Reportage

Throne Fest 2017 jour 2 : Za rodinou ! Za Stalina !

Kuurne (Kubox), le 04-06-2017

Dimanche 18 juin 2017

De retour à Kuurne pour la seconde journée de ce qui est sans doute l'événement belge de l'année en black metal ! Comme la veille, les dieux semblent nous être favorables et nous accordent une pause dans la canicule, avec des températures presque douces. Bon, personnellement, j'aurais aimé avoir un peu de neige, mais je suis sans doute trop exigeant.



Aujourd'hui pas le temps de flâner: la journée débute avec The Committee, étrange collectif musical international dont les textes sont très ancrés à gauche, voire font référence à l'URSS stalinienne, sans qu'on sache à quel point il faut les prendre au sérieux. Malgré l'heure, la foule est déjà compacte et, au vu des t-shirts, le groupe est en terrain conquis; sa performance de l'année passée semble avoir laissé un souvenir impérissable ! Et The Committee n'est pas là pour se reposer sur ses lauriers: les membres du collectif, tous masqués et arborant des tenues paramilitaires qui leur donnent un air de soviet durant Octobre rouge, enchainent les titres de leur dernier album, l'excellent Memorandum Occultus (2017) sans nous laisser reprendre notre souffle. Avec une esthétique pareille, difficile de ne pas penser à Mgla , d'autant que les compositions de The Committee rappellent quelque peu la musique ultra misanthrope et introspective dont nous gratifient de nombreux groupes polonais. Malgré les cagoules, le set n'est toutefois pas aussi froid, les deux chanteurs (dont l'un arbore un t-shirt à l'effigie de Staline sous sa très jolie veste !) saluant plusieurs fois le public, dont ils semblent apprécier l'enthousiasme.



The Committee bénéficiera d'un set de plus d'une heure, sans doute une fleur de la part du festival, qui semble assez intime avec le groupe, mais aussi grâce à l'annulation soudaine de Darkened Nocturn Slaughtercult. C'est dommage pour les Allemands, mais honnêtement, si c'est le prix à payer pour assister à un concert aussi épique, je suis prêt à débourser ! The Committee, visiblement flatté par l'accueil, termine son show sur deux perles de son album précédent, Power Through Unity (2014): d'abord le magnifique Katherine's Chant, qui nous transporte instantanément dans les frimas du front de l'Est, malgré un son approximatif qui gâche quelque peu un final épique qui reprend le chant populaire russe Katyusha. Ensuite Man of Steel, pendant lequel un des chanteurs brandit une faux, ce qui est à la fois très pertinent, et une possible touche d'humour bienvenue au su du sujet de la chanson. The Committee nous a offert rien de moins qu'un des meilleurs concerts du Thronefest, en témoigne son stand de merch' littéralement pris d'assaut, baïonnette au canon ! Heureusement, ils semblent avoir prévu le coup, et seul le backpatch en édition très limitée ''For sustainable depopulation'' (moi, je trouve ça drôle !) sera épuisé. Après cette mandale digne du maréchal Joukov, j'ai besoin de reprendre mon souffle, et Alkerdeel, qui devait remplacer en dernière minute Darkened Nocturn Slaughtercult, passera totalement inaperçu.



Au tour de Wiegedood de jouer. Si les Gantois prouvent, avec des groupes tels que Emptiness ou Amenra (dont le chanteur de Wiegedood fait d'ailleurs partie) que la Belgique n'a vraiment pas à rougir de sa scène black metal, la qualité sonore ne sera pas, mais alors pas du tout, au rendez vous ! Même avec des bouchons d'oreille, le mixage est difficilement supportable, et la guitare s'en retrouve complètement noyée ! C'est vraiment dommage car le dernier album du groupe, De Doden Hebben het Goed II, mérite vraiment d'être découvert. Sur la fin, je tente de mieux me placer, et le son s'avère un brin meilleur au centre de la salle, mais le Kubox a vraiment un problème de guitares inaudibles, ce qui s'avère être le seul point noir du Thronefest, mais ô combien conséquent ! J'espère avoir la chance de redécouvrir Wiegedood dans de meilleures conditions.

Misthyrming aura plus de chance. Les Islandais, en tournée conjointe avec Nadra, nous offrent une performance en adéquation totale avec leur musique: pas de fioritures, c'est du black metal brvtal comme il se doit ! C'est puissant, c'est méchant, et donc à rebours total de la tendance actuelle dans le black, qui en est plutôt soit à l'introspection dépressive, soit aux salamalecs rituels un peu kitchs. Le concert de Misthyrming tient plutôt du sprint sur un glacier avec un ours polaire aux trousses ! Et on ne s'en sort pas indemne non plus.



Comme la veille, après l'Islande, c'est la Pologne qui est à l'honneur, avec Massemord pour la représenter. Le groupe a l'air de jouer rarement par ici, car l'affiche du festival précise qu'il s'agit d'un ''show exclusif''. Et bien j'espère sincèrement qu'ils tourneront dorénavant un peu plus de ce côté de l'Oder, car cette bande de cranes rasés tout en muscle m'impressionnera bien plus que de nombreux groupes adeptes du maquillage outrancier ! Si on peut déceler chez Massemord quelques sonorités typiques du black metal polonais, le groupe joue une musique bien plus agressive que leurs compatriotes mieux connus sous nos latitudes. Massemord s'enchaine donc très bien avec Misthyrming, jouant aussi un black sans concession qui donne envie de défoncer des portes de cathédrales à coup de tête ! Le chanteur, Namtar (qui est aussi le batteur de Furia), torse nu, fait preuve d'un jeu de scène impeccable, et d'une virilité bien plus incontestable que de nombreux autres frontmen qui semblent sortis d'un jeu de rôle grandeur nature !



Changement radical d'ambiance avec Cult Of Fire: la salle est plongée dans une forte odeur d'encens, ce qui n'est pas désagréable, mais me fait quand même penser aux boutiques new age où les bobos peuvent acheter cher et vilain de quoi s'ouvrir les chakras. Plus sérieusement, je comprends maintenant bien mieux pourquoi les fans du groupe accusent souvent Batushka de plagiat; difficile en effet de ne pas faire le rapprochement devant ce décorum et ces musiciens encagoulés. La musique toutefois, même si elle aussi fait dans la veine rituelle, n'en demeure pas moins très différente: c'est dans le mysticisme hindouiste que Cult Of Fire nous offre un trip. Et si le son fait encore des siennes, la cérémonie prend vie devant nous; les Tchèques ont une puissance phénoménale et un charisme certain sous leurs toges ! Moi qui ne suis pas leur plus grand fan, je suis vraiment transporté à travers tout le Manvantara par Sava Sadhana et Khanda Manga Yoga. L'hindouisme est sans doute la religion dont je connais le moins la cosmogonie, et Cult Of Fire m'a convaincu de combler au plus vite cette lacune culturelle. Le concert se termine abruptement après un magnifique et très black Satan Mentor, ce qui me laisse, et apparemment je ne suis pas le seul, un vrai sentiment de trop peu. Et c'est à prendre comme un compliment.



La journée touche déjà à sa fin avec deux légendes pour conclure le festival, et le public se presse pour accueillir Gaahls Wyrd, ou plus précisément Gaahl, le véritable messie nietzschéen du black metal, qui reprend ici des morceaux de ses groupes précédents, à savoir Gorgoroth et God Seed et Trelldom, quand même. C'est la première fois que j'ai l'honneur de le voir en chair et en os, et son charisme est tout simplement inhumain ! Dès son entrée sur scène, on n'a plus d'yeux que pour lui, alors que les autres membres de Gaahls Wyrd ne manquent pas pour autant de présence. Le maitre ouvre le rituel avec Sign of an Open Eye, suivi de Carving a Giant, deux morceaux emblématiques de Gorgoroth. Déjà sur album je les adore, mais quand Gaahl est là pour faire passer le message, on l'écoute ! Il se permet d'ailleurs des envolées vocales très aiguës dont je ne le savais ni familier ni capable, d'autant qu'elles sonnent particulièrement justes.



Le groupe enchaine avec Steg de Trelldom, accompagné par Kati Ran de L.E.A.F. et sa vielle, mais... On ne l'entend pas ! Dommage, car l'idée était très bonne, et aurait donné sans nul doute un cachet différent à ce morceau de dix minutes composé d'un riff unique, ce qui brise le charme pour une partie du public. En tout cas la preuve est faite, à supposé qu'elle était nécessaire: Gaahl est un gars sympathique qui ne se considère nullement comme une star, et il aime laisser à d'autres de la place sur scène. Ce qui nous vaut d'ailleurs un joli duo avec Animae, le chanteur de Darkend même si, qu'il le veuille ou non, la présence de Gaahl éclipse tous les egos. C'est d'ailleurs lui qui fait le succès de Gaahls Wyrd, car si le concert est bon, sa voix inimitable fait tenir l'ensemble. Je m'attendais quand même à un cran au dessus au niveau de l'émotion, mais ce manque est sans doute plus dû au cadre qu'au groupe. J'aimerais donc revoir à l'occasion Gaahls Wyrd de nuit et en extérieur pour me faire une meilleure idée.



Place donc au dernier groupe de la soirée, Dark Funeral, qui vient nous jouer en intégralité The Secrets of the Black Arts (1996). Pour avoir déjà vu le groupe au Biebob il y a peu, j'attends des Suédois un véritable moment d'anthologie, ne fusse que pour oublier la triste prestation de leurs compatriotes de Marduk la veille ! Heljarmadr chante avec conviction des morceaux qui ont été écrits presque dix ans avant qu'il ne rejoigne le groupe, et qui n'étaient plus tous joués régulièrement en concert, ce qui donne d'ailleurs à celui-ci son côté événementiel. J'ai même eu du mal à trouver une once de différence entre sa prestation sur My Dark Desires et la version de l'album ! Lord Ahriman nous fait démonstration de son charisme monolithique, comme d'habitude, tandis que la décoration se situe quelque part entre le presque sobre et le particulièrement kitsch (deux têtes de porc sur des pieux, vous décririez cela comment, vous ?)
The Secrets of the Black Arts ne faisant qu'un peu plus d'une demi-heure, je m'estime en droit d'attendre un rappel consistant, et Dark Funeral ne m'en prive pas: après une magnifique reprise du Call from the Grave de Bathory, avant que Heljarmadr ne se fasse plaisir (et à moi aussi, d'ailleurs) en enchainant des morceaux plus récents, à commencer par le terrible Nail them to the cross, suivi de My Funeral avant un Where Shadows Forever Reign en guise de conclusion. Pour moi, la preuve est faite que Dark Funeral est un groupe au potentiel live énorme, y compris ici sur une scène d'une autre dimension que celle du Biebob (ce n'est pas le Graspop d'accord, mais quand même). Heljarmadr s'est visiblement très bien intégré au groupe, et sait jouer des morceaux plus anciens sans les dénaturer ni non plus se les approprier complètement et, par dessus tout, Dark Funeral est un groupe qui respecte son public et veille à ce qu'on ne regrette jamais d'avoir fait le déplacement, par exemple en faisant d'une habitude les rappels presque aussi longs que le set de base ! Je connais plus d'un groupe qui pourrait s'en inspirer. Pas vrai, Marduk ?

Pour (re)lire le récit de la première journée du Throne Fest, c'est par ici: http://www.shootmeagain.com/livereports/873_thronefest2017jour1mardukblasemaisnargarothenflamme

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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
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