Leur début en studio, Don’t Waste Your Time (2018), n’est pas passé inaperçu. Véritable vent de fraicheur qui a soufflé sur une année 2018 frileuse en nouvelles expériences musicales, l’EP typé rock gothique et heavy metal a marqué les esprits -ou attiré, à tout le moins, l’attention de la presse spécialisée. Pour retrouver une production apparentée de qualité équivalente, il faut remonter à Sister (2013) d'In Solitude, c’est dire la performance.
Sans surprise, Mana (2019) s’inscrit dans la lignée de Don’t Waste Your Time (2018), à savoir un hommage au NWOBHM et au rock occulte beignant dans l’atmosphère spécifique des années 1980. Il s’agit d’orchestrer un savant mélange entre les riffs spécifiques à l’univers du heavy metal et une ambiance gothique, comme si The Sisters of Mercyavait cédé aux sirènes du heavy metal. Avec une piste portant le nom de l’EP et un nouvel enregistrement du succès Blade and the Will, le message est clair : battre le fer tant qu’il est chaud.
La question qui vient inévitablement à l’esprit est celle de l’existence -ou non- d’une personnalité artistique propre. Bien d’autres se sont essayés à s’inspirer d’illustres prédécesseurs en tombant dans le piège de la (pâle) copie, dont notamment récemment Greta Van Fleetqui s’est quelque peu emmêlé les pinceaux avec un Anthem of the Peaceful Army lorgnant trop sur Led Zeppelin.
D’un revers vigoureux de main, la formation balance nos doutes aux oubliettes. Ce premier long effort resplendit tant au niveau de la qualité d’écriture -les paroles sont par moment superbes- que des compositions instrumentales, tout en garantissant des sonorités uniques. Il suffit de lancer une piste quelques secondes pour détecter qu’il s’agit d’un titre d’Idle Hands, ce qui participe à l’enthousiasme général qui entoure la sortie de l’album.
Mana surprend de piste en piste. Blade and the Will et Give Me to the Night démontrent une habilité à écrire des titres accrocheurs articulés autour de rythmes rapides, tandis qu’It’ll Be Over Before you Know It -quelles explosions des percussions venant briser les grésillements hypnotiques des guitares !- est en mesure de vous plonger dans les méandres de la mélancholie. L’exercice du grand écart est réussi avec succès.
Toute résistance est veine. La voix claire planante de Gabriel Franco tranche avec les riffs heavy en vous achevant ; d’une rondeur médiévale, elle participe à la création d’une emprunte artistique marquée. De temps en temps, un grognement prononcé vous sort de votre torpeur en créant une intense sensation de plaisir.
On pourrait lister certains défauts à ce premier album mais ceux-ci paraissent bien anodins en comparaison avec les sentiments positifs procurés par Mana. Ce dernier occupe à coup sûr une place de choix dans le classement des productions à privilégier en 2019, qu'on se le tienne pour dit !
Idle Hands - Mana - Chronique - Gothic rock - Heavy metal
