Interview

HANGMAN'S CHAIR

"J'adore le contraste entre un chant mélodique et une musique lourde"


Vendredi 22 avril 2016

On a profité du passage de HANGMAN'S CHAIR au Durbuy Rock Festival pour tailler une causette avec eux. Entre deux assiettes de pâtes et quelques lampées de Jack Daniels le groupe discute de son dernier album, le bien nommé This Is Not Supposed To Be Positive, pendant que j'essaie de leur expliquer sommairement les différences entre les scènes du nord et du sud du pays.



Je voudrais commencer par l'album et sa pochette. Avec une musique assez sombre et nihiliste, vous avez choisi une pochette très colorée. D'où est venue cette idée ?

En fait, c'est Dave Decat qui l'a réalisée. C'est un Belge. Il habite Bruxelles. C'est un mec de la scène Hard-Core qu'on connait depuis très longtemps. C'est un designer, c'est son boulot. Déjà l'avant-dernier album, on l'avait fait avec lui.

Pour celui-ci (This Is Not Supposed To Be Positive), on était parti d'une idée où on voulait une guillotine. Il s'est avéré qu'il avait déjà fait des dessins de guillotine avec ces couleurs et nous c'était le genre de couleurs qu'on aimait bien. Il y a un aspect très graphique et ça dénotait justement par rapport à notre musique. Au final, on n'a rien changé à son design, c'est vraiment lui qui est arrivé avec son idée et son dessin.



Donc, vous aviez déjà cette idée de guillotine à l'origine. Pour faire français ? (NDLR : la France a inventé la guillotine, symbole de la révolution et instrument d'application de la peine de mort en son temps)

Oui oui, c'est un truc très franco-français. Quand on a fait la précédente pochette avec Dave Decat, on a cherché un côté très parisien. Pour cet album, on voulait quelque chose de moins dessiné mais de plus graphique. On voulait aussi un truc assez fort. Ça aurait pu être la chaise électrique mais la guillotine se prêtait plutôt bien.



Là où c'est fort, c'est entre le contraste de la couleur et la symbolique de mort de la guillotine.

Tout à fait. On lui a laissé champ libre. Nous, on fait la musique et on préférait s'entourer de gens qui savent utiliser l'image. C'est pour ça qu'on a pensé à lui car c'est quelqu'un de très fort et on n'a pas besoin de retravailler sa proposition. On pouvait lui faire confiance à 100%.



Comment vous êtes vous retrouvés chez Music Fear Satan , un label pro-actif dans ses choix ?

Un label pro-actif, c'était ce qu'on recherchait. C'était quelqu'un qu'on connaissait et on savait qu'il appréciait notre musique. On préfère travailler avec des gens qu'on connait. On sait qu'ils sont droits.

Le mec de Music Fear Satan, il a son shop à Paris. Ça fait longtemps qu'on se connait. On devait sortir un split avec lui mais ça ne s'était pas fait. On savait qu'il était chaud pour qu'on travaille ensemble. Cela faisait longtemps qu'on était chez Bones Brigade Records et on commençait à être déçu. Du coups, on avait envie de changer de label.



En réécoutant votre album This Is Not Supposed To Be Positive, j'ai été frappé par la production sur la batterie. On dirait qu'elle est en dehors, dans une autre pièce que le reste du groupe. Il y a comme un distance.

Pour nous, le son de la guitare doit être sonner comme si c'était une grosse guitare, ce qui permet de différencier les sons entre la basse, les guitares et la batterie. Après notre batteur, il adore les batteries très naturelles et très organiques. Moins d'effets on met sur sa batterie, plus il est heureux. Il y a eu une grosse attention sur la batterie et elle est plus en avant qu'auparavant. De cette manière elle sonne très nette.

Le jeu de notre batteur se prête aussi à créer cette distance. Avec les guitares, on en fait pas des tonnes. Ce sont des gros lâchés, lents, et du coups, lui, il peut vraiment entrer dans les temps et remplir ces moments. Je pense que c'est aussi pour cette raison qu'elle ressort comme ça.



Vous allez jouer au Roadburn Festival la semaine prochaine. J'avais justement lu une interview assez récente où vous vous plaigniez qu'en tant que groupe français, vous aviez difficilement accès à ce festival. Avec la séparation linguistique en Belgique, on constate effectivement que le nord du pays à plus d'accointance avec les Pays-Bas et que la Wallonie est plus proche de la scène française.

Le fait d'être français, c'est un peu un handicap que tu traines derrière toi. Parce que, en impressions, nous n'avons pas cette culture rock et finalement, il y a peu de groupes qui s'exportent, à part GOJIRA ou LOUDBLAST par exemples.

Le Roadburn Festival, ça fait assez longtemps qu'on tourne autour, qu'on connait des gens influents qui ont proposé plein de fois HANGMAN'S CHAIR mais il n'y avait pas de place pour nous. Et puis c'est tombé cette année parce que je pense qu'il y a eu du buzz pour la sortie de notre album.

On est vraiment content de faire ce festival parce que c'est LE festival à faire en Europe. C'est un festival qualitatif.



Je comprends ce que tu veux dire par cette absence de culture rock à la française, mais on ne peut pas dire que vous ayez un style et un jeu qui permettent de pointer vos origines géographiques et de dire en vous écoutant que vous êtes un groupe français.

C'est sûr. Les gens sont assez étonnés de savoir qu'on vient de France. Mais ça reste toujours dur. Tu as parfois l'impression de ne pas être pris au sérieux.

Il n'y pas d'entre deux. Ou c'est la grosse machine ou c'est le groupe amateur.



Vous pensez justement qu'après avoir joué au Roadburn Festival, des portes vont s'ouvrir ?

Peut-être. En Belgique, on travaille avec Intersection qui s'occupe de notre promo. Après, je ne peux pas encore trop dire. On va voir. On a de très bonnes dates avec BLIND TO FAITH. C'est vrai que ces groupes (flamands) sont peut-être fort centrés sur eux aussi.



En même temps, c'est en train de changer un peu. Certains groupes francophones arrivent progressivement à se frayer un chemin au nord. Parfois via un certain succès, parfois via le réseau underground.

C'est vrai que nous, en tant que Français, on n'a pas l'habitude de cette difficulté. Ce truc flamands-wallons, de l'extérieur on n'est pas habitué. Ça ne fait pas vraiment tilt pour nous.



Si tu veux, ce sont deux scènes/circuits. Les groupes originaires de Pays-Bas jouent plus facilement dans le nord du pays et les groupes français (même si ils ne chantent pas en français), jouent plus facilement au sud. Et inversement également. Les groupes du nord vont plus facilement aux Pays-Bas et ceux du sud de la frontière, en France.

C'est vrai que les Néerlandais et les Flamands parlent souvent très bien l'anglais. En France et peut-être en Wallonie, on a du mal à s'exprimer. Pour nous ça va mais tu vois un truc comme LOFOFORA ou MASS HYSTERIA, c'est plus difficile.



Si on reviens à votre musique, d'où vient ce mélange entre ce style massif, noir et ces mélodies hyper-présentes et aériennes ?

Je pense qu'on essaie d'avoir un son moderne, accordé très bas, un peu dans la veine de ALICE IN CHAINS. Ça fait partie de la lenteur et de la lourdeur de la musique qu'on aime.

J'adore le contraste entre un chant mélodique et une musique lourde. C'est comme pour la pochette qui est rose par rapport à la musique dont on parlait tout à l'heure, ce sont des antagonismes qui fonctionnent.

LIFE OF AGONY et TYPE O NEGATIVE, ce sont des groupes qui nous plaisent, qui ont exactement le même concept.



Par rapport à ES LA GUERILLA, on est quand même dans un autre registre.

Oui oui, il y a eu une évolution. Mais ceux qui connaissent ES LA GUERILLA, peuvent voir cette évolution. Plus ça va et plus on allait vers des mélodies. D'ailleurs le premier album de HANGMAN'S CHAIR devait être un album de ES LA GUERILLA. A un moment, on s'est dit que ça ne collait plus. On a donc du trouver un autre chanteur plus aérien pour aller avec les trucs assez lourds.
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