Reportage

Eindhoven Metal Meeting : Rituels & Stroopwafels

Eindhoven (Effenaar), le 16-12-2016

Vendredi 23 décembre 2016

Florent: L'événement metal extrême de cette fin d'année, c'est bien évidemment le Eindhoven Metal Meeting qui, s'il offre peut-être une affiche un poil en-deçà de l'année précédente, reste sacrément bien fourni avec notamment la fameuse tournée Mayhem-Watain et la nouvelle hype black metal Batushka. Mais aussi une foule de bonnes surprises.



Direction Eindhoven, donc, à deux grosses heures de chez nous (pas tellement plus loin que se taper le Biebob, au final... Biebob qui est d'ailleurs sur le chemin). Moi qui n'avais jamais mis les pieds aux Pays-Bas, le premier choc, c'est le côté « utopie des années 30 » : vous trouvez la Flandre propre et bien rangée ? Accrochez-vous. Ici, les rues sont bien indiquées, les piétonniers ont du sens et le tout paraît sorti du Brave New World d'Aldous Huxley. Bon, pas que ça soit dérangeant pour un week-end, au contraire, mais c'est dans ces moments-là qu'on se rend compte à quel point on aime sa Wallonie sale et un peu bordélique, au fond. Du moins pour ma part !
Le temps de s'installer à l'hôtel (blackeux mais bourgeois, hein) et nous partons pour l'Effenaar, salle où se déroule le festival, située à dix minutes à pied. Une salle plutôt bien fichue, avec une scène à l'étage et une autre au rez-de-chaussée, une grande « salle à manger » avec merch' et bar-snack et des toilettes propres et accessibles.

Matthias: La cérémonie commence en force avec les indigènes de Cirith Gorgor, dont le black metal classique enrichi d'instrumentations plus lentes, lourdes, mais très propres, me rappelle les Teutons de Negator, du moins sur le dernier album. Le nom du groupe m'influence évidemment, mais je ne peux m’empêcher d'imaginer les légions de Sauron en marche vers les champs du Pelennor, prêtes à semer la mort chez tous les inconscients qui s'opposeront au Seigneur des Ténèbres. Chapeau en tout cas à Satanael, le très impressionnant frontman/Nazgûl, qui a trouvé le juste milieu entre froideur et contact avec le public, même si c'est pour nous rappeler que nous ne sommes rien à ses yeux. Après ce concert efficace mais bien court ( une demi-heure à peine ! ), il a pris le temps de remercier les premiers rangs et de serrer quelques mains, ce que je trouve pour le coup plutôt sympa, alors que beaucoup de groupes de black sont d'une froideur quasi guignolesque sur scène. Un groupe à revoir un jour, de préférence mieux placé sur l'affiche.

Florent: Le moins qu'on puisse dire est que la première journée comporte des... trous. On a bien essayé de découvrir la scène du dessous via Toxic Waltz, un groupe de thrash crossover assez classique, mais qui souffrira d'un son tout particulièrement agressif – le défaut récurrent de cette District 19 Stage... L'occasion de flâner et de rencontrer Guillaume, cadre de ce site, le temps de quelques bières et de s'installer pour Enthroned, que j'attends avec pas mal d'intérêt...

Matthias: Nos compatriotes ont déjà une longue carrière derrière eux, ce qui leur vaut sans doute les honneurs de la grande scène. Même si Enthroned ne compte plus de membres originaux depuis 2006, le groupe a quand même été formé en 1993 ! Personnellement, je découvre, et le show commence plutôt bien. Enthroned nous offre un black metal très classique, digne des années 90, mais propre et carré. Sans doute trop. Car après dix minutes, force est de se rendre compte qu'on remarque à peine les transitions entre les morceaux ! Les musiciens sont très bons et le chanteur remplit bien son rôle, je n'ai rien à leur reprocher de ce côté-là. Mais l'ensemble manque un peu de personnalité. Difficile de se sentir porté par la musique...
Florent: C'est même le moins qu'on puisse dire. Moi qui apprécie plutôt leur dernier opus, Sovereigns, je me suis tout bonnement fait chier pendant l'immense majorité du set d'Enthroned, malgré la présence impressionnante du chanteur. Il ne se passe tristement rien, rien ne se dégage de la musique du groupe. Un coup dans l'eau, donc.

Florent: Hail of Bullets, le groupe à venir, a été une découverte tardive pour moi qui ne suis pas vraiment dans le trip death metal... à l'exception du bon gros old school des familles. Et il se trouve que c'est exactement ce dont on parle ici. Même sans Martin van Buren (ex-Asphyx), qui a quitté le navire tout récemment, j'étais curieux de voir le groupe. Et le moins qu'on puisse dire est que Dave Lindgram, qui a repris le flambeau, tient la baraque. L'ancien vocaliste de Bolt Thrower (retenez l'info, ça sera important pour le report du deuxième jour...) et Benediction a un charisme à peu près aussi énorme que sa voix – et il a une grosse, grosse voix.
Du début à la fin, Hail of Bullets est une grosse mandale. Depuis les excellents extraits du dernier album (Swoop of the Falcon qui ouvre le bal, DG-7 qui casse tout) jusqu'aux « classiques » (déjà) du premier opus ...Of Frost & War (les véloces Advancing Once More ou Red Wolves of Stalin, General Winter), le groupe reste parfaitement dans son thème : c'est la guerre. Une leçon de death metal à l'ancienne, balancée par un groupe carré et visiblement plus qu'heureux d'être là – Lindgram est aussi sympathique qu'il est impressionnant. J'ai déjà hâte de l'entendre sur album, Rommel Chronicles datant déjà de 2013. Moi qui comptais aller jeter un coup d’œil au black crade d'Endstille, j'en serai pour mes frais.

Matthias: Une petite transition est maintenant nécessaire, le temps de préciser que le festival a mis à disposition de la nourriture à un prix assez correct, ce qui mérite largement d'être souligné tant c'est rare de pouvoir manger à sa faim en festival sans devoir hypothéquer son premier-né. Nous craquons donc pour une pizza. Et elle se révèle comestible, voire correcte, mais ... Stupeur ! La seule garniture proposée se compose d'olives noires et d'ananas, avec quelques tranches de jambon anecdotiques ! Probablement la combinaison gustative la plus hérétique qu'il m'ait été donnée de goûter ! Cette pizza infernale me redonne assez d'énergie pour contrebalancer la fatigue accumulée, là n'est pas le problème ... Mais pourquoi un choix d'ingrédients aussi hétérodoxe ( pour rester poli ) alors qu'une simple Margherita aurait fait l'unanimité tout en offrant une option de plus aux éventuels végétariens ? Mystère !

Florent: C'est donc après cet incident culinaire (quelle idée de manger, aussi, quand on peut boire deux bières) que nous irons voir Destruction. Bon, pour le coup, même si le thrash teuton peut parfois vraiment me plaire (Sodom et Kreator notamment sont parmi mes favoris du genre), la bande à Schmier m'a toujours laissé froid et il en sera de même ce soir. C'est carré, c'est bien fichu, mais ça reste un cran en dessous des ténors du genre à mes oreilles...

Matthias: Histoire de parfaire notre digestion, nous avons droit à Archgoat, soit à peu près l'antithèse d'une sieste. Moi, à petite dose, j'aime bien Archgoat. Je trouve le dernier album, The Apocalyptic Triumphator, bourrin à souhait pour un réveil brutal sans pour autant déclencher d'hémorragie auditive. Mais dans la petite District 19 Stage encore chargée des remugles du concert précédent et déjà bondée à nouveau, c'est tout de suite encore moins digeste.
Florent: Quant à moi, les borborygmes ignobles du chanteur me déplaisaient déjà sur album (j'ai mes limites dans l'extrême, quand même, et elles se trouvent là, précisément), ça n'aura rien changé en live et surtout pas avec un son aussi fort. Il est grand temps d'aller se placer au mieux pour Watain.

Florent: Pour avoir déjà vu les Suédois, je savais de quoi ils sont capables en live : grosse mise en scène, prestation quasi-habitée du chanteur – j'ai beau y retourner assez peu sur album, Watain reste une valeur sûre qui ne m'aura pas déçu, loin de là. Je ne partais pourtant pas ravi à l'idée d'entendre en intégralité un Casus Luciferi auquel je ne suis pas particulièrement attaché, mais le tout, balancé sans ciller, avait de la gueule. Watain a été un des premiers à se lancer dans la mouvance « ritualiste » qui fleurit aujourd'hui et tient son rang (même si ça a manqué de sang de porc à mon goût et qu'à vrai dire, je m'attendais à un peu plus événementiel au niveau de la scénographie). On a même eu droit à un semblant de communication de la part du groupe, ce qui est assez rare pour être souligné.
Mais bien sûr, le moment que tout le monde attend, et notre espace vital s'en ressent, c'est après qu'il aura lieu : Mayhem interprétant De Mysteriis Dom Sathanas. Rien que ça...

Matthias: Mayhem qui joue De Mysteriis Dom Sathanas en intégralité, ça ne se rate pas, ne fusse que pour pouvoir dire à nos petits-enfants « J'y étais ! ». Je ne suis pas à proprement parler un fan du groupe, mais j'ai quand même plus ou moins appris à jouer de la basse sur Freezing Moon, et je vois Mayhem comme une bande de pionniers de la musique qui mérite le respect, même si je n'en écouterais pas tous les jours. Quant au concert ... Et bien on n'est pas surpris. Bon, évidemment, je ne m'attendais pas à voir Attila slamer vêtu seulement d'un string rose et juché sur une poupée gonflable à l'effigie de Varg Vikernes. Mayhem a une image à tenir, quand même ! Les morceaux s’enchaînent pendant que le frontman se balade sur scène en nous adressant des torsions digitales qui se veulent cabalistiques. Le son est irréprochable et Mayhem bénéficie d'une instrumentation bien plus professionnelle qu'à la sortie de l'album, mais le résultat parait bien ... Lisse. Certains morceaux en bénéficient, mais d'autres y perdent en puissance et personnalité, ce qui désert plutôt l'ensemble. Si Funeral Fog et Cursed in Eternity profitent du mixage propre par exemple, Freezing Moon laisse s'évaporer son intensité de vent polaire. Dommage, car pour moi c'est vraiment le morceau emblématique de l'album. Bon, la fatigue de la route et la foule avinée qui me tape sur les nerfs n'aident pas à apprécier le spectacle à sa juste valeur, mais rien à faire, on n'arrive pas à être vraiment « dedans ». Il manque quelque chose pour que j'aie vraiment l'impression de voir jouer un grand groupe.

C'est donc à moitié déçus que nous retournons à l'hôtel ouvrir notre bouteille de rhum avant une seconde journée qui s'annonce dense... [ A suivre]

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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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