
Si le premier album, Skill In Pills était une entrée en matière dans l’univers du duo Lindemann-Tägtgren assez cohérente et attendue, en ce sens que le résultat était un parfait mélange des univers musicaux respectifs de Rammstein et Pain, le duo maintenant bien établi prend plus de libertés sur F & M. L’album compte 13 pistes et presqu’autant de surprises.
Dont déjà une première à la lecture des titres : cette fois-ci, tous les titres sont en allemand et non plus en anglais. Et quand on connait l’intérêt du duo pour la Russie – en témoigne le choix des salles pour la tournée de promo dont un tiers se déroule sur le territoire de l’ex-URSS, on imagine sans peine qu’on n’est pas au bout de nos surprises dans ce registre pour le troisième album. Si le premier album se caractérisait par un ton globalement humoristique, F & M est en outre nettement plus sombre. Ce qui en fait des albums complémentaires, d’une certaine manière. Au-delà de cela, l’intérêt de l’album réside dans la variété de styles musicaux qu’il explore. On retrouve bien sûr des titres indus on ne peut plus traditionnels, composés à grands renforts de rythmiques martiales popisantes et de nappes mélodiques au synthétiseur (coucou, Pain). C’est le cas des trois morceaux qui ouvrent l’album, par exemple : « Steh Auf », « Ich Weiss Es Nicht » et « Allesfresser ». Qui n’en sont pas moins d’excellente facture et méritent toute l’attention de l’auditeur ! Et puis, il y a le tango « Ach So Gern », la berceuse « Schlaf Ein » et le rap « Mathematik » (là, un mystère : pourquoi avoir préféré cette version édulcorée à la version autrement plus nerveuse, et meilleure, avec le rappeur allemand Haftbefehl en featuring ?) – autant de morceaux qui illustrent la démarche des deux lascars : composer comme il leur semble, en fonction de ce dont eux ont envie et uniquement cela.
Je m’en voudrais de terminer cette chronique sans mentionner « Knebel » qui est, pour moi, de loin le meilleur morceau de l’album. Et qu'on aurait tort de résumer à son clip censuré très suggestif. Après une longue intro acoustique guitare sèche-chant tout en douceur (sauf dans les paroles…), c’est un déluge de violence qui s’abat sur l’auditeur. Grosses guitares, hurlements, changements de rythme – l’excellence.
Avec F & M, Lindemann continue de définir son identité musicale – jamais très loin de Rammstein et Pain, mais suffisamment loin toutefois pour s’en distinguer et offrir quelque chose de neuf. Ça aurait pu être un projet commercial monté de toute pièce par deux artistes en quête d’argent facile, mais, parce que ce sont justement des artistes au sens noble du terme, ça débouche sur un projet empreint de sincérité, de plaisir et d’envie de partager.
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