Un programme somme toute bien alléchant et qui justifie donc pleinement d’arriver de bonne heure à la Rockhal histoire de ne pas rater Mutoid Man. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Mutoid Man réunit non moins que Steve Brodsky (Cave In) et Ben Koller (Converge), accompagnés du bassiste Nick Cageao. Le trio œuvre dans un style assez difficile à décrire, sorte de croisement entre Post Hardcore, Stoner et Heavy Metal. Un mélange qui n’oublie cependant pas la mélodie (rappelez-vous Cave In…) et que l’on retrouve avec délice sur scène. Tout juste peut-on préciser que le côté heavy de Mutoid Man ressort probablement davantage dans cette configuration live, sans pour autant dénaturer le propos du groupe qui reste carrément jouissif dans sa douce folie. Autre élément de satisfaction, la bonne humeur générale qui se dégage de ce set, l’ami Steve n’hésitant pas à vanner gentiment le public, à chuchoter ou hurler ses intros, voire à délirer avec ses comparses – cela quand ils ne se lancent pas dans un concours assez improbable de majeurs dressés ! Un concert conclu par les excellents Bridgeburner et Gnarcissist et qui donne clairement envie de revoir les gusses – par ailleurs tous trois assez impressionnants techniquement - en tête d’affiche.

Autre groupe assez intense dans son propos et parfois délirant : Kvelertak, qui joue donc le rôle de support de luxe pour cette tournée. Le groupe est attendu par une bonne partie du public, aucun doute là-dessus, mais en ce qui me concerne je guette tout particulièrement la performance du nouveau venu Ivar Nioklaisen, qui a remplacé le charismatique Erlend Hjelvik en juillet dernier. Avec cette déclaration en tête, celle de ce même Ivar issue du communiqué de presse paru alors : « J'essayerai de ne pas copier Erlend. Erlend était un lion. Je ne suis qu'un petit rat. Mais ce rat est énervé, contagieux, et plein de pestilence - prêt à amener la machine vers de nouveaux horizons !''
Comment dire ? C’est exactement cela. Énergique, vindicatif et plus que motivé, Ivar fait effectivement le show et s’essaie par tous les moyens à déployer la plus grande énergie sur scène, allant même jusqu’à partir en slam dès le troisième titre (Nekroskop). Mais, et c’est un grand 'mais', quiconque a déjà vu Kvelertak dans sa formation originelle ne peut que déplorer le départ d’Erlend, dont le charisme et la tessiture vocale si particulière manquent désormais cruellement, et c’est peu dire. Musicalement en revanche, pas grand-chose à reprocher au groupe, doté d’un son plutôt bon et construisant son set assez adroitement autour de ces moments tubesquement rock'n roll à la Kvelertak. Au final, un bon concert mais qui pose beaucoup de question sur les impacts à long terme de ce changement de frontman…

Effet du lundi soir ou de la concurrence d’autres concerts en cette période de début d’année, le ‘Club’ de la Rockhal n’est curieusement pas complet. L’affluence reste cela dit plus que correcte, ce qui s’entend immédiatement alors que déboule Mastodon sur scène après cette petite intro assurée par Gene Kelly (Singin in the rain). Double surprise pour commencer : Mastodon nous a réservé une entame de set particulièrement old school (ah ce Iron Tusk !) qui fait plaisir à entendre, d’autant plus ainsi sonorisée : lourd en diable, le son du groupe reste aussi clair que puissant, ce qui reste appréciable quand on a connu Mastodon moins généreusement doté par le passé.
Cette entame bien enlevée laisse ensuite place à une transition plus mélodique, sous les projections magnifiques placées en arrière-plan, opérée notamment via un Chimes at Midnight de toute beauté, même si on remarque un Brent Hinds moins à l’aise au chant ce soir qu’un Troy Sanders, royal, ou que l’impressionnant Brann Dailor, dont l’exercice chant/batterie force toujours le respect (Steambreather).

Petit changement d’accordage et c’est reparti de plus belle pour des Mastodon qui nous abreuvent de moments des plus planants (Toe to Toes, Sleeping Giant) surmontés bien entendu de leurs riffs surpuissants (I am Ahab). Une réussite récompensée par des « Mastodon ! » scandés à répétition par un public ravi de se prendre une telle baffe, et faisant sourire Troy et Brent déclarant, complices, ''I like your attitude''. Voilà qui nous emmène tout droit vers la dernière compo jouée de manière classique (la très jolie Ancient Kingdom) puisque, comme annoncé, Scott Kelly fait ensuite son apparition pour un (long) final.
Un exercice de style durant lequel il démontre à quel point il excelle dans cette position de chanteur d’appoint (alors que Mastodon ne manque déjà pas de vocalistes !), conférant une certaine épaisseur à l'interprétation live de morceaux qu’il a déjà magnifié en studio. En attestent le sublime Crack the Skye, ce duo qui fonctionne à plein pour Aqua Dementia ou encore un Diamond in the Witch House pour laquelle Scott, pleinement investi, se saisit d’une guitare avant une ultime salve conclue par l’énorme Blood and Thunder.

Voilà donc une affiche qui a tenu toutes ses promesses, chapeautée par un Mastodon actuellement au sommet de son art, rien de moins.
Remerciements à la Rockhal

Mastodon

Kvelertak


