Reportage

Fischer-Z : Au grand bonheur de la génération X

Anvers (De Roma), le 02-05-2026

Dimanche 3 mai 2026



Choisir la Belgique pour lancer une tournée anniversaire, ce n’est pas une coïncidence, c’est presque un retour à la maison. Fischer-Z
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y a joué des dizaines de fois, frôlant la centaine, tissant au fil des décennies un lien solide avec un public qui n’a jamais lâché l’affaire. Alors forcément, voir John Watts et les siens investir la Roma pour donner le véritable coup d’envoi de leurs 50 ans de carrière, a quelque chose d’évident. Après un échauffement du côté d’Hasselt la veille, on entre donc ici directement dans le vif du sujet ! Depuis la fin des années 70, Fischer-Z
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trace une ligne à part dans le paysage musical européen. Né en 1976 dans le sillage de la vague punk et new wave, le groupe s’est rapidement imposé par une approche plus frontale, plus politique, et surtout plus littéraire que beaucoup de ses contemporains. Là où d’autres cherchaient l’attitude, Fischer-Z
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injectait déjà de la narration, du regard social, une forme d’urgence presque journalistique dans ses chansons. Groupe de scène avant tout, il s’est forgé une identité à travers des concerts intenses, partageant les routes avec Dire Straits ou les affiches avec Bob Marley, gagnant même le respect pour leur capacité à s’approprier des influences comme le reggae sans jamais perdre leur singularité.


La magnifique salle de la Roma est bondée, et devient même vite étouffante. À l’intérieur, un public bigarré, entre anciens de la première vague et curieux venus vérifier si la légende respire encore et ils vont en avoir la preuve formelle dans quelques instants… Le groupe rend immédiatement hommage à son tout premier disque, « Word Salad », en alignant quatre titres joués de façon beaucoup plus nerveuses que leurs originaux. Pretty Paracetamol plante le décor. Sec, nerveux, presque ironique. Comme avaler un cachet avant de replonger dans une réalité qui grince. Watts entre en scène sans détour, regard frontal, voix intacte, affublé d’un pantalon en tartan et de son célèbre chapeau melon. Derrière lui, le groupe est précis et affûté. On est surpris par cette intensité mise d’emblée et Wax Dolls enchaîne, posant immédiatement les bases. Dès les premières mesures, on comprend ce que beaucoup oublient : en Europe, Fischer-Z
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n’est pas un groupe culte par accident, mais bien parce qu’il a toujours su capter l’air du temps, parfois même avant qu’il ne devienne respirable. Paradoxalement, Remember Russia nous entraîne dans des eaux reggae et fait passer un premier frisson, presque géopolitique. Chez Watts, rien n’est décoratif. Chaque chanson est une capsule, parfois même une grenade. Et quand débarque The Worker, la salle de se prive pas pour scander son refrain avec aplomb. On constate ainsi que le morceau n’a rien perdu de sa charge. Peut-être même qu’il en a gagné.



Le set respire ensuite avec Angel of Gardenia, parenthèse solo un peu bancale, presque fragile mais pourtant profondément touchante. On y retrouve cette dualité qui définit John Watts : homme du peuple et outsider lucide. Un type capable de passer d’un manifeste à une confession sans prévenir. Pas étonnant quand on sait qu’avant la musique, il passait ses journées comme psychologue clinicien à gérer des cas lourds avant de filer jouer le soir, une école de vie qui laisse des traces dans chaque mot. Marguerite glisse comme une lettre jamais envoyée et si Well Meaning Ghost flotte entre ironie et mélancolie, le méga-tube So Long transforme la Roma en chœur collectif malgré une version fortement ralentie et dont on aurait peut-être apprécié un peu plus de vigueur ! The Perfect Day porte mal son nom : trop de fissures, trop d’ombres. Mais c’est précisément ça qui le rend parfait. Un peu plus loin, résonnent les premières notes de Red Skies Over Paradise, la bande-son d’une inquiétude politique qui refuse de vieillir. Et puis Battalions of Strangers déboule, rageur, presque punk dans l’âme. Le public suit, happé. Pas de posture, juste de l’énergie. Cruise Missiles enfonce le clou. Toujours cette capacité à transformer la tension mondiale en matière sonore.

Et Watts contrebalance avec le funky Damascus Disco, plus ironique, presque dansant, preuve qu’il n’a jamais cessé de jouer avec les contrastes. Et que dire de When Love Goes Wrong qui marque un vrai sommet ? : pulsation Motown, groove subtil, mélancolie élégante. Rien de démonstratif, mais une évidence sonore. Petit moment cocasse parfaitement maîtrisé : notre leader charismatique interrompt net le morceau, le temps de tourner ses partitions avec un sérieux appliqué… avant de relancer la machine exactement là où elle s’était arrêtée, comme si de rien n’était. Le rappel arrive comme une décharge avec un Head On bourdonnant, lourd, direct et sans filtre. La basse est d’une rondeur sans pareille. Et puis la formation britannique nous quitte avec Marliese, moment suspendu, fragile, repris en chœur comme une vieille promesse qu’on n’a jamais vraiment tenue…



Au moment de refermer cette parenthèse, une chose reste en tête : cette vitalité presque insolente. Pour un groupe né en 1976, aucune trace de routine, aucun geste automatique. Certes, les line-ups ont changé au fil des années mais Fischer-Z
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ne ressasse pas, il ravive, bouscule, remet ses propres morceaux à l’épreuve du présent. Une trajectoire libre, tendue entre punk, poésie et engagement, à l’image de John Watts, toujours en équilibre entre proximité et distance. Dans ce théâtre anversois chargé d’histoire, le constat est limpide : on n’a pas assisté à un exercice de nostalgie, mais à quelque chose de vivant, presque organique. Une musique qui continue de réfléchir le monde, avec ses fractures et ses urgences. Là où d’autres se contentent de durer, Fischer-Z
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persiste à questionner.

Cinquante ans plus tard, les chansons n’ont rien perdu de leur tranchant. Elles ont simplement trouvé de nouvelles raisons d’exister. Si des groupes comme Depeche Mode ou The Cure ont eu cette capacité à traverser le temps sans se figer, il y a ici un supplément d’âme, une tension politique jamais digérée, toujours à vif. Plus qu’un concert, c’était une démonstration : Fischer-Z
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reste un chapitre actif de l’histoire musicale. Et tant que le monde continuera de vaciller, leurs chansons auront toujours quelque chose d’essentiel à dire…

À l’heure de terminer ces lignes, le groupe s’apprête à fouler la scène de l’Ancienne Belgique ce 3 mai et sera de retour du côté du Depot de Louvain le 6 novembre. Ces deux dates sont archi sold out… évidemment !

Remerciements à Greenhouse Talent

Texte et photos : Panda


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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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