Bien qu'empli de vitalité, Har Nevo permettait de découvrir un groupe, initialement Punk et Post, s'aventurer vers un crépuscule introspectif. Le nouvel album de la formation s'assied encore plus dans son versant crépusculaire. Un souffle glaçant traverse le disque qui surprendra moins, la courbe étant amorcée.
THE BLACK HEART REBELLION a fait sien ce jeu de cymbales, ce tintement de chaines et cette voix profonde. Body Breakers conserve toutefois une intensité nerveuse où les tensions dramatiques s'élèvent progressivement avant de laisser aller l'album vers une atmosphère plus distante. Les percussions et le bourdonnement s'installent là où la place est laissée par une rythmique moins empressante.
People When You See The Smoke... cadenasse les émotions dans une torpeur froide ouvrant l'horizon à une vision dévastée par le vide. Cette intimité, peu réjouissante, mène le groupe dans une direction plus expérimentale, lorgnant par la même occasion sur une scène emmenée par le SWANS de ce millénaire (Om Benza Satto Hung, Dorsem, Rust, Violent Love).
Bien que de plus en plus chirurgical dans le traitement des émotions, THE BLACK HEART REBELLION conserve une part d'humanité. Le chant masculin-féminin sur Near The Fire For Bricks et Violent Love, à défaut de réchauffer l'ambiance, apporte une proximité nouvelle. Les guitares cristallines moins présentes apparaissent aussi pour tailler certaines compositions dans une fragilité émouvante.
Le champs d'exploitation d'une musique de plus en plus sombre, pour ne pas dire gothique, emmène THE BLACK HEART REBELLION vers une intériorisation du ressenti. People When You See The Smoke... est un album qui s'écoute en profondeur et surtout loin de la légèreté d'une écoute distraite. Un exercice qui risque d'être aussi périlleux que transcendantal sur scène.

The Black Heart Rebellion
Swans