Reportage

The Scabs : La Belgique nostalgique

Bruxelles (Ancienne Belgique), le 23-04-2026

Dimanche 26 avril 2026



Certains concerts prennent facilement des airs de messe, d’autres évoquent plutôt des réunions d’anciens combattants… Jeudi dernier à l’Ancienne Belgique, The Scabs
The Scabs


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ont choisi de mêler les deux, avec ce sourire en coin qui ressemble furieusement à une revanche tranquille… Parce que oui, avant même que les amplis ne crachent leur première étincelle, il faut rappeler que ces types-là ne sont pas juste un groupe de rock : ce sont des survivants ! Nés en 1979 dans une Belgique qui hésitait encore entre la bière forte et le punk anglais, les Scabs ont d’abord joué les sales gosses inspirés par The Clash
The Clash
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, avant de bifurquer vers un rock plus roots, plus Stones, plus cuir que crête. Propulsé au tournant des années 1990 grâce à des albums comme « Royalty in Exile » et « Jumping the Tracks », le groupe se sépare en 1996 avant de renaître une première fois en 2007, déjà à l’initiative de l’Ancienne Belgique. Absent des salles depuis 2019, il entame aujourd’hui une nouvelle mue, façon phénix électrique, pleinement assumée.


Et ça s’entend dès les premières secondes. La salle est pleine à craquer (cela sera encore le cas pour les deux soirs suivants !) et l’air sent bon le houblon, la nostalgie et les amplis qui vont faire mal aux lombaires. Quand le groupe débarque, pas de fioritures, pas de dramaturgie inutile : juste une claque d’ouverture avec She’s Jivin, qui déboule comme une vieille Cadillac sans freins. Le son est sec, frontal, presque insolent. On comprend tout de suite que ce ne sera pas un concert complaisant. Enchaînement immédiat avec Let’s Have a Party et là, le titre n’est pas une suggestion. C’est un ordre. Le public répond comme un seul organisme légèrement alcoolisé : bras levés, regards complices, chorales approximatives. Le groupe, lui, joue serré, presque clinique dans l’énergie, mais avec ce petit décalage rock’n’roll qui donne l’impression que tout peut partir en vrille à tout moment. On remarque la présence de deux choristes qui insufflent le rythme à toute l’assemblée, dont Naomi Sijmons, fille de leur regretté bassiste disparu en 2013. Puis arrivent des titres comme Why et All You Ever Do, qui posent un premier plateau émotionnel : moins de vitesse, plus de groove, une guitare qui traîne comme une traînée de poudre sur le parquet. Guy Swinnen, longue tignasse argentée, chante avec cette nonchalance maîtrisée, ce truc rare qui consiste à avoir l’air de s’en foutre tout en touchant juste tandis que Franky Saenen, son fidèle acolyte, tient la baraque à l’arrière. Le cœur du concert s’installe avec une série de classiques qui fonctionnent comme des madeleines trempées dans le Jack Daniel’s à l’instar de I Need You, tube cher à Classic 21 et dont le groupe Wheatus
Wheatus


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s’est très fortement inspiré pour son Teenage Dirtbag. Et que dire de Don’t You Know où l’on ne peut que s’incliner devant les prouesses du guitariste Fabio Canini (Sloper
Sloper


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) ! Les refrains sont repris comme des slogans, les riffs deviennent des réflexes conditionnés. C’est le moment où tu réalises que ces chansons ne sont pas juste des morceaux, mais des souvenirs partagés, gravés dans le disque dur collectif belge.



Crystal Eyes et Can’t Call Me Yours amènent un côté plus bluesy, presque poussiéreux, comme si la scène se transformait en bar du Midwest… sauf qu’on est toujours boulevard Anspach, et que quelqu’un vient de renverser sa Jupiler sur tes chaussures. C’est limpide et tendu comme un câble haute tension et ça groove terriblement, avec une élégance totalement inattendue et bien aidée par l’organiste Patrick Cuyvers. Si le show baisse quelque peu en intensité par la suite notamment avec Better Off Without Me, on va entamer une délicieuse montée progressive vers l’ivresse collective notamment grâce à la ballade Hard Times et son harmonica proéminent. On assiste dès lors à un moment charnière : la chanson, désormais entrée au panthéon radiophonique belge, est accueillie comme un hymne officieux où tout le monde scande les couplets sans l’aide de ce bon vieux Guy. Ensuite, c’est la cavalcade finale : Keep on Driving, qui donne envie de prendre l’E40 sans destination ; Nothing on My Radio, ironique et fédérateur ; Robbin’ the Liquor Store, où tout le monde semble prêt à commettre un délit mineur par solidarité artistique… Et enfin, l’inévitable rappel : Matchbox Car, joué pied au plancher en guise d’apothéose à ces retrouvailles réussies !

Ce qui frappe, au-delà de la setlist (impeccable et quasi encyclopédique), c’est la sensation d’un groupe qui n’essaie pas de prouver quoi que ce soit. Ils ne courent plus après le succès, ils le regardent dans le rétro, clope au bec, et accélèrent quand même ! Le son est massif mais jamais brouillon, les guitares dialoguent comme deux vieux complices qui se comprennent à demi-mot, et la section rythmique tient tout ça avec une solidité de char d’assaut. Et puis il y a ce détail, difficile à quantifier mais évident sur place : le plaisir de jouer ensemble malgré les années, les absences, les fantômes… On pense immanquablement aux soldats des débuts tombés au front à savoir Fons Sijmons, Berre Bergen ou encore Willy Willy (passé par Vaya Con Dios notamment).



Quand les lumières se rallument, la réalité revient comme un contrôle fiscal un lundi matin : brutal, inopportun, et clairement malvenu. Personne ne bouge vraiment. On reste planté là, comme si quitter la salle trop vite pouvait effacer ce qui vient de se produire… On traîne encore quelques minutes, à gratter les dernières strates de ces hymnes noir-jaune-rouge avant de se résoudre à rejoindre le dehors, réconfortés par cette idée d’avoir vécu un grand moment ! Surfant sur une certaine nostalgie mais sans jamais tomber dans la caricature, la formation flamande garde fièrement ce mélange de mélancolie et d’énergie qui a marqué plusieurs générations et incarne à merveille une forme de « belgitude rock » : sincère, un peu rugueuse, mais toujours terriblement attachante.

Remerciements à l’Ancienne Belgique

Texte et photos : Panda


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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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