Formé en 1983, LA MUERTE est au Rock ce que le genre Grindhouse est au cinéma. Avec un style extrême combinant violence, tueurs maniaques, addiction au gasoil à un rock'n'roll suintant la décomposition, aux sonorités perfides avec des textes brulant de vices, la formation belge a su choquer et marquer les esprits, avant de tirer sa révérence, avec des compositions telles que Kustom Kar Kompetition, Hate Love, Couteau Dans L'Eau, Speed Steel And Gasoline, Black God White Devil, Ecoute Cette Prière, Lucifer Sam...
En toute honnêteté, j'éprouve une méfiance bien trempée envers toute reformation. Je ne vis pas sur la nostalgie et préfère regarder de l'avant. Beaucoup de groupes qui reviennent après un arrêt conséquent, reviennent avec des intentions qui sont pécuniaires ou narcissiques. Beaucoup d'entre-eux sont l'ombre de ce qu'ils ont été, incapables de combler le fossé du temps qui décale ce qu'ils sont en mesure de (ne pas) proposer.
C'est donc avec cette méfiance que j'ai appréhendé le retour de LA MUERTE d'autant plus qu'il ne se faisait qu'avec deux membres originels : Marc Du Marais et Dee-J. Ce doute était même grandissant à l'annonce des musiciens engagés dans ce retour : Michel Kirby (LENGTH OF TIME, ARKANGEL, WOLVENNEST), Christian Z. (LENGTH OF TIME) et Tino de Martino (CHANNEL ZERO, LAMIRAL), des musiciens issus de la scène Metal et Hard-Core-Metal.
Est-ce que LA MUERTE n'allait pas tronquer son identité Rock, même si sonique et turbulente, au profit d'un jeu facilement plus Metal ? Une question d'autant plus pertinente qu'entre-temps, le Black Metal avait écrit sa page dans l'histoire du Rock malfaisant.
Après avoir laissé l'émulsion du retour se tasser, je suis allé me rendre compte sur scène de ce come-back avant que le groupe ne possède trop de nouvelles compositions et juger ainsi sur des titres qui ont fait la renommer de LA MUERTE.
Et il faut l'avouer, la nouvelle version de LA MUERTE s'est montrée très convaincante. Le jeu saturé de Michel Kirby, bien qu'identifiable n'a pas dénaturé l'essence sulfureuse qui a animé la formation jusqu'aux années 90.
Avec le nouveau personnage de Marc Du Marais et l'apport noircit des nouveaux musiciens, LA MUERTE revisite son aura maléfique en lui donnant une nouvelle consistance.
C'est peut-être aussi parce que ce come-back est justement une nouvelle version de LA MUERTE qu'il parvient à combler l'absence de 20 ans.
Avec ce premier album depuis son retour, et malgré plusieurs Eps précédant ce long format, LA MUERTE a su prendre le temps de consolider sa nouvelle identité musicale autour de son ancienne.
Pas de doute à l'écoute de Crash Baby Crash qui ouvre l'album, ce disque va nous proposer de la folie furieuse façon LA MUERTE. Tout en progression, tout en Noise et tout en force. Marc Du Marais s'insinue, rugueux, entre les coups de guitares qui déchirent des palpitations rythmiques. La tension est au rendez-vous.
Et si on est déjà tout émoustillé à l'écoute de ce premier titre et de ce retour bien en place de la formation bruxelloise, ce n'est pourtant encore rien par rapport à ce qui nous attend plus loin !
I Was A Wreck nous fait comprendre que Christian Z et Tino de Martino, la nouvelle section rythmique a aussi envie d'envoyer un peu de sauvagerie brute à tout cela. La Muerte est donc un album tendu.
Bien qu'une partie du travail studio ait été confié à Alan Douches (MASTODON) et Déhà, deux personnalités aux influences Metal avérées, LA MUERTE conserve derrière ce son Heavy et agressif, un rendu naturellement sauvage.
Comme par le passé, Marc Du Marais n'hésite pas à investir le français dans ses paroles (Suis-je Un Animal). Ainsi, en quelques mots compréhensibles par les non-anglophiles, il plante, à dessein, le pernicieux esprit qui anime LA MUERTE. Impossible de jouer la vierge effarouchée après cela.
LSD For The Holy Man, premier single issu de cet album, a permis de réaffirmer derrière quelques traits Psychés et Garage, les pensées torturées qui ont toujours eu cours chez LA MUERTE. Mais elles ne sont rien derrière le terrifiant Welcome Tomorrow, pure folie malsaine.
Entre les coups de poing que sont King Kong, Lost et Gun In My Head, le nouveau LA MUERTE dévoile malgré tout quelques lambeaux Metal, plutôt bienvenus (Darkened Dreams).
Bien que ce soit avec LSD For The Holy Man, titre évocateur et représentatif, que LA MUERTE a souhaité dévoiler son avenir, c'est She Did It For Lust, en clôture de cet album, qui rafle tous les superlatifs d'un album indispensable.
En sortant ce premier album, la nouvelle formation de LA MUERTE démontre que rien n'est renié mais qu'il se tourne aussi vers l'avenir. Avec un disque éponyme qui se révèle sans faille, il est impossible d'encore douter de la pertinence du retour et de l'avenir de LA MUERTE.
... A coups de pierres, nous sommes béniiiiis !

La Muerte





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