Nous soulignions dans notre dernière chronique que l’unité de façade défendue pour les masters of the maggots avait fortement été effritée à l’occasion du conflit entre le pouvoir décisionnaire –Corey et juste Corey ?- et le percussionniste Chris Fehn qui fut éjecté sans ménagement en 2019. Notre perception n’est que renforcée à la suite du décès de l’icône Joey Jordison en 2021 qui a mis en lumière les circonstances qui entourent le « départ forcé » de #1, ce dernier ayant notamment eu l’idée du nom de la formation –il a proposé l’idée, qui a été approuvée par les autres membres. La grande famille du metal semble décidément proche de toute autre famille, l’égoïsme et l’utilité sont les deux variables qui la gouvernent trop souvent.
Slipknot, appréciant les effets d’annonce, a décidé de provoquer –commercialement- en dénommant son septième album The End, So Far (2022). Est-ce la fin de l’aventure ? Allons-nous assister au dernier tour de piste avant que nos psychopathes favoris tirent leur révérence ? Il n’en est rien, en atteste l’interview donnée par Shawn Crahan il y a un peu plus d’un an dans laquelle il expliquait que le futur album serait le dernier réalisé auprès de Roadrunner Records ; un suspens décidemment typiquement hollywoodien, accompagné d’une offre de marchandises promotionnelles sans précédent, avec notamment une pochette de la version CD spécifique à l’effigie de chacun des neuf membres –que chacun ouvre son portefeuille et s’y donne à cœur joie.
Les singles The Dying Song et The Chapeltown Rag ont annoncé la couleur, les riffs chaotiques, les percussions puissantes et le chant brute de Corey Taylor ne manqueront pas de combler les fans du chaos qui définit Slipknot. Le chaos n’est plus celui connu lors de l’époque Iowa (2001), mais le rendu reste brutal. Les principales évolutions, amorcées avec We Are Not Your Kind, sont la maturité et le raffinement dont fait preuve la formation.
La Bande de Des Moines se veut expérimentale, adjectif qui qualifie le mieux The End, So Far. Le titre promotionnel Yen était annonciateur et l’on retrouve cette volonté de découvrir des contrées qu’ils n’avaient pas encore explorées jusqu’alors sur l’ensemble de l’album, dont notamment avec la sensationnelle clôture Finale. A ce titre, Hivemind propose une synthèse intéressante entre la brutalité de leur origine et leur tendance actuelle à se tourner vers l’expérimental. La capacité de réécoute de l’œuvre s’en retrouve grandie.
Malgré un rendu positif, on ne peut s’empêcher de s’interroger à propos de ce qu’aurait été ce septième album s’il avait été encore davantage pensé et préparé. Comme l’a souligné récemment le guitariste Jim Root au cours d’une interview, The End, So Far n’a pas fait l’objet d’une préproduction, il a été construit principalement en studio et pour des raisons budgétaire le délai entre son enregistrement et sa sortie a été restreint. Nous sommes potentiellement passé à côté de ce qu’aurait pu être le meilleur travail du groupe à ce jour, la frustration est réelle.
En définitive, The End, So Far se veut l’album le plus expérimental proposé par Slipknot. Il a le mérite d’étonner et de pousser à le réécouter à de nombreuses reprises. Toutes les expérimentations ne sont pas des réussites, la faute probablement à des impératifs qui ont nui au processus créatif, mais cette nouvelle fournée inattendue reste plus qu’appréciable.
Slipknot - The End, So Far - Chronique - Nu Metal - Corey Taylor

Gaerea
Slipknot