Plusieurs invités se partagent ainsi le micro, interprétant tour à tour les divers personnages du conte narré dans une langue plutôt riche et avec une belle variété de tons – chant clair, chant féminin, chant extrême plutôt guttural et (assez majoritairement) un chant black expressif et assez compréhensible se succèdent.
Sur le plan musical, et malgré une toile de fond majoritairement extrême, Sparda insère nombre d'instruments médiévaux, joués par lui-même ou par des invités, et de sonorités d'ambiance qui permettent de donner vie au tableau dépeint : celui d'un village de campagne au XIIe siècle tourmenté par des attaques de monstres (loup-garou, zombie, vampire, pacte avec le Diable, tout y passe). Le résultat, original, se situe à une intersection improbable entre Grylle, King Diamond, Sopor Aeternus et le Peste Noire le plus médiéval - oui, j'ai conscience du caractère foutrement aléatoire de ces comparaisons... ce qui vous donne une idée d'à quel point Créatures est surprenant.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce style versatile et – surtout – ce concept bien à part rendent une analyse purement « qualitative » particulièrement difficile. A vrai dire, chroniquer Le Noir Village s'apparente autant à une critique musicale que... théâtrale, car il est impossible de ne pas rendre compte des textes et de l'interprétation qui en est faite si on veut être complet.
Non pas que Créatures ne propose pas de moments purement musicaux qui puissent être appréciés en dehors de tout contexte. Ainsi, la cavalcade du morceau introductif (L'Horreur des Lunes Pleines) et son chant particulièrement intelligible, qui permet de plonger d'emblée dans l'histoire (même si lire les textes en parallèle est souvent nécessaire), est plutôt réussie, avec notamment un excellent solo de guitare et un Erryk (Gotholocaust) chirurgical à la batterie, dans une ambiance de film d'horreur savoureuse.
Créatures donne même dans un black un peu plus crasseux sur Cadavre Abandonné, avec un peu moins de réussite mais toujours un côté cinématographique qui relie les styles plutôt épars du Noir Village. Epars comme sur Il Etait un Monstre assoiffé de Coeur où Oz, chanteur d'Electric Age, pose sur une ambiance plus heavy un chant clair au service d'une prestation théâtrale au possible pendant neuf minutes hypnotiques... et inégales.
Car c'est là le principal défaut de Créatures : le tout part un peu dans tous les sens, alternant moments réellement jouissifs et interprétations très réussies (le final Sous le Visage Avenant de la Mort, excellent jeu de question-réponse entre la voix hallucinée de Lazareth – Ordo Blasphemus – et Jordie Frost – Black Night Symphonia) et moments plus longuets, voire sonnant plutôt amateur – en termes d'art dramatique, s'entend. De même, le concept ne se met pas forcément toujours au service de la musique ; Martyre d'un Tanneur et ses treize minutes fort narratives sont aussi puissantes au sein de l'histoire (dont je ne vous révèle volontairement rien) que peu efficaces sur le plan musical.
Difficile pourtant de ne pas s'incliner devant un tel travail de titan, aux ambiances variées, soignées, à la composition globalement réussie et qui n'a finalement que les défauts de ses qualités, soit un certain éparpillement et une interprétation qui a parfois un peu de mal à suivre le rythme plutôt élevé de la musique (le français est une langue à part sur le plan narratif et cela se sent ici). Cependant, Le Noir Village, s'il laisse apparaître des défauts, a un caractère fascinant qui fait qu'on y revient avec plaisir.
On serait surpris de découvrir Créatures sur scène, au vu du travail que cela impliquerait en amont, mais l'expérience pourrait s'avérer intéressante, à la croisée des chemins entre metal sombre et pièce de théâtre grandiloquente...
horror metal

Hanternoz
King Diamond
Electric Age