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Live report 24-09-2018 par Guillaume 4 min de lecture

Deafheaven transporte la Rockhal au paradis

S’il est un groupe qui divise depuis sa naissance ou presque, c’est bien Deafheaven. Jouer du Black sans incorporer aucun de ses artifices visuels, voilà le pied de nez ultime des Californiens. On le constate encore ce soir, ces mecs ressemblent à n’importe quel quidam croisé dans la rue (ah ce tshirt Radiohead !), et pourtant ils jouent un Black moderne, inspiré et clairement dans le haut du panier. Surtout depuis ce que l’on peut dorénavant désigner comme la triplette ultime SunbatherNew BermudaOrdinary Corrupt Human Love. Adoré des hipsters, conspués des trve… à quoi s’attendre ce soir ?



D’abord, et c’est une grande déception, à une fréquentation très timide alors que retombe enfin la tempête qui secoue Luxembourg et sa grande région depuis le matin. Inter Arma ouvre donc la soirée devant un parterre tristement vide (qui se force alors à quelques cris, histoire de ne pas mettre le groupe trop dans l’embarras). Un parterre, qui, heureusement, finira par se remplir à mesure que l’heure avance et qu’Inter Arma nous plonge dans son environnement très personnel. Terrible de maîtrise tout autant qu’inclassable, Inter Arma se rend capable d’enchainer longues instru suivies de pure folie 'blastique', ou comment montrer que les petits gars barbus de Richmond savent tout faire tout en prenant un malin plaisir à étirer tantôt leurs aspects « post » en tout genre, tantôt leurs saillies tout bonnement Metal sans l’âme. Un set au final relativement court et qui nous laisse sur notre faim comparativement à celui plus costaud donné aux Aralunaires d’Arlon il y a un moins d’un an et demi.



Mais nous ne voilons pas la face, peu importe cette première partie, nous sommes avant tout présents pour une prestation live du groupe, qui avec Ordinary Corrupt Human Love, a peut-être sorti l’album de l’année 2018. Pas bégueule, George Clarke, Kerry McCoy and co effectuent posément leurs derniers réglages à mesure que le club de la Rockhal commence à recevoir une fréquentation plus ou moins en rapport avec l’événement. Le temps passe vite, et nous voilà déjà plongés dans le noir pour recevoir une claque qui s’avère atomiquement magistrale, rien de moins.

Comme attendu ou presque, c’est une doublette issue de Ordinary Corrupt Human Love qui introduit ce concert. L’occasion de remarquer directement le son parfait, ou presque, qui colore cette soirée de son cachet doré. Honeycomb et Canary Yellow portent littéralement l’audience, autant sciée ainsi d’entrée de jeu, que gravitant au gré des moments forts de ces deux excellents extraits, comme ce final à trois voix de Canary Yellow, magnifiquement rendu ce soir. Magnétique et charismatique, George tout de noir vêtu comme à son habitude, attire les regards autrement reposés par ce décor très sobre , mais ne peut faire oublier la maitrise de ses collègues musiciens, pourtant aussi tranquilles et posés que s’ils se contentaient de réciter leurs gammes.



Troisième titre, et déjà l’heure du sémillant Sunbather. On s’étonne de voir le groupe déjà dégainer pareil titre, mais qu’importe c’est trop bon ! Curieuse alchimie qui se produit dans cette setlist en fait, où n’importe quel extrait de n’importe lequel de ses trois albums phares semble permettre à Deafheaven de faire grosse modo ce qu’il veut, et nous de l’adouber comme génie qu’il est. C’est d’ailleurs non moins que Brought to the Water qui prolonge cet état de grâce, un titre qui possède cependant la faculté de nous faire éprouver à nouveau toute la noirceur de l’album New Bermuda… et bordel quelle chanson !

Tout au long du set, impossible de nier que la musique nous transporte autant que les vocaux de George nous transpercent, jusqu’à cette respiration offerte avec Worthless Animal, moment de douceur désincarnée jusqu’à son break épique. Prolongeant ce moment plus doux, You Without End est l’occasion pour Kerry de passer derrière le « piano » pour un titre qui permet de constater nombre de yeux fermés, nombre de tête qui dodelinent au son de la mélodie et des voix enregistrées, tout justes réveillés par un Glint sauvage.

Nous sommes « lovely » nous avoue George… à croire que nous méritons ce Dream House définitif, conclusion d’un concert beau, incroyable de maitrise, tout simplement bluffant. Difficile de ne pas être aussi dithyrambique devant l’un des groupes les plus doués de sa génération. Chapeau bas…


Remerciements à la Rockhal

Encore Deafheaven et Inter Arma

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