Reportage

Brutal Assault jour 1 : l'Empereur contre-attaque !

Jaromer (Brutal Assault Festival), le 09-08-2017

Jeudi 24 août 2017

Le Ragnard Rock Festival et le Brutal Assault étaient mes deux grosses attentes de l'été. Suite à l'annulation surprise du premier de ces événements, j'ai assez logiquement reposé tous mes espoirs sur le festival tchèque. Il faut dire que pour un amateur d'Histoire comme moi, il savait vendre du rêve : une affiche extrême mais variée, et surtout un festival qui a lieu dans une forteresse bâtie au XVIIIe siècle près de l'actuelle frontière polono-tchèque, ce n'est pas loin du concept de pèlerinage !



Pour atteindre la garnison, ce fut un long périple: d'abord, une douzaine d'heures de route avant une nuit à Prague, histoire d'ajouter un aspect culturel au voyage. Je n'avais plus mis les pieds dans cette ville depuis 10 ans, mais je resterai toujours pantois devant cette architecture marquée par le Saint-Empire des Habsbourg et le culte de Sigmar. Comment ça, je mélange tout ?
Ensuite, un détour par l'ossuaire de Sedlec, probablement l'endroit touristique tout public qui attire le plus de metalheads au monde.
Nous arrivons finalement à Jaromer le mardi soir, déjà fourbus. La ville est déjà envahie de chevelus à la recherche d'un emplacement pour leur campement, ou plus prosaïquement d'une bière. Deux tâches qui ne sont guère facilitées par le crépuscule, car à part pour les VIP, le camping du Brutal Assault consiste à s'installer au petit bonheur, entre les talus boisés qui constituaient la première ligne de défense, et une garrigue à perte de vue. Bien assez de place pour choisir son emplacement, à ceci près que la nuit tombe vite loin du moindre éclairage public, et que c'est à la lumière des torches que je monterai laborieusement ma tente dans le premier espace disponible, après une bonne heure de marche chargé comme se doit de l'être l'infanterie. En guise d'initiation au camping sauvage, le Brutal Assault place la barre assez haut.

Nul besoin de s'éterniser sur le warm-up de la soirée. On peut le résumer en 548 litres de Pilsner Urquell et un camembert à l'ail à 3h du matin. Plus jamais, merci.

Pour nos habitudes occidentales, le Brutal Assault est un festival tellement hétérodoxe qu'il faut bien s'attarder un moment sur son organisation. Il se divise en quatre scènes; deux principale qui sont utilisées en alternance, la Jagermeister et la Sea Sheperd; la Metalgate, sous chapiteau, et la petite Oriental, dans une cour séparée. Le tout est éparpillé entre les anciens bastions de la forteresse, le metal market et les stands de nourriture et de boissons bordant les allées entre les scènes.

Et quelle nourriture ! Que ce soit clair: je n'avais jamais aussi bien mangé en festival, et encore moins à des prix si modiques ! Si mon coup de coeur va à la nourriture vegan, diverse et succulente (brochettes de légumes, pizzas fraîches, galettes d'oignons ou de betteraves,...), on trouvait aussi du poulet rôti et même du jambonneau à la broche à des prix qui donnent un nouveau sens au mot démocratique, pour ne pas dire populaire ! Quant à la pils tchèque (à 2 euros le demi-litre), elle fait vite oublier ce qu'on nous sert habituellement en Belgique. Nous faisons d'excellentes bières spéciales, d'accord, mais faut pas déconner, les blondes de l'est sont les meilleures.

dernière remarque: le Brutal Assault est entièrement cashless. J'étais au début réticent, mais le système fonctionne très bien. Tous les paiements s'effectuent via le bracelet, qu'on peut recharger, y compris avec des euros, à de nombreux stands éparpillés entre les murailles. Résultat: pas de files d'attente, et pas forcément plus de frais, le solde étant rappelé à chaque dépense sans qu'on doive fouiller ses poches à la recherche des reliquats d'un billet.



Ah, et il y avait des concerts, aussi.

En guise d'entrée en matière, on commence avec Fleshgod Apocalypse. Les Italiens m'avaient plutôt déçu il y a quelques années, au Durbuy Rock Festival. Trop de fioritures rendaient le tout assez indigeste. Mais j'étais curieux de découvrir le dernier album, King, dans une forteresse fondée par la dynastie des Habsbourg. Difficile en effet d'imaginer un cadre qui sied le mieux à un death metal grandiloquent qui aborde de front le thème de la déchéance des grandes lignées européennes.Dès l'intro, la bolognaise prend bien, même si le groupe manquera toujours de spontanéité. L'ambiance reste quelque peu artificielle, mais des morceaux comme The Foul et son clavecin, Cold as Perfection et Syphilis arrivent à mettre en place un réel sentiment de décadence, magnifié par le chant lyrique de Veronica Bordacchini, bien plus présent et intense que sur l'album.

On monte d'un cran dans le technique avec Gorguts, que je découvre avec les tympans encore vierges. Je ne saurais donc identifier les morceaux, mais les Canadiens alternent plutôt efficacement les moments brutaux avec des démonstrations de doigté quasiment contemplatives. Gorguts est le premier d'une longue liste mentale de groupes que je me devrais d'approfondir une fois de retour aux frontières occidentales de l'Empire !



Root aussi est une découverte totale. Comme d'ailleurs pour l'immense majorité des metalheads de cette rive de l'Elbe, je suppose. Actif depuis 1987, Root semble être en République tchèque l'équivalent d'un Venom ou d'un Bathory dans le reste du monde : un groupe précurseur du black metal, mais encore éloigné des poncifs norvégiens du mouvement. Le public tchèque est en terrain connu, mais pour moi, ce mélange de black teinté de second degré et de heavy poisseux est un spectacle bien difficile à appréhender. Le chanteur, sobrement appelé Big Boss, à de vrais airs de gourou démoniaque, avec sa canne, son maquillage aux airs de véritable tatouage facial, et surtout son chant lyrique digne d'un moine en transe devant les flammes des Hussites qui ravagent son abbaye ! Malgré la barrière de la langue, les refrains de Píse? pro Satana et de 666 libèrent une noirceur certaine.Root est une découverte comme on n'en fait plus tous les jours, et je crois que j'aurais besoin d'un second concert pour bien comprendre son impact.

La transition avec le symphonic death de Wintersun est bien trop rapide pour la digestion auditive. Du reste, si leur dernier album, The Forest Seasons, me laisse de marbre, je reconnais que les Finlandais savent mener un concert. Jari Mäenpää fait un frontman très valable, entre envolées lyriques et chant ''extrême'' tout public. J'entends plus que je n'écoute, mais pour qui aime la grandiloquence bon enfant, pourquoi pas ?



Changement radical avec Madball ! J'écoute peu de hardcore et dérivés, mais je garde un certain attachement pour les premiers groupes de la mouvance, qui réveillent agréablement mes racines de vieux punk. Inutile de tenter d'identifier des morceaux; avant même l'entrée en scène de Freddy Cricien (que j'ai été surpris de voir avec des longs cheveux), c'est la guerre ! Ça a bien failli me coûter mon smartphone, qui s'est essayé au crowdsurfing à hauteur de chevilles, mais Satan que ça fait du bien de collecter quelques ecchymoses au sein d'un pitt malgré tout assez respectueux. Si les coreux sont présents en nombre, la brutalité ne cède jamais à la démonstration de force outrancière, et tout le monde s'amuse à ramasser ses acabits après un concert passé sans quasiment toucher le sol. Oldschool never die, comme ils disent !



Helheim marque mes premiers pas sur la Metalgate, scène bien plus intime que les deux mainstage. Le black/viking des Norvégiens marque bien la tombée de la nuit mais, la fatigue s'accumulant, je les écoute de l'extérieur. D'autant que les Arts noirs vont s'enchaîner, maintenant. Autre bon point du Brutal Assault: si la journée a fait la part belle au death en tout genre, la nuit est réservée aux différentes cabales du black metal, et l'ambiance y gagne énormément.

Place maintenant au concert immanquable de cette première journée pour qui aime le black metal pour hipster. Master's Hammer est un monument en République tchèque, d'autant plus que le groupe, actif depuis 1987, nous offre en terrain connu un échantillon de sa première tournée depuis 25 ans d'absence sur scène ! Et, cœur de bouc sur le pâté de sang, les Tchèques vont jouer leur magnifique album Ritual (1991) en intégralité ! Sauf que le chanteur, Franta Storm, a complètement changé de répertoire depuis qu'il joue de l'expérimental indescriptible. Ajoutez à cela des danseuses grimées en Baphomet qui restent d'une immobilité de mime, et un gars avec des tambours inaudibles en première ligne, et vous obtenez une grosse déception. Non pas que c'était mauvais. Mais je n'aurais pas ressenti de différence s'il ne s'était strictement rien passé. Dommage.

Après une pause sur la pelouse devant Chelsea Grin qui vire à la véritable sieste (oui...), retour devant les mainstages pour Batushka. Les moines noirs polonais ne laissent pas de place aux jugements nuancés; certains semblent les voir comme de nouveaux messies ( à l'instar d'un type en robe de bure qui se balade depuis le matin avec une icône !), tandis que d'autres les jugent comme un coup marketing et semblent les mépriser par principe. Personnellement, j'aime beaucoup leur unique album, Litourgiya, même si il a effectivement perdu la saveur de la découverte depuis. Et si le rituel est certes un cran en deçà du concert que j'ai relaté au Eidhoven Metal Meeting, je ne vois rien à y redire. Les Yeketniya s'enchainent efficacement et les chœurs grégoriens ponctuent le show de leur puissance singulière. Comme d'habitude, je veux bien l'admettre. Mais Batushka reste un groupe à voir au moins une fois, car il est capable de très bon live, contrairement à ce que prétendent certaines personnes de mauvaise foi. Sans jeu de mot.



La nuit se prolonge avec Wolves in the Throne Room, étrangement placé sous la petite Metalgate. J'en attendais beaucoup, mais après une telle journée, et sachant ce qui va suivre pendant toute la semaine, j'ai du mal à me laisser pénétrer par la musique, alors que Wolves in the Throne Room est sans doute un des groupes immanquables de la scène atmospheric black metal. J'espère les revoir sou peu, car après la marche forcée jusqu'à Josefov et cette première journée d'offensive, j'ai besoin de panser me plaies (merci Madball...) au bivouac, et je sombre vite dans un sommeil que ne troublerait aucun barrage d'artillerie. Le service de l'Empereur est éprouvant, mais Dulce et decorum est pro patria mori.

La suite... Un jour !


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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
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Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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