'univers de La Muerte. Quels sont les écrivains ou réalisateurs qui vous influencent?

Dee-J.:
Ça, c'est principalement l'univers de Marc. Moi je ne suis qu'un satellite. En fait Marc est fanatique de films de série B tandis que moi je collectionne les musiques de film. Quand je regarde ce qui a influencé Marc dans l'écriture ou l'image de La Muerte, je me rends compte qu'il fonctionne vraiment par période. A un moment il a été très influencé par certains écrivains tandis qu'à d'autres moments il s'est plongé dans les faits divers les plus sordides. C'est par là qu'il s'inspirait pour faire ses textes. Mais j'ai difficile de parler de ça car c'est plutôt lui le spécialiste. Mais c'es clair que le cinéma c'est son truc et que le septième art occupe une grande place dans notre univers.



SMA: La pochette de EViL est un peu énigmatique. Pas de nom, photo floue. Comment l'avez-vous élaborée?

Dee-J.:
En fait c'était des photos qui ont été prises avec un appareil un peu pourave. Résultat, ça a donné des clichés avec un grain pas croyable. Mais en les agrandissant ça a bien donné et on aimait bien le côté discret du truc. On ne distingue pratiquement pas que c'est de La Muerte dont il est question. On aimait bien le côté pirate que ça donnait à l'album, ça ressemblait à un bootleg de bonne qualité sans aucune identité visuelle.

Miche: En même temps l'univers était très occulte lors de ce concert. Moi j'aimais bien ce genre d'ambiance. Personnellement j'utilisais ce genre de visuel et d'ambiance dans des projets plus doom que j'avais à côté et c'est un peu le résultat de ma petite touche que j'ai mise dans l'univers de La Muerte. Mais tout ça s'est fait assez discrètement. Dans la salle, toutes ces bougies et cette fumée donnaient l'impression qu'une messe allait commencer, du moins c'est l'impression que les gens ont eu. Et finalement ça a créé la pochette du disque. Cet univers a un peu pris sa place dans le nouveau concept de La Muerte.

Dee-J.: Faut également dire que l'univers graphique et visuel a toujours eu énormément d'importance dans La Muerte. On a toujours mis beaucoup d'importance dans le choix des photos et des pochettes et celle-ci n'est pas une exception. On l'a vraiment voulue.


© Creeping Mac Kroki

SMA: Finalement pour un retour qui ne devait durer que le temps de trois morceaux, on dirait que La Muerte a été remise sur les rails. Après l'AB, toutes les salles et les festivals vous veulent à l'affiche.

Dee-J.:
On a quelques dates de prévues en Belgique. On va aussi aller en Suisse et au Roadburn Festival. Et on va sans doute jouer avec At The Drive In à Lausanne.

Michel: Il y en a qui ont pas mal douté, mais là direct ça se réenclenche avec des gros festivals comme le Graspop par exemple. Là on va essayer de sortir de nouveaux morceaux, mais le secret c'est l'envie. Tant qu'on garde l'envie on le fera, mais on reste libre de tout engagement. Mais on ne peut pas nier, l'AB a fait un effet boule de neige.
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