Spécialisé dans les scènes Slam / Brutal Death Metal, Goregrind et Deathcore, le festival nous propose, chaque année, des affiches alléchantes (voire plutôt dégoûtantes) ayant comme seul mot d’ordre : gruik, gruik et gruik ! Implanté au Centre Culturel de Chênée, le Deathtoberfest remettait le couvert, ce samedi 10 octobre, pour une cinquième édition qui promettait sur le papier, de nous en mettre plein la vue avec pas moins de 9 groupes provenant de 7 pays différents. Même si plusieurs problèmes ont compliqué son organisation (je pense aux annulations de Korpse et de Party Cannon), l’évènement a tenu bon grâce à des acteurs de l’ombre qui ont tout donné pour faire de cette fête extravagante un moment à ne surtout pas rater. Maintenant que vous connaissez le contexte, attaquons sans plus attendre ce Deathtoberfest 2026.
Chokeslam | (13h30 – 14h00)

Habituellement, la place d’opener est attribuée à un jeune groupe local qui doit faire ses preuves, ou bien à une formation qui a pour objectif de nous réveiller gentiment. C’est justement tout l’inverse aujourd’hui avec, pour ouvrir les hostilités, Chokeslam et son Beatdown Hardcore hyper méchant. Originaire d’Allemagne, le trio nous propose une musique lente à souhait et parfaite pour déboîter ses épaules (et accessoirement celles des autres) dans le pit. Agrémentées de quelques passages empruntés au Slam Death Metal, les chansons sont merveilleusement ragoûtantes et nous donnent l’impression d’être écorchées vifs dans une salle de torture. Peu expressif sur scène durant tout le concert, le chanteur dédiera le morceau « Ridin’ Steamer » à ses potes d’Hurakan (qu’on retrouvera plus tard), avant de nous balancer « Ninety-Nine » qui parle, avec la finesse qu’on connaît du Beatdown, de la tuerie de Columbine. Durant le breakdown final, les cymbales sont fracassées avec une froideur méthodique, rappelant les détonations cinglantes d’une arme à feu.
Après avoir remplacé l’une des cymbales qui a justement rendu l’âme à ce moment-là, le groupe continuera d’expédier ses obus avec, en tête de liste, l’impitoyable « Meet Your Maker » et l’effroyable « 186 », pendant laquelle on a le sentiment d’être réellement bombardé. Le massacre prendra fin sur une reprise malveillante de « Adrenalin » de Snatch Club qui est, pour votre information, une formation obscure de la scène Beatdown Hardcore allemande. Tels les finishers de Kane et de l’Undertaker, Chokeslam nous aura donc détruit avec brutalité, en nous envoyant directement six pieds sous terre. Une bonne entame qui annonce la couleur pour le reste de la journée.
Mutilated Judge | (14h40 – 15h10)

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe une myriade de sous-genres constituant la grande famille des musiques extrêmes. Entre toutes les variantes du Death Metal et les innombrables évolutions du mouvement « Core », chaque genre se voit être modulé sous toutes les formes et façonné à l’infini. Bien évidemment, le Grindcore n’échappe pas à la règle et se retrouve, lui-aussi, mijoter à toutes les sauces. Goregrind, Pornogrind, Cybergrind, Deathgrind ou encore Reggaegrind (bon j’avoue, celui-là je l’ai inventé), vous voyez que même un sous-genre de niche, peut avoir plusieurs facettes. Dans cette liste non exhaustive, on retrouve également une autre variante tout aussi mielleuse pour les oreilles : le Noisegrind. Contraction de la Noise et du Grindcore donc, il ne faut pas être un expert en la matière pour comprendre que ce style est aussi foutraque et décalé que des œuvres faites par des étudiants en école d’art. Et justement, les artistes du jour sont les Basques de Mutilated Judge.
Tel un happening dans une galerie d’art, leurs concerts sont des expériences à part entière et demandent une certaine ouverture d’esprit pour être compris. Déjà, musicalement, les morceaux sont extrêmement rapides, denses et leur durée ne dépasse jamais la minute. Le chant, de son côté, ressemble à des coassements de grenouille et la batterie est gérée par un ordinateur. Mais ce qui fait réellement le charme de Mutilated Judge est tout ce qu’il se passe sur scène. Entre le déshabillage des musiciens, les crachats sur les premiers rangs, la distribution de joints et une flûte rectale, on assiste à une véritable représentation de théâtre burlesque. C’est étrange, graveleux et on se demande jusqu’où va le délire, mais bizarrement, ça colle parfaitement avec le côté bordélique de la musique. Certaines images sont, maintenant, gravées à jamais dans mon esprit (notamment tout ce qui se passe pendant la reprise du générique de Code Lyoko) et risquent bien de me hanter pendant un petit temps. Bref, c’est une expérience à vivre au moins une fois, surtout si vous aimez les ballons de baudruche.
Holocausto Canibal | (15h35 – 16h15)

Mis à part Moonspell et Gaerea (qui monte pas mal en ce moment), la scène Metal portugaise peine à conquérir le grand public et à s’implanter aussi efficacement dans l’esprit des fans que les pasteis de nata. Pourtant, le pays est connu, par les auditeurs de musique underground, comme étant une terre de brutalité avec notamment Analepsy, Serrabulho ou justement, Holocausto Canibal. Formé en 1997, le groupe déroule son Brutal Death Metal depuis presque 30 ans, avec comme exploit notable de n’avoir jamais mis les pieds en Belgique. Un affront incommensurable qu’il était plus que temps de réparer en ce début d’après-midi.
Afin de nous accueillir comme il se doit, la formation a sorti les petits fours et nous les présente sous forme de chansons abordant des sujets gores, notamment de cannibalisme (j’espère, du coup, que Jeffrey Dahmer n’a pas été invité). Portés par une rythmique chipée au Grindcore, les morceaux sont expéditifs et donnent envie de se dandiner tel des hommes de Cro-Magnon heureux d’avoir été chasser. Néanmoins, le public n’est pas d’humeur à cosplayer nos lointains ancêtres et préfère rester stoïque face à cette avalanche de blast beat qui déferle sur nous. C’est finalement après plusieurs appels aux circle pits que ceux-ci apparaitront timidement au milieu de la salle. Au bout de 40 minutes intenses, Holocausto Canibal nous remerciera d’avoir été là et repartira avec le même sérieux qu’à son arrivée. En somme, un concert sympathique, mais qui a manqué de cette folie qu’on retrouve habituellement dans le genre.
Hurakan | (16h45 – 17h30)

Après avoir programmé Kanine l’année dernière, l’orga du Deathtoberfest continue de nous faire découvrir les pépites les plus méchantes de la scène française avec cette fois-ci, Hurakan. Originaire d’Amiens, la formation nous propose un Slamming Deathcore violent où chaque breakdown explose dans les enceintes, tel des missiles balistiques qui auraient touché leur cible. Dès le début du concert, on a la chance d’expérimenter cette déflagration auditive avec des bass drops tout simplement pachydermiques. Les musiciens sont, en tout cas, très contents d’être là et nous le font savoir à plusieurs reprises en n’hésitant pas à dire que les belges sont meilleurs que les français (on connaît la technique hein). Les fans, de leur côté, répondent bien à l’énergie déployée sur scène et multiplient les combats de toupie dans la fosse.
Avec un nouvel album prévu pour le 30 octobre, c’est tout naturellement que nous allons avoir plusieurs extraits avec, en tête de liste, la géniale « Disgrace » et ses éléments symphoniques du plus bel effet. Comme prévu, les breakdowns sont dévastateurs et nous propulsent au sol avec leur onde de choc d’une lourdeur abyssale. Vers la fin de la prestation, Hurakan a la bonne idée d’amener deux paires de gant de boxe (et deux casques de sparring), afin que deux lunatiques puissent se mettre, gentiment, sur la gueule dans le pit. Alors que les deux combattants choisis se métamorphosent en Mike Tyson du pauvre, le reste de l’assemblée se lance dans un circle pit autour d’eux, démarquant ainsi les limites du ring. Efficace et doté d’une très bonne setlist, ce concert figure sans sourciller comme le meilleur de la journée et confirme la montée en puissance de la scène Deathcore française.
Disavowed | (18h00 – 18h45)

Je n’y avais jamais vraiment porté attention, mais c’est vrai que les Pays-Bas ont quand même une sacrée scène Death Metal. Que ce soient les mastodontes d’Asphyx, les légendaires Sinister et God Dethroned ou encore les brutaux Severe Torture, Prostitute Disfigurement, Korpse et Gorefest, il y aurait de quoi programmer un festival entier avec uniquement des groupes néerlandais. Dans cette liste déjà bien fournie, on retrouve également les Amstellodamois de Disavowed. Créée en 1994 sous le nom de Nocturnal Silence, c’est finalement à l’aube de l’an 2000 que la formation devient telle qu’on la connaît aujourd’hui. Figure emblématique du Brutal Death Metal, elle arpente, sans relâche, les salles un peu partout en Europe, afin de distiller une bonne dose de violence à tous ceux qui en demandent.
Et justement, le public de Chênée est demandeur de cette violence brute et de ce blast beat dévastateur. Dès les premières minutes du concert, je suis surpris par la mise en avant de la basse dans le mix, à tel point que je trouve qu’elle brille parmi tous les autres instruments. Entre les chansons, Robbe Kok (chant) prend la parole à plusieurs reprises pour nous balancer les quelques mots qu’il connaît en français, avant de nous dire « My French Sucks ». Le frontman est d’ailleurs assez drôle dans ses interventions, comme quand il nous avoue qu’il a besoin de bière pour chanter juste. La setlist, de son côté, alterne entre les trois albums du groupe et me permet, ainsi, de découvrir les nombreuses subtilités de leur musique. Le set, de presque 45 minutes, prendra fin sur l’old school « Masses Conformed » et sous des applaudissements chaleureux.
Cutterred Flesh | (19h10 – 19h50)

Je l’évoquais dans l’introduction, mais plusieurs annulations ont affecté l’affiche du festival, notamment celle de l’une des têtes d’affiche, Party Cannon. Sachant qu’elle s’est produite quelques jours avant le jour J, la situation avait de quoi être alarmante et surtout, il allait être ardu de trouver un remplaçant équivalent. Néanmoins, par je ne sais quel tour de magie, l’orga a réussi à ramener un beau morceau avec Cutterred Flesh. Formation provenant de Tchéquie, elle a vu le jour en 2001 et nous propose un Brutal Death Metal presque technique, avec quelques influences modernes. Habitué des festivals du genre, le groupe comptait bien prouver à tout le monde qu’il est loin de n’être qu’un remplaçant.
Sans perdre une seconde, Cutterred Flesh déroule son Brutal Death Metal avec des chansons qui prennent le temps de développer des ambiances (ce qui change du reste de la journée). Je pense, par exemple, à « Code of Zuurith » ou à « The Symptoms of Parasite » qui donnent le sentiment inquiétant d’être encerclé par des aliens. Au niveau de la setlist, celle-ci se concentre autour du dernier LP, Love at First Bite (2024), même si les Tchèques ne sont pas avares en surprises en nous interprétant plusieurs extraits de leur futur nouvel album, The Shapes of Hidden Malice (2026). Que ce soit avec « The King in Yellow » ou « The Mad Farmstead », la formation nous dévoile une facette plus progressive avec notamment, des éléments symphoniques et des changements rythmiques fréquents. Malheureusement, malgré cette fraîcheur dans les compositions, le public n’est pas très réceptif et semble même être complètement déconnecté. Après un « Amanda » aux relents mélodiques, le concert prendra fin sur une dernière chanson qui aura, également, fait le taf. Chirurgical et précis dans son propos, Cutterred Flesh aura rempli sa mission de remplaçant, mais n’aura pas réussi à convaincre l’ensemble de la salle.
Jig-Ai | (20h30 – 21h05)

Après notre escale en Tchéquie avec Cutterred Flesh, notre prochaine destination ne risque pas de nous dépayser, sachant qu’on reste une nouvelle fois dans le pays du gore avec les plus japonais des Tchèques, Jig-Ai. Patron du Goregrind rapide et entraînant, le groupe nous arrive tout droit de Prague et compte bien blaster l’ensemble des festivaliers qui commencent, peu à peu, à manquer de ressources. Heureusement, la brutalité et l’énergie déployées sur scène, ont tout pour permettre à l’assemblée de se remettre dans une ambiance festive (du moins, c’est ce que j’espérais). Grâce à des compositions extrêmement compactes, on se mange un véritable mur du son en pleine face dont il n’est pas simple de déceler les différents éléments qui le composent. Néanmoins, cette exécution rapide donnera l’envie à certaines personnes de lancer les premiers circle pits, pour le plus grand bonheur des membres du groupe.
Avec un nouvel album tout frais (Jigoku (2026)), Jig-Ai continue de promouvoir le folklore japonais à sa façon et nous délivre plusieurs extraits que je n’ai, malheureusement, pas su identifier (ben quoi, j’ai oublié mon traducteur à gruik). Quoi qu’il en soit, durant tout le concert, le groupe n’a pas été très loquace et s’est contenté, en majorité, de balancer ses morceaux sous une intensité folle. C’est finalement après 35 minutes petites minutes que prendra fin cette prestation qui ne m’a pas spécialement enjaillé. Alors, je vous rassure tout de suite, la formation n’y est pour rien, elle a même, au contraire, tout donné. Mais il faut croire que je ne suis pas sensible à sa musique (ce qui explique sans doute ce retour un peu foutraque).
Gutrectomy | (21h45 – 22h20)

Déjà présent à l’affiche du Deathtoberfest l’année dernière, Gutrectomy avait fait une forte impression avec une prestation sanguinaire, durant laquelle les fans s’étaient déchiquetés tels des chiens affamés. Face à une prouesse pareille, c’est tout naturellement que les Allemands ont été appelés comme remplaçant de luxe, suite au désistement des Néerlandais de Korpse. Provenant de Lörrach dans le fin fond de l’Allemagne, le groupe compte bien reproduire le pugilat de la dernière fois avec son Slamming Deathcore toujours aussi suintant. D’ailleurs, sans surprise, le pit est déjà ouvert de manière démesurée alors que le concert n’a pas encore commencé. Une fois sur scène, les musiciens démarrent leur set avec des gros breakdowns hyper lourds qui font exploser les enceintes et les quelques neurones qu’il nous reste.
Comme souvent avec eux, le fun est présent avec, par exemple, une macarena chantée et dansée avant une Slam Part ou bien une intro de cours de récréation balancée avant une vague de pig squeals. Les fans sont au rendez-vous et se rentrent dedans comme des cerfs en rute. L’ambiance étant donc maximale, elle donnera l’idée à Gutrectomy de demander des crowdsurfers pendant « Jackhammer Lobotomy », alors que la chanson ne se prête pas du tout à la pratique. Après avoir chanté un joyeux anniversaire au guitariste, nous avons droit à la méchante « Rough Justice », puis à l’écœurante « Stepdad Slamfight ». Ce magnifique concert se terminera par un circle pit géant faisant tout le tour de la salle et par le morceau « Condemned to Suffer » qui donne envie de puncher tout ce qui passe devant soi. Bref, comme l’année dernière, Gutrectomy a sorti le mode rouleau-compresseur et n’a fait qu’une bouchée de Chênée. Une grosse claque dont je ne me lasserai jamais.
Kraanium | (23h15 – 23h55)

Après Vulvectomy l’année dernière, c’est au tour d’un autre mastodonte de la scène Slamming Brutal Death Metal de clôturer le festival, à savoir Kraanium. Considéré par beaucoup comme l’un des fers de lance de la deuxième vague de Slam en compagnie de Cephalotripsy (ils arrivent quelques années après les pionniers que sont Devourment et Internal Bleeding), le groupe est une véritable machine de guerre sur scène et a pour objectif de nous démolir en cette fin de soirée. Pour y arriver, les musiciens comptent bien y aller franco, en nous réservant une setlist tout simplement dégoûtante. A l’image du concert précédent, le pit est déjà totalement ouvert avant même les premières notes et s’apprête à vivre les 40 minutes les plus intenses de la journée.
Comme je m’y attendais, la formation ne perd pas de temps et nous assène des grosses Slam Parts remplies de haine, en plus d’un blast beat continu qui fait trembler l’ensemble de la salle. Après un « Double Barrel Penetration » durant lequel les mosheurs se sont transformés en brutes épaisses, Kraanium a la bonne idée de distribuer des marteaux gonflables à tout le monde, afin de partir en bagarre générale. Je ne sais pas si les crânes humains ressemblent à des clous, mais je peux vous garantir qu’une bonne partie de l’assemblée a fini clouée sur place. Durant l’entièreté du set, l’intensité n’aura pas faibli une seule seconde grâce à des titres comme « Slamchosis », « Slammed Kranial Remains » ou encore « Face Fucked with a Brick ». Violente, bourrine et ultra efficace, cette performance n’aura donc laissé personne indifférent et aura prouvé que la musique de Kraanium s’apprécie d’autant plus, lorsqu’elle est dégueulée en live.
Conclusion :
Cette édition 2026 du Deathtoberfest a, une nouvelle fois, été une réussite au niveau de son affiche variée et toujours aussi qualitative. Même si j’ai eu une petite préférence pour les groupes de Deathcore (Hurakan et Gutrectomy), les autres formations n’ont pas démérité et ont conquis les fans qui avaient fait le déplacement. Au niveau du son, je n’ai vraiment rien à redire, ce fut une masterclass avec, encore une fois, une mise en place rapide et efficace. Du côté de la restauration, l’offre de nourritures et de boissons a su rassasier l’assemblée avec une diversité améliorée par rapport à l’édition précédente.
Malheureusement, malgré tous ces compliments, l’évènement n’a pas réussi à reproduire le sold out de l’année dernière et n’est donc pas rentré dans ses frais. Les organisateurs ont, d’ailleurs, publié un communiqué où ils expliquent faire un appel aux dons (si l’envie vous tente, n’hésitez pas), histoire de pouvoir continuer à proposer des dates avec la même qualité. Bref, ce report se termine sur une note un peu moins enjouée que d’habitude, mais gardeuse tout de même d’espoir concernant la suite. En tout cas, ce serait bien triste si Liège s’arrêtait de gruiker.
Remerciements à Tempo Ardent pour l’accréditation.
Chokeslam
Hurakan
Mutilated Judge
Holocausto Canibal
Disavowed
Cutterred Flesh
Kraanium