Pourtant, tout n’est pas rose dans la sphère des dégénérés de Des Moines. Alors qu’ils se présentaient comme une famille dont la disparition d’un des membres ne pourrait pas entraîner l’arrivée d’un remplaçant, la donne a changé ; une récente querelle -probablement d’origine financière- a eu raison de Chris Fehn. Le pilier percussionniste a été remplacé sans ménagement, l’heure du discours unificateur a pris fin.
Aux quatre coin du globe, les semaines écoulées ont vu naître un débat à propos de la possibilité pour We Are Not Your Kind (2019) d’être enfin le digne successeur d’Iowa (2001) en terme de violence brute. L’influence de Stone Sour, autre groupe dont Corey Taylor assume le rôle de leader, a également suscitée des débats passionnés (Slipknot se transformerait-il en Stone Souragressif ?). L'heure est venue de rendre notre verdict.
La sortie officielle de We Are Not Your Kind présente un avantage qui personne ne pourra réfuter : les discussions à propos des nouveaux masques du groupe pourront enfin s’éteindre au profit d’un recentrage sur la musique.
La nouvelle production se compose encore et toujours de quatorze pistes, avec la particularité que trois interludes jalonnent l’expérience. Si l’on emploie le terme d’« expérience », c’est qu’indéniablement, l’opus propose de vivre un instant peu commun. We Are Not Your Kind regorge d’énormément d’héritages qu’il serait impossible de développer sans atteindre une longueur qui friserait l’indigestion. Nous nous contenterons d’évoquer certains traits qui méritent la réflexion.
L’adjectif qui synthétise le mieux l’album est psychologique. En atteignant un âge raisonnable, la bande masquée fait preuve d’une maturité d’écriture qui lui permet de concevoir un univers à la psychologie élaborée. Les textes, tout comme l’ambiance à certains moments, sont torturés ; on pense notamment à My Pain.
J’entends le fond de la salle s’impatienter en se demandant qu’en est-il des titres violents qu’ils chérissent tant. Ils peuvent partiellement se rassurer : ceux-ci sont de la partie, notamment Red Flag, bien que le deuxième titre promotionnel Solway Firth soit le seul à atteindre le stade maximal de la folie, comme Custer sur .5 : The Gray Chapter (2014)
Nous sommes cependant légèrement dubitatifs quant à l’utilisation fréquente de refrains à l’atmosphère très légère. Ainsi, le sublime Nero Forte avec ses couplets violents à souhait nous remémore une des marques de fabrique de Slipknot, mais son refrain aux chœurs trop faibles et doux s’apparente à un contre-emploi malvenu. Avec Unsainted et ses chœurs clairs, ça fait beaucoup.
Entre le très fort et le relativement léger, on retrouve une catégorie intermédiaire où réside Critical Darling. Celui-ci a une structure assimilable à celle de Psychosocial, avec néanmoins un refrain qui laisse entrevoir une influence de l’expérience Stone Sour par moment. Not Long for This World franchit même le cap d’être majoritairement en territoire dédié auparavant à Stone Sour, avec de très brefs passages qui nous rappelle que Slipknotest à l’œuvre.
En définitive, We Are Not Your Kind est un excellent album. Néanmoins, en explorant autant d’univers et en se revendiquant d’énormément d’influences différentes, il n’est pas fait pour plaire dans sa globalité à tous les fans. Sa diversité, sa psychologie torturée et ses accents de violence dégantée remportent notre attrait. Par contre, la gestion des refrains nous paraît perfectible et parfois trop éloignée de nos attentes lorsque Slipknot est évoqué
Slipknot - We Are Not Your Kind - Chronique - Corey Taylor
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