Cet album confirmait toutefois une tendance chez beaucoup de légendes du thrash de mettre du heavy dans leur vin ; on sait que Megadeth ou Metallica, par exemple, ont depuis longtemps quitté les terres du thrash, mais les albums récents de Death Angel et, donc, Kreator prouvent que la vieille garde cherche décidément à varier le propos. Plutôt ironique quand on voit, dans le même temps, de jeunes loups pratiquer un « revival thrash » qui se contente généralement de singer les débuts du style, sans concessions. Où est l'intérêt ? Du côté des premiers à mes yeux, c'est assez clair.
Phantom Antichrist intégrait donc de plus en plus de mélodies plutôt innovantes pour le groupe, renouant avec la nature aventureuse de Mile Petrozza (on se rappelle des étranges Cause for Conflict et Outcast, notamment). Là où les nineties avaient fait intégrer à Kreator des éléments industriels et alternatifs à sa musique, les « années 2010 » auront amené des harmonies de guitare comme a pu en pondre Machine Head, des refrains plus scandés et clairement taillés pour le live et même certains éléments qui feraient penser au death mélodique d'un Arch Enemy.
Et ce Gods of Violence s'inscrit dans cette même veine.... tout en montrant parfois les crocs : World War Now et son prérefrain ravageur et, surtout, l'énorme Totalitarian Terror avec son cri introductif caractéristique de Mile vont retourner le pit comme Kreator sait si bien le faire depuis ses débuts.
Pour le reste, la voix au papier de verre de Mile Petrozza n'est en réalité qu'un masque : la musique de Kreator se veut bien plus fine qu'il n'y paraît. Ainsi, Satan is Real, mid-tempo, au refrain direct (autre point fort du groupe), est traversé d'un solo de guitare épatant ; le titre éponyme Gods of Violence impose des ambiances plutôt réussies, avec son introduction acoustique rappelant inévitablement le Fade to Black de qui-vous-savez (est-ce conscient ?), ses riffs rampants et le chant de Mile qui n'a peut-être jamais aussi bien sonné.
Plus surprenant encore : certains titres aux cavalcades de guitare harmoniques plutôt épiques évoqueraient presque... Amon Amarth ; c'est particulièrement frappant sur l'excellent Hail to the Hordes qu'on imagine parfaitement chanté par Johan Hegg. La comparaison vous laisse sceptiques ? C'est assez normal, mais voilà qui montre bien à quel point Kreator a réussi à moderniser son son... L'effet Nuclear Blast ? Le groupe ayant rejoint le label en 2010, soit un peu avant d'enregistrer Phantom Antichrist dont Gods Of Violence semble être une suite logique, c'est bien possible...
Reste que derrière des allures « prévisibles » (Kreator ne bouscule pas sa formule, se contentant de l'affiner), Gods Of Violence recèle donc son lot de morceaux très réussis, parfois intéressants (Fallen Brother qui rappelle presque l'album Outcast), parfois taillés pour le live (Gods of Violence, Totalitarian Terror, Satan is Real). S'il manque peut-être d'un hymne comme pouvaient l'être From Flood into Fire ou United in Hate sur le précédent opus, ce Kreator cuvée 2017 est donc une satisfaction, qui devrait confirmer le groupe sur sa pente ascendante. De quoi écumer les festivals cet été, et on s'en réjouit !

Kreator



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